Ingérences étrangères : le sénateur Temal, d’origine algérienne, nommé rapporteur de la loi
Le 16 septembre, le Sénat a désigné Rachid Temal rapporteur du projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères. Le sénateur socialiste est français, d’origine algérienne, et préside le groupe d’amitié France-Algérie du Sénat. Un élément qui ne constitue évidemment ni une faute ni une preuve d’influence étrangère. Mais qui prend une autre résonance lorsque l’on se penche sur les stratégies d’influence algériennes en France.
Merci au Président et aux collègues de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées pour ma nomination comme Rapporteur sur le projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique. pic.twitter.com/Q3o1U6iJ9y
— Rachid Temal (@RachidTemal) September 16, 2026
Le projet de loi vise à renforcer les moyens de lutter contre les opérations d’influence étrangères : désinformation, manipulations numériques, campagnes coordonnées, financements ou relais locaux. Le rapporteur jouera donc un rôle central dans l’examen du texte.
L’Algérie, un cas très concret
Lorsqu’on parle d’influence étrangère en France, l’Algérie n’est pas un sujet théorique. La commission d’enquête sénatoriale de 2024 avait identifié différents leviers d’influence auprès des diasporas et dans le champ cultuel : mosquées, fédérations musulmanes, CFCM, filière halal, formation et désignation des imams. Le rapport relevait aussi, en s’appuyant sur la délégation parlementaire au renseignement, la persistance d’une activité algérienne en lien avec la Grande Mosquée de Paris.
Une enquête du Monde publiée en janvier 2025 décrivait également les stratégies du régime algérien à l’égard de la diaspora en France. Le numérique a ajouté une nouvelle couche : plusieurs influenceurs algériens ou d’origine algérienne installés en France ont été au cœur des tensions entre Paris et Alger en 2025.
Un sujet qui contraste avec la place prise par les ingérences russes dans la communication officielle française : Moscou fait régulièrement l’objet d’alertes de Viginum, tandis que les mécanismes d’influence algériens, pourtant documentés par le Sénat, occupent une place beaucoup plus discrète dans le débat public.
Temal, un engagement assumé auprès d’Alger
Rachid Temal est Français d’origine algérienne et préside le groupe d’amitié France-Algérie du Sénat. Il s’est investi dans les relations entre Paris et Alger. En février 2025, en pleine crise diplomatique, il s’est rendu à Alger. À son retour, il expliquait vouloir apporter « une autre image de l’Algérie ». Face à la ligne de fermeté défendue par Bruno Retailleau, il déclarait : « La voix de la France ce n’est ni celle de Retailleau ni celle des médias de Bolloré. La politique étrangère de la France ne se fait pas dans les médias de Bolloré. »
Quelques semaines plus tard, alors que Retailleau défendait une ligne de fermeté à l’égard d’Alger, Temal plaidait encore pour le dialogue : « Il faut dialoguer, plutôt qu’aboyer ». Ces positions ne constituent pas une preuve d’influence étrangère. Elles documentent en revanche son engagement marqué en faveur du dialogue franco-algérien et son opposition à la stratégie de confrontation portée par Retailleau.
Une question qui dépasse son cas personnel
C’est précisément ici que se situe le paradoxe. Les institutions françaises documentent les stratégies d’influence algériennes auprès de réseaux religieux, de diasporas et sur les plateformes numériques. Le parlementaire chargé de rapporter la loi est un Français d’origine algérienne, très investi dans les relations franco-algériennes et défenseur du dialogue avec Alger.
Cela ne permet évidemment pas de conclure que Rachid Temal serait influencé par le pouvoir algérien. Mais cela permet de poser une question : cette proximité avec le dossier algérien influencera-t-elle sa manière d’appréhender les différentes formes d’influence étrangère lorsque le texte sera examiné ? Il appartiendra au sénateur de montrer comment il entend appliquer la même exigence à toutes les puissances étrangères.
Car lorsqu’une loi est censée protéger la France contre les influences venues de l’étranger, la confiance dans celui qui est chargé de la préparer compte presque autant que le texte lui-même.
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