Dans Libé, 600 professionnels du cinéma crient haro sur Bolloré
À la veille du festival de Cannes, pas moins de 600 professionnels du cinéma rassemblés dans un collectif appelé « Zapper Bolloré » ont signé une tribune, dans Libération, pour « dénonc[er] l’emprise de Bolloré sur le septième art ». Il est des terrains de chasse gardée que la gauche craint de voir lui échapper, au point de ressortir l’épouvantail éculé de la menace d’« une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ». « Depardon, Binoche, Haenel … », titre Libération : les points de suspension sont sans équivoque car, manifestement, chez les célébrités, la levée de boucliers n’a pas l’ampleur escomptée — à moins que le danger ne soit surestimé.
Crier haro sur Bolloré
Le cinéma français tient à son pré carré : partout autour d’elle, la muraille idéologique de la gauche s’écroule, mais s’il doit rester un dernier bastion de l’entre-soi, après l'édition avec l'affaire Grasset, ce sera le cinéma. C’est en tout cas ce que voudraient croire les signataires de cette tribune. Le choix du support n’est pas anodin : Libération n’est pas particulièrement reconnu pour la neutralité de sa ligne éditoriale. Tout comme le choix d’user de l’écriture inclusive, d'ailleurs. Manifestement, ces professionnels ont du mal à cacher leur militantisme, même quand il s’agit de « construi[re] ensemble un mouvement capable de défendre [leur] indépendance et la possibilité de créer, de diffuser et de programmer librement, comme certain·es s’emploient déjà à le faire ». De quoi s’inquiètent ces « producteur·ices, distributeur·ices, exploitant·es, cinéastes, technicien·nes, travailleurs et travailleuses du cinéma, et avant tout citoyen·nes » ? De voir que « par l’intermédiaire de Vivendi, Vincent Bolloré détient déjà la chaîne Canal+ et ses filiales, dont Studio Canal, numéro 1 de la production de cinéma européenne. Avec l’ajout des 55 cinémas UGC de France et de Belgique, notamment celui des Halles à Paris, le plus fréquenté d’Europe avec plus de 2,5 millions d’entrées annuelles, Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran » : la bête immonde a un nom.
« Non à l’uniformisation des films ! »
Pourtant, il faut avouer que la ligne de défense qu’ils se sont choisie est cocasse : « Non à l’uniformisation des films ! », proclament-ils, en ajoutant, d’un ton mi-menaçant mi-sentencieux : « Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? » On se demande de quelle propagande idéologique il s'agit, puisqu'on se souvient qu'un film comme l'Histoire de Souleymane a pu profiter des financements de Bolloré. Il faut dire que le collectif « Zapper Bolloré » n'a vraiment pas peur des mots : « La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d’idées. En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif. » Rien que ça ! Étonnamment, cela ne dérangeait pas ces résistants en carton-pâte quand l’imaginaire collectif était sous contrôle de la gauche. Et tant pis d’ailleurs, si ça ne faisait pas franchement rêver le public : l'échec, malgré le gavage d'argent public dont il a bénéficié, du navet Toutes pour une en est peut-être le meilleur exemple.
Procès d’intention
En réalité, le collectif intente bien un procès d’intention à Bolloré : « Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas qu’il mène un "projet civilisationnel", réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas », prophétise le collectif.
Dans un article qui accompagne la tribune même, Libération est forcé de reconnaître que « cette année, le groupe a en tout cas rendu possible l’existence de films présentés à Cannes, aussi variés que la Vénus électrique de Pierre Salvadori (en ouverture), Garance de Jeanne Herry, Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, Histoires de la nuit de Léa Mysius, Soudain de Ryusuke Hamaguchi, L’Objet du délit d’Agnès Jaoui, Mémoire de fille de Judith Godrèche, L'Abandon de Vincent Garenq […] », c’est simple : « En 2025, l’éclectisme des 71 films acquis par Canal+ exclut tout procès d’intentions idéologiques », résume le journal. Marie Masmonteil, présidente du collège long-métrage du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), explique même à Libé que « c’est une chance d’avoir un système qui contraint Canal+ à financer le cinéma européen quel que soit son propriétaire. Nous ne discutons pas en direct avec Vincent Bolloré. S’il avait voulu avoir une politique d’orientation éditoriale, il l’aurait fait […] »
Alors, de deux choses l’une : soit 600 professionnels du cinéma sont atteints de délire paranoïaque, soit 600 professionnels du cinéma tentent de raviver la vieille chimère des heures sombres pour rafistoler leur hégémonie culturelle fissurée.
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88 commentaires
Au cas où les 600 médiocres ne s’en seraient pas aperçus, le contribuable, via les (généreuses) subventions accordées, financent déjà des films de propagande au service d’une idéologie… Vaut mieux en rire.
qu est ce qu’ils sont fatiguants, les molière, puis ça, binoche qui va nous refaire un speech sur la misère et les injustices dans le monde ou en France, au festival, avant de rentrer dans sa chambre au carlton, tellement grotesque tout ça, un monde déconnecté
Après certains sportifs qui nous dissuadent d’aller les voir au stade, voici les gens du spectacle qui nous dissuadent d’aller les voir dans les salles obscures! Décidément ils ont du mal à avaler le risque de devoir manifester un minimum de talent pour gagner sa vie. Car le problème est bien là. L’habitude de ne pas avoir besoin d’audience pour vivre grâce aux subventions entraîne un effondrement de la qualité et la porte ouverte à tous les délires destinés à choquer le bourgeois qui s’est lassé et ne vient plus. En somme un cercle vicieux .
les 600 ploucs viennent de s apercevoir que la gamelle de leurs mediocrites artistiques va se tarir
On va enfin revenir aux films moldaves en noir et blanc chers à nos intellectuels de gauche!
Et si on laissait le public choisir ? C’est simple, supprimons toutes les subventions pour le cinéma, mais aussi pour la presse.
De grosses économies en perspective, et le ménage va se faire de lui-même. Ah, mais, suis-je bête, c’est cela que tous ces gens redoutent, ils ne vivent que de subventions.
Laissons Bolloré de côté et payons les selon leurs résultats. Il n’y a pas de meilleur référendum que le nombre de places vendues. Le reste, bla bla etc.