[REPORTAGE] Une rentrée triomphante : Éric Ciotti, l’allié désormais incontournable

« Quand la France recule, Nice avance ». Le président de l'UDR veut faire de sa ville un « exemple » pour la France.
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À Levens, dans l’arrière-pays niçois, là où le président de l’UDR a l’habitude de faire sa rentrée politique, Éric Ciotti s’est montré très offensif contre le macronisme et s'est posé en force de propositions dans son alliance avec Marine Le Pen.

Un ciel sans nuage. Auréolé de sa victoire à Nice et sa métropole, le « maître des horloges » des Alpes-Maritimes savoure un temps politique où tout lui sourit. C’est justement de son premier bilan de maire qu'il est venu parler, ce 5 septembre, devant 6.000 personnes. Pour démontrer qu’une autre voie est possible dans la gestion du pays. « Quand la France recule, Nice avance », lance celui qui est toujours député des Alpes-Maritimes, entouré des parlementaires de son parti. Tous sont venus marquer une rentrée politique aux enjeux majeurs. La veille, ils se réunissaient pour un séminaire de rentrée avec les principaux cadres du mouvement. Les poids lourds méditerranéens du RN ne manquent pas non plus à l’appel. Ils viennent soutenir le précieux allié : le Marseillais Franck Allisio, la Toulonnaise Laure Lavalette, la Mentonnaise, Alexandra Masson, le Cagnois Bryan Masson.

« La France a besoin de sa victoire »

Les doigts graisseux de pissaladière, le gosier rafraîchi de rosé, les militants se délectent du discours de rentrée de celui qui déplore une « France qui s’enfonce, s’abîme, dans un macronisme qui n’a que trop duré ». « Ce que nous avons fait ici, nous le ferons pour la France éternelle que nous aimons », s'enthousiasme Éric Ciotti, après avoir égrené toutes les mesures promises en campagne, qu’il a déjà mises en œuvre dans la capitale des Alpes-Maritimes. Coupes dans les dépenses inutiles, fin des « gabegies ». Ce sont 52 millions d’euros de baisse d’impôts que présente le maire de Nice, principalement sur la taxe foncière. Parallèlement, un plan drastique d’économies de 60 millions a déjà été réalisé : -30 % des indemnités des élus métropolitains, -15 % des indemnités des élus municipaux, vente des 50 véhicules municipaux, vente de la maison de la Métropole, suppression de la propagande municipale, passage de 140 directions administration à 40. En partant de ce « redressement » niçois, Éric Ciotti a renouvelé son soutien à Marine Le Pen dans le combat présidentiel qui débute. « La France a besoin de sa victoire », s’époumone le fervent défenseur de l’union des droites qui propose à la candidate un « pacte d’alliance pour redresser le pays ». Fin du mille-feuille territorial, suppression des impôts de production, abrogation du regroupement familial et suppression du droit du sol, moratoire sur le droit d’asile : le président de l’UDR a développé une quinzaine de mesures musclées.

« Y en a marre »

En évoquant le rétablissement de la double peine pour les étrangers condamnés, l’allié de Marine Le Pen s’écrie, pour ces derniers : « C’est la prison ou l’avion. » Le Niçois assume aussi son identité propre. « Une alliance se nourrit aussi de différences », justifie-t-il en assumant ses divergences sur le dossier des retraites : « travailler plus » et introduire « une dose de capitalisation ». Les Pécresse, Wauquiez, Bertrand ne sont pas épargnés, eux les « comptables du déclin français ». Sarah Knafo, « artisane de ses intérêts personnels », est aussi égratignée. Celle qui pourtant expliquait, il y a deux jours, pouvoir envisager intégrer un gouvernement RN a eu le malheur de désapprouver la mesure ciottiste d’accorder aux retraités la gratuité des transports à Nice. « C’est la démagogie incarnée », avait commenté l’eurodéputée Reconquête.

Dans l’assistance, François et Jean-Jacques sont conquis. « Y en a marre » : le premier, pourtant « modéré dans les idées », ne cache pas son exaspération. Le second, un ancien LR qui soutient depuis longtemps Éric Ciotti, veut « faire face à la montée de la gauche islamiste ». Avant de retrouver leur pan-bagnat, les deux hommes confessent leur sympathie pour David Lisnard, le maire de Cannes. David, désormais responsable UDR de la fédération du Bas-Rhin a lui aussi milité à l’UMP puis chez LR, pendant vingt ans. Le militant « se retrouve » dans le parti d'Éric Ciotti, heureux d'y retrouver « une droite forte ». Voilà certainement le principal atout du maire de Nice : apporter à Marine Le Pen un vivier d’électeurs de droite, lassés des compromissions de ses figures. « On apporte une base militante, des propositions programmatiques et des parlementaires », résume, auprès de BV, le député Alexandre Allegret-Pilot.

« J’ai prié pour vous »

Des bisbilles à la tête du RN dévoilées dans la presse, il n'est pas question ce jour là. Une mauvaise galéjade, pour le moment. Mais qu'aucun cadre n'ose commenter publiquement. « On n’a pas de recul », glisse ce député UDR, « on pourrait écrire des romans sur les tensions internes dans les partis », dédramatise cet autre. En descendant de l'estrade, Éric Ciotti et ses parlementaires, à la notoriété grandissante, sont pris dans un bain de foule. « J’ai prié pour vous », glisse une militante à l’oreille de Charles Alloncle. Un coup de pouce du ciel, voilà une intervention qui ne serait pas de trop, lors de cette année charnière.

L’UDR entre dans la bataille en ordre de marche derrière son chef. Éric Ciotti poursuit son chemin avec la sérénité des vieux loups de mer qui scrutent l’horizon. Demain matin, le maire de Nice se regardera dans la glace en se rasant. Peut-être apercevra-t-il la façade d’un grand ministère...

@Yves-Marie Sévillia

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

45 commentaires

  1. Pour le bien de cette droite , il serait nécessaire qu’elle se rassemble sérieusement autour d’une table afin de traiter les sujets sérieux et de parler d’une même voix. Prenons le sujet « retraites ». Il me semble que nous sommes en présence d’une nébuleuse dans laquelle le plus persévérant n’y retrouverait pas son chien.

    Revenons aux fondamentaux. Quelle est la difficulté à traiter ? Une inégalité qui se creuse entre cotisations et pensions ce qui conduit à un déficit qui pèse de plus en plus.
    Deux blocs à aborder : le fonctionnariat, le privé. Doivent-ils répondre au même traitement ?
    Quels sont les facteurs à considérer ?
    * les fondamentaux : la pénibilité – l’espérance de vie définie par le médical
    * les complémentaires : la cotisation adaptée aux ressources – la pension minimum acceptable – l’équilibre indispensable
    * l’incontournable : la considération de l’évolution de la démographie.

    Il me semble qu’il est possible de considérer tous ces facteurs et de les triturer dans des simulations afin de se projeter tout en laissant au citoyens toute liberté de choix quant à sa date de départ en retraite, . laquelle serait personnelle, fonction de ses ressources, de sa santé, de ses projets. Des simulations qui s’adapteraient automatiquement aux évolutions : inflation, espérance de vie, de façon à ce que la réévaluation des pensions et cotisations ne soient pas un casse-tête chaque année.

    Mais faut-il encore que ce sujet soit sérieusement saisi. Ce qui ne semble pas le cas à l’écoute des barbarismes présentés par les uns et les autres, sujets à fortes controverses.

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