Qu’il est loin, le temps de la realpolitik de Richard Nixon quand, en 1972, ce dernier se rendait en visite officielle en Chine pour mutuel adoubement avec Mao, le Grand Timonier. Le plus anticommuniste des Américains serrant la main du plus communiste des Chinois, juste histoire d’éviter cordiale entente communiste entre Moscou et Pékin ? Du grand art.

Aujourd’hui, Joe Biden… Un en plus poli, mais pratiquant la même politique – les tweets fantasques en moins. Résultat ? La jadis si puissante Amérique est de plus en plus isolée. Dernier revers en date ? L’adhésion de l’ à l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), pacte politico-économique fondé en 1996 par la Chine et la Russie, histoire de faire pièce à l’hégémonie de la Maison-Blanche.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’aveuglement américain quant à l’ qui, malgré ses changements de régime, demeure un pôle de stabilité en Orient et présentant l’avantage, telle la Turquie, de n’être point arabe. Il est vrai que l’humiliation de la prise en otage de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979 est toujours là, tout comme celle de la baie des Cochons à Cuba, en 1961. Mais l’art de la diplomatie ne consiste-t-il pas aussi à faire des ennemis d’hier les amis d’aujourd’hui et à mettre son drapeau dans la poche quand l’exigent les circonstances ? Il est à croire que non.

Depuis la chute de l’URSS, les stratèges de Washington ont bien compris que le centre de gravité géopolitique s’était déplacé de la Méditerranée à l’océan Atlantique, avant de s’en aller vers un autre océan n’ayant de Pacifique que le nom. Pourtant, dans cette redistribution des cartes, les USA n’auront eu de cesse de pousser leurs alliés potentiels dans les bras de leurs adversaires réels : la Chine, sa grande rivale.

Du coup, la Russie regarde plus vers l’Est que l’Ouest. Tropisme qui contamine désormais un qui, las d’interminables discussions avec les puissances occidentales à propos d’un programme nucléaire civil suspecté de visées militaires, se tourne à son tour du côté des puissances asiatiques.

Si la nouvelle n’a pas fait grand bruit en nos médias, il n’empêche que l’OCS, ce n’est pas rien : « 60 % du continent eurasiatique, 50 % de la population mondiale et plus de 20 % du PIB mondial »… Et la presse iranienne, toutes tendances confondues, de se féliciter de l’accord en question. Ebrahim Raïssi, président de la République islamique d’Iran, qualifie ainsi les « sanctions économiques occidentales » de « terrorisme économique », puisque représentant « l’outil le plus important des pays hégémoniques pour imposer leur volonté aux autres ». Avec l’affaire Alstom, l’extraterritorialité du dollar et autres rackets internationaux y afférents, les Français en savent quelque chose.

Concordance des événements oblige, il y a encore l’affaire de nos sous-marins prêts à être vendus à l’Australie et qui, finalement, ne le seront pas, nous laissant une ardoise de 56 milliards d’euros. Sans oublier notre ambassadeur rappelé de Washington ; ce qui n’était jamais arrivé du temps de Donald Trump, et la colère de l’Élysée assez bien résumée par Jean-Yves Le Drian, notre ministre des Affaires étrangères évoquant « mensonge, duplicité, mépris et rupture majeure de confiance ».

Après, il faut être bien nigaud pour croire à cette fable voulant que les USA soient des alliés, alors qu’ils ne connaissent que vassaux et obligés. Interrogé par LCI, Pascal Boniface, expert en géopolitique, en dit plus sur nos tentatives d’émancipation vis-à-vis de l’OTAN : « Il s’agit d’un vœu ancien de la France, mais que les autres pays européens, qui restent attachés au fait d’être défendus par les Américains, ont du mal à prendre en compte. »

Notre Vieux Continent réapprendra-t-il un jour à faire de la politique ? Voire même à se défendre par ses propres moyens ? Ce serait souhaitable, même si rien n’est moins sûr.

20 septembre 2021

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