Haro sur les retraités !
Roland Lescure a donné ce samedi une interview au Parisien. Notre ministre de l’Économie et des Finances a toujours l’œil qui frise et le ton patelin. Lorsqu’on évoque le « décrochage » de l’économie française, il répond « trou d’air ». Il n’y a pas de baisse, c’est juste une absence de hausse, exactement « un retrait de croissance », faudrait voir à ne pas confondre. « On n’a jamais autant travaillé en France que cette année (sic). Le taux d’emploi des jeunes et des seniors est au plus haut », assure-t-il. On aimerait savoir où Monsieur Lescure situe le “autant“, et à quand remonte son “jamais“… Mais pourquoi s’inquiéter ? Tout va bien, « et ça, c’est le résultat direct de la politique d’Emmanuel Macron depuis dix ans sur l’apprentissage, l’attractivité et les investissements dans les nouvelles technologies », assure-t-il. Et d’ajouter que « la France est le pays le plus attractif d’Europe depuis sept ans ».
Avec pour objectif de ramener le déficit sous 5,1 %, l’exécutif devra réaliser environ 30 milliards d’euros de coupes budgétaires en 2027. Et où les trouver ? Là où il est le plus simple de taper : chez les retraités. C’est la piste évoquée (voir notre question de samedi) avec de plus en plus d’insistance par tous ces ministres qui ont ruiné l’économie française et sacrifié ses finances. À cela deux options : une désindexation des pensions ou la suppression de l’abattement fiscal de 10 %. Autrement dit, soit la pension cesse de suivre les prix au 1er janvier, soit l’avantage fiscal qui leur est appliqué disparaît de l’avis d’imposition.
L’indexation des pensions, comme l’a rappelé Marine Le Pen, figure dans la loi Balladur du 22 juillet 1993. Elle fixe l'indexation des pensions de retraite sur le coût de la vie (l'inflation hors tabac) au lieu de l'augmentation des salaires. Quant à l’abattement fiscal, c’est un mécanisme qui existe depuis 1978 et couvre aussi bien la retraite de base que la complémentaire et la réversion.
Le prix de l’inconséquence
À en croire nos éminences penchées sur leur introuvable budget, il n’y aurait pas d’autre issue au déficit qui nous tue que la ponction sur les retraités. Bercy chiffre à 6 milliards d’euros le surcoût d’une indexation complète des pensions au 1er janvier 2027, comme le prévoit la loi Balladur. Problème, dit David Amiel, le ministre des Comptes publics, car « de ces 6 milliards, on n'a pas aujourd'hui le premier euro ». Bref, « ce qui est certain, c'est qu'il faudra choisir entre les deux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure », assène-t-il. N’y a-t-il vraiment pas d’autres choix possibles ?
Thomas Ménagé, député RN du Loiret chargé de la question des retraites, juge indécent de « demander aux Français qui ont travaillé toute leur vie, qui travaillent, des efforts supplémentaires quand l’alimentation explose, quand l’énergie explose, quand aujourd’hui rien n’a été fait pour faire des économies structurelles sur le train de vie de l’État ou sur l’immigration ». Côté LR, on pointe le danger qu’il y aurait à « attiser la guerre des générations ».
Rappelons pourtant que les retraités sont souvent le soutien financier des familles, la roue de secours, la bouée de sauvetage, le refuge parfois face à un État défaillant qui sacrifie ses propres enfants en prétendant sauver le monde. Faire les poches des aînés – et même leur offrir “l’aide à mourir“ – ne résoudra pas les problèmes structurels dans lesquels la France s’enfonce depuis des décennies.
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