« L’islam politique » bientôt interdit en Autriche ?

L’Autriche veut interdire « l’islam politique » : une ambition qui soulève autant d’espoirs que de questions.

C’est une proposition qui ne manque ni d’ambition ni de courage. Ce 31 août, le gouvernement autrichien a fait savoir qu’il travaillait à un texte visant à interdire constitutionnellement « l’islam politique ». Le projet doit être préparé par le ministre de l’Europe et de l’Intégration, Claudia Bauer, avant d’être soumis aux partenaires de coalition. L’objectif affiché est de lutter contre une idéologie considérée comme incompatible avec la démocratie et l’État de droit.

Membre de l’ÖVP, le Parti populaire autrichien de centre droit, le chancelier Christian Stocker entend prendre le sujet à bras-le-corps. « Je ne veux pas que nos enfants et nos petits-enfants grandissent dans un État islamique », a-t-il déclaré. L’élu conservateur affirme toutefois vouloir préserver la liberté religieuse, tout en considérant que celle-ci ne saurait justifier une remise en cause de l’égalité entre les hommes et les femmes ou du respect des institutions. Il s’inquiète, également, de l’impact que certains influenceurs pourraient avoir dans la société, et particulièrement auprès des jeunes. « Il ne peut être permis qu’un prédicateur dicte les règles à la place du Parlement », a-t-il affirmé, dénonçant notamment l’apparition d’une « police des mœurs » qui impose aux jeunes filles leur tenue ou leur comportement. Cette préoccupation intervient alors que l’Autriche vient justement de mettre en place, à partir du 1er septembre 2026, l’interdiction du port du foulard islamique à l’école pour les filles de moins de 14 ans.

Une islamisation inquiétante

Les chiffres permettent de comprendre pourquoi la question prend une telle importance politique. À Vienne, les élèves de confession musulmane représentent désormais 41,2 % des effectifs des écoles primaires et des collèges. Ils constituent ainsi le premier groupe religieux dans ces établissements, devant les chrétiens, qui représentent 34,5 %. À l’échelle nationale, la proportion de musulmans était de 8,3 % de la population en 2021, contre 4,2 % vingt ans plus tôt : elle a donc doublé en une génération.

Une récente polémique judiciaire est venue donner un relief particulier au débat. Deux entrepreneurs avaient choisi de régler leur différend devant un tribunal arbitral privé en s’appuyant sur le droit islamique. Après contestation de la sentence par l’un d’eux, un tribunal public de Vienne a confirmé sa validité, estimant qu’elle ne contrevenait pas aux principes fondamentaux du droit autrichien… De quoi donner raison à ceux qui dénoncent une islamisation de la société autrichienne et l’application désormais banalisée de la charia.

Pour quelle application concrète ?

Le projet de Christian Stocker risque cependant de se heurter à une difficulté majeure : comment passer du principe à la réalité ? Claudia Bauer affirme vouloir combattre « l’islam politique par tous les moyens disponibles », mais les critères permettant de déterminer les organisations, associations ou activités visées demeurent encore bien flous. Les partenaires de coalition eux-mêmes s’inquiètent d’accoucher d’un texte juridiquement inapplicable.

Faudrait-il dissoudre certaines associations ? Interdire certains financements ? Renforcer le contrôle des prédicateurs ? Sanctionner certaines structures ou activités ? Et pourquoi pas, à terme, s’attaquer à certaines pratiques individuelles ? Le parallèle avec le débat français est évident : le RN défend actuellement l’interdiction du voile islamique dans l’espace public. En Autriche, le voile intégral est déjà interdit depuis 2017, mais aucune interdiction générale du foulard pour les adultes n’existe.

L’illusion d’un islam non « politique »

Mais qu’est-ce que « l’islam politique » ? C’est finalement la question de fond. Le gouvernement autrichien assure vouloir distinguer l’idéologie politique de la simple religion musulmane. Il s’est d’ailleurs doté d’un outil baptisé la « Documentationsstelle Politischer Islam » pour l’aider dans cette tâche délicate. Cet organisme définit l’islam politique comme une idéologie cherchant à transformer ou influencer la société, l’État et la politique au nom des valeurs islamiques. Ses travaux portent notamment sur les Frères musulmans et d’autres réseaux ou organisations considérés comme relevant de cet univers idéologique. L’objectif semble donc être de s’attaquer aux structures organisées plutôt qu’aux « simples » musulmans. Soit. Mais que faire, par exemple, face à ces très nombreuses femmes qui, par le simple fait d'être voilées et sans être affiliées à la moindre organisation politique, en viennent néanmoins à « influencer la société » ? Par ailleurs, certains des préceptes de l'islam prétendent organiser la vie collective des individus d’un bout à l’autre de leur existence dans la société. Difficile, alors, de nier leur dimension intrinsèquement politique.

Pour autant, l’initiative autrichienne mérite d’être regardée avec intérêt, après des décennies d’irénisme et de folie migratoire. Cependant, la simple dénonciation des organisations fréristes suffira-t-elle à inverser la vapeur ? La question est là.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

31 commentaires

  1. « Islam politique », c’est un pléonasme.
    « l’islam est politique, ou il n’est pas », c’est l’ayatollah Khomeini qui l’a dit.
    “L’islam est essentiellement un système juridique, un ensemble de lois plutôt qu’une religion“ (Urbain Vermeulen)
    “L’une de nos plus graves erreurs est d’imaginer que l’islam est l’une des grandes religions de la planète. C’est une aberration. L’islam est politique ou il n’est rien… “ (Mark Alexander)

    • l’UE qui, par la grâce de nos dirigeants, a la main sur les conventions commerciales INTERDIT l’affichage hallal sur les présentoirs, ce qui fait que comme l’abattage hallal est plus économique que l’abattage règlementaire et qu’il est en conséquence largement pratiqué, nous mangeons tous, sauf les végans et les végétariens stricts, de la viande hallal. En outre, l’abattage hallal rapporte 15cts du kilo de viande SUR PIED à la mosquée de l’imam certificateur. Un pactole. Donc, non seulement nous mangeons de la viande hallal sans le vouloir, mais par dessus le marché, nous soutenons la pratique de l’islam, qui dit merci à l’UE et merci à nos dirigeants.

    • Je suis bien d’accord avec vous, car on en mange à notre insu même si on refuse comme moi d’aller dans une boucherie hallal, l’étiquetage est volontairement mal fait, on ne sait pas ce qu’on achète en fait , et au point de vue hygiène et santé ça peut poser de graves problèmes, viande crue ou pas assez cuite = E Coli, qui peut être mortelle

  2. l »islam est d’abord politique, seulement appliquée par les religieux
    regardez l’iran…….une république islamique !
    vouloir trier !!!!! arrêtez de réfléchir sur notre modèle, ce n’est pas le leur
    quand les textes régissent la vie quotidienne et le droit, c’est d’abord politique et exclusivement politique
    l’islam ne peut être qu’en concurrence avec notre démocratie

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