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Vous venez de publier une truculente biographie d’A.D.G. dans la collection Qui suis-je ? (Pardès). Pourquoi vous être intéressé à ce romancier un peu foutraque, portant un acronyme étrange en guise de nom, et ayant d’abord été employé de banque, brocanteur et bouquiniste avant de découvrir l’écriture ?

A.D.G. est effectivement un auteur atypique. Né Alain Fournier, comme l’auteur du Grand Meaulnes (le trait d’union en moins), il pouvait difficilement se faire un nom dans la littérature avec un tel patronyme. D’où A.D.G. pour Alain Dreux-Gallou, qui ne veut rien dire. Mais trois lettres qui lui ont permis de faire croire qu’elles signifiaient Alain ou Alphonse de Gâteaubriant. Cet autodidacte – il n’avait que son BEPC en poche – n’en est pas moins l’auteur d’une œuvre imprégnée de l’esprit de Céline, d’Audiard et de Simonin. A.D.G. étant décédé en 2004, il m’a semblé dommage que son œuvre, riche et variée, puisse tomber dans l’oubli et ne soit pas connue des générations. D’où l’idée de cette biographie.

Le roman noir, dans lequel il excellait, n’est-il pas mort ? Ne date-t-il pas d’une époque – celle des Tontons flingueurs – révolue ?

A.D.G. est essentiellement connu pour sa qualité d’auteur de romans policiers dans la célèbre « Série noire ». Un peu d’histoire s’impose. Celle-ci a été lancée en 1945 et a véritablement pris son envol en 1948. Parmi ses titres figure Grisbi or not Grisbi, d’Albert Simonin, paru en 1955 et qui sera adapté au en 1963 par Georges Lautner sous le titre Les Tontons flingueurs. Un classique qui peut effectivement paraître un tantinet désuet à nos contemporains. Mais même si A.D.G. se revendiquait de Simonin, il n’en a pas moins révolutionné le roman policier. Lorsque son premier livre, La Divine Surprise, paraît en 1971, il casse les codes. Le temps des truands corses et des durs de Pigalle est révolu. A.D.G. introduit une ironie nouvelle. De l’humour. Des allusions politiques, franches ou sous-entendues. Les jeux de mots s’enchaînent. Sans oublier l’autodérision, l’insolence et la grivoiserie. En conséquence, même si une grande partie de son œuvre a été écrite dans les années 1970 et au début des années 1980, elle n’est pas démodée. Et surtout, contrairement à certaines idées reçues, elle montre que le roman policier, qui s’inscrit dans la tradition de la littérature populaire, n’est en aucun cas une littérature au rabais.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaiterait découvrir A.D.G. ? Que faut-il lire d’abord ?

Il y a, selon moi, deux périodes dans l’œuvre d’A.D.G. Ses huit premiers livres, de La Divine Surprise à Notre frère qui êtes odieux, sont marqués par un recours massif à l’argot qui peut rendre leur lecture parfois un peu difficile. Même s’ils sont excellents, notamment Cradoque’s Band qui a mes faveurs, je ne conseillerais pas à un jeune lecteur de commencer par ceux-ci. Je recommanderais donc le célèbre Pour venger Pépère, qui allie une véritable intrigue, un merveilleux style littéraire et un hymne à la tendresse entre un petit-fils et son grand-père. Dans la série de l’intrigue qui vous tient en haleine, L’otage est sans pitié vaut également le détour. Mais si A.D.G. était avant tout un auteur de romans policiers, il n’était pas que cela. L’actualité a rappelé la Nouvelle-Calédonie, où A.D.G. a vécu pendant pratiquement dix ans, à notre bon souvenir. Avec le prévu l’année prochaine, ce caillou français du bout du monde va de nouveau faire parler de lui. Pour le découvrir, rien ne vaut la lecture du livre Le Grand Sud. Une fresque magnifique, parue en 1987, qui raconte, de façon magistrale, l’histoire de cette terre au dix-neuvième siècle.

28 novembre 2017

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