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Editoriaux - Education - Polémiques - 20 février 2020

À la Sorbonne, il faut maintenant séparer « féminisme blanc » et « féminisme racisé » !

À la Sorbonne, il faut maintenant séparer « féminisme blanc » et « féminisme racisé » !

Robert de Sorbon, réveille-toi, elles sont devenues folles !

Finalement, non, ne te réveille surtout pas. Demeure poussière en ton caveau, c’est mieux pour toi.

Le haut lieu du savoir fondé par le confesseur du roi Saint Louis est rongé par les vers de la dinguerie contemporaine. S’il est vrai que Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre, alors la Sorbonne est bel et bien perdue.

On le sait, gagnée par les pires travers du politiquement correct et de ses évolutions mortifères, l’université française voit, depuis des décennies, ses départements des « sciences humaines » ravagés par les théories fumeuses des cultural studies. Foin de l’Histoire, foin (surtout) des vérités historiques, la victimisation qu’on y professe pousse chaque jour plus loin les revendications groupusculaires et, il faut bien le constater, les frontières de l’absurde sont comme l’horizon sur notre ronde planète : jamais atteintes.

La nouveauté, c’est l’entrée en force des théories de l’« intersectionnalité ». Un mot pour un système qui « permet d’interpréter tout événement, toute relation sociale, tout modèle par le biais des discriminations de classe, de “race” et de genre », nous dit Anna Breteau, dans son papier du Point (19 février). On y apprend qu’au fil des mois, les séances (on ne dit plus cours) « consacrées au “black feminism”, et son pendant français le “féminisme décolonial”, prennent de plus en plus de place ». Parce que toute cette vérole de l’esprit nous vient, bien sûr, des États-Unis et de ses auteures-auteuses-autrices (faites votre choix) afro-américaines dont on impose l’étude sur notre Vieux Continent.

L’idée générale est simple : le féminisme traditionnel est raciste et les féministes traditionnelles qui ne fondent leur combat « que sur l’égalité hommes-femmes, sans distinction d’origine » passent à côté de l’essentiel. Pire, « elles reproduisent des formes d’oppression racistes et classistes (sic) au sein de leurs mouvements ». On étudie beaucoup, en cours, les textes de bell hooks affirmant que « les femmes blanches ont reproduit les structures racistes. Car elles sont incapables d’entendre les femmes noires. » De cela, une enseignante conclut que l’actuelle focalisation sur les violences faites aux femmes est un piège : « Le fait que ces thèmes deviennent grand public pose beaucoup de questions, car cela finit par reproduire des formes d’invisibilisation. D’un coup, les trans, les travailleurs du sexe, ceux qui ont porté cette parole, sont noyés dans la masse et ne sont plus clairement identifiables », dit-elle.

Plus grave encore, une enseignante fustige « la racisation des violences conjugales ». Pour elle, reprenant bell hooks, « il faut laver son linge sale en famille, pour que les hommes et les femmes noirs puissent discuter ensemble du sexisme, sans le laisser instrumentaliser par les Blancs ». Kimberlé Crenshaw, autre penseuse afro-américaine : « Mettre en lumière ces violences, c’est, d’une certaine manière, castrer à nouveau les hommes noirs. » Et quand un étudiant s’étonne qu’on puisse avancer l’idée que « si les hommes noirs violent leurs femmes, c’est à cause des Blancs et de l’esclavage. Comme si le viol n’existait pas avant l’esclavage. » L’enseignante rétorque : « C’est une théorie qui peut tout à fait être soutenue. » Autrement dit, le viol est un crime (de) Blanc. Et d’insister : « Si les violences raciales n’avaient pas eu lieu, peut-être que les rapports de genre au sein de la communauté noire auraient été différents. »

Le voyage en Absurdie ne s’arrête, hélas, pas là. Une autre enseignante en vient, en effet, à se demander – et professer l’idée – que le combat pour l’égalité n’est peut-être pas le bon, car :« Si l’égalité, c’est l’égalité avec des hommes blancs, bourgeois et qui maltraitent le monde, est-ce qu’on veut vraiment être égales ? »

Pour moi, la seule question qui vaille est celle-ci : comment l’université peut-elle laisser se déverser autant de dangereuses âneries dans ses amphis ?

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