L’heure est grave. Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites, sachant que c’est souvent la porte ouverte à toutes les fenêtres. Et c’est ainsi qu’entre le fascisme dans les consciences et les courants d’air dans le salon. Christiane Taubira mise en cause dans Minute, avec ce titre : « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane ». Bientôt aussi culte que le fameux « Bal tragique à Colombey, un mort… » de Charlie Hebdo ? Ne rions pas. L’heure est grave, disions-nous.

Libération ne pouvait donc faire mieux que d’entrer en résistance. Avec cet autre titre : « Assez ». En corps si gros que les logiciels de mise en page ont dû chauffer grave, eux aussi. Devant la haine, le silence, évidemment. Mais un quotidien dans lequel il n’y a rien d’écrit, ce n’est pas toujours facile à lire. Donc, pas de photo. Ce qui évite de montrer l’inmontrable : « le racisme qui se banalise ».

Enfin, pas de photo, c’est vite dit. Il y a quand même celle, en une, de la pub pour le prix Fémina étranger 2013. Pour le reste, des grands cadres blancs. Un peu comme une exposition d’Yves Klein, sauf que là, les cadres blancs seraient devenus des cadres bleus. À quoi ça tient, l’entrée dans le maquis… Schtroumpfs ou pas Schtroumpfs, telle est la question. On notera quand même que les maquettistes étant tout de même payés à maquetter, ils ont dû, en pages 30 et 31, se taper tout le journal en format réduit. Avec les photos, mais sans les textes. Contre la haine, la ruse.

De longue date, la corporation des journalistes est connue pour être portée sur la boisson. Mais chez Libération, ils doivent importer du whisky qu’on ne saurait dénicher au Nicolas du coin. Ou fumer des trucs que même les afghans ont peur de faire pousser. Ou gober des pilules dont l’OMS ignore jusqu’à l’existence. Serge July, reviens ! Tes successeurs ont les fils qui se touchent dans la tête ! Et ce ne sont pas les plombs qui font de la surchauffe, c’est carrément la boîte à fusibles qui a sauté.

Dommage, car avant, il y a bien longtemps, avant que les journalistes de Libération se mettent à la fois en triphasé et sur ondes courtes, j’aimais bien ce journal. Presque autant que le défunt Quotidien de Paris, époque Dominique Jamet. C’était à la fois foutraque et bien écrit. Libertaire, surtout, comble pour un folliculaire issu du maoïsme militant. Guy Hocquenghem pouvait écrire qu’il était « contre la Nouvelle Droite, tout contre », Alain Pacadis, le dandy mondain le plus élégamment dévasté de Paris, se rendre en conférence de rédaction, une croix gammée autour du cou pour se faire démonter la tête par Pierre Goldman, le braqueur gauchiste.

Bien sûr, dès les années 90, tout était rentré dans le rang. À tel point que l’auteur de ces lignes publiait, façon samizdat, dans un hebdomadaire – Minute, évidemment, car autrement, ce ne serait pas rigolo –, un papier signé Bernard Cohen, journaliste qui s’indignait que Libération appelle à la guerre contre l’Irak. Le papier en question avait été exfiltré de la corbeille de Serge July par l’archiviste maison, un vieil anarchiste aujourd’hui décédé, qui se faisait un malin plaisir à me raconter les petits secrets de sa vieille maison.

À l’époque, ça faisait beaucoup rire les journalistes de Libération, qui disaient : « Quand on veut être au courant de ce qui se passe chez nous, autant lire Minute, on gagnera du temps ! »

Bref, l’époque où on se marrait encore un peu, rue Béranger. Époque manifestement révolue. C’est vrai que Nicolas Demorand, son actuel patron, n’a pas que ça à faire, de rigoler. Il a la démocratie à sauver. Dans la discipline, il est même imbattable. Et comme on dit souvent : Y a pas photo ! Il n’y a même plus de journal du tout, d’ailleurs…

45 vues

15 novembre 2013

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.