[CINÉMA] Pressure, le Débarquement de Normandie sous l’angle météorologique
En 1961, le président Kennedy interrogea Eisenhower, son prédécesseur à la Maison blanche, sur ce qui, d’après lui, fit la réussite du Débarquement en Normandie (« l’Opération Neptune », première phase de « l’Opération Overlord »). L’ancien général lui répondit alors simplement : « Nous avions de meilleurs météorologues que les Allemands »…
En 2014, le comédien et dramaturge anglais David Haig écrivit une pièce de théâtre intitulée Pressure qui narrait le conflit opposant, lors de la préparation du D-Day, deux météorologues en désaccord sur la date idéale de la traversée de la Manche. Un conflit aux enjeux cruciaux, cette opération devant déterminer l’issue de la guerre. Elle visait, en effet, à ouvrir un nouveau front en Europe, à diviser en deux les forces allemandes et à soulager ainsi l’armée russe, qui combattait à l’Est.
Les soixante-douze heures qui ont précédé le Débarquement
Coproduite par Studiocanal et Working Title Films, l’adaptation de Pressure au cinéma, écrite à la fois par le dramaturge d’origine et par le réalisateur Anthony Maras, apporte sa contribution à la longue filmographie consacrée aux forces alliées de la Seconde Guerre mondiale : on pense, entre autres, aux récents Imitation Game, Dunkerque, et La Ruse.
Le récit nous raconte les soixante-douze heures qui précèdent le Débarquement, initialement prévu le 5 juin 1944, des troupes britanniques, américaines et canadiennes sur les plages du Cotentin et du Calvados ; soit plus de 156 000 soldats venus par la mer et par les airs.
Traumatisé par l’échec de « l’Opération Tigre », qui fut une répétition ratée du D-Day, dans le Devon, et qui coûta la vie de 749 soldats américains, mitraillés à balles réelles par leurs propres camarades puis attaqués par surprise par des vedettes lance-torpilles allemandes qui stationnaient à proximité, le général Eisenhower craint fortement l’échec de « l’Opération Neptune ». Inquiet des conséquences d’un débarquement mal préparé, le futur président des États-Unis travaille alors de concert avec une équipe de météorologues de renom menés par l’Écossais James Stagg, officier de la Royal Air Force. Ce dernier comprend rapidement que les conditions climatiques ne seront pas favorables à des opérations le 5 juin et peine à faire entendre raison à Irving Krick, le météorologue de l’US Army auquel Eisenhower fait pleinement confiance…
Quand les scientifiques manquent de se tromper
Lutte d’égos et affrontement intellectuel de deux scientifiques aux visions opposées, Pressure nous rappelle à juste titre que la science n’est pas qu’une affaire de faits mais également d’interprétation des signes et des indicateurs. Pour le réalisateur Anthony Maras, le film, dont la production fut ralentie par la période de Covid-19, fait directement écho à cette pandémie durant laquelle les scientifiques du monde entier se sont écharpés par médias interposés : « L’importance des faits et des données scientifiques, oser dire la vérité aux puissants, avoir le courage de ses convictions, même quand ce n’est pas populaire. Ce sujet permet d’aborder un autre type d’héroïsme. Et d’explorer ce à quoi ressemble le vrai leadership en temps de crise. Pour moi, c’est une histoire dont nous avions besoin ».
Si l’histoire avec un grand H a donné raison à James Stagg, partisan d’un débarquement le 6 juin, Pressure nous explique que les Alliés ont bien failli opérer la veille et ont finalement évité de justesse une erreur aux conséquences dramatiques….
Plutôt scolaire dans son approche et sa mise en scène, non exempt de facilités scénaristiques (le sort inconnu de l’épouse de Stagg), le film vaut pour sa leçon d’histoire et l’interprétation de ses comédiens principaux : Andrew Scott, Chris Messina, Kerry Condon, et évidemment Brendan Fraser, qui campe ici un Eisenhower massif, charismatique mais traversé par le doute.
3 étoiles sur 5
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Un commentaire
Pourquoi parle-t-on si peu du débarquement de Provence qui a permis une libération « rapide » de la France ?