[VU D’ARGENTINE] Milei prend le pouvoir… et secoue l’Argentine
Javier Milei ne semble pas être affligé d’un caractère jaloux. Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que trois chiffres trottaient dans son cerveau hyperactif. Le lecteur ne l’aura peut-être pas deviné, mais il s’agit du 49.3, absent de la Constitution argentine. Certes, il pourra se consoler en partie en pensant que cela lui fait l’économie d’un encombrant Premier ministre. Par contre, du fait de son extrême faiblesse au Congrès, héritage des élections de décembre 2023, il aura dû patienter deux ans pour fixer enfin le budget pour l’année en cours. Le 26 décembre 2025, le nouveau Congrès a accouché aux forceps d’une vigoureuse et démocratique créature porteuse d’un excédent primaire de 1,5 % (excédent total : 0,1 % après paiement des intérêts de la dette souveraine) et une croissance de 5 %. Où sont les jaloux ? Suivez mon regard...
Dans un été austral surchauffé, rien de mieux, pour se rafraîchir les idées, que d’effectuer le traditionnel pèlerinage à Davos, cela permet de retrouver les copains, Donald et Cie, mais aussi certains personnages moins amicaux et s’offrir un petit discours égratignant le wokisme, pourfendant les organisations internationales technocratiques et ruineuses et affichant sa volonté d’une ouverture urgente mais raisonnable de son pays aux marchés mondiaux.
Réformes et lois
Tous ces bons moments ont une fin et il faut penser à la rentrée et à toutes les réformes et lois rendues possibles avec la nouvelle composition des chambres. Pour investir la place, rien de mieux que ce que l’on appelle, en termes militaires, le déclenchement d’une solide préparation d’artillerie. En d’autres termes, négocier avec les 24 gouverneurs de province pour les persuader d’ordonner à leurs sénateurs et députés de bien se comporter au moment du vote. Pour certains, cela se passe autour d’un barbecue bien arrosé ; pour d’autres, c’est évidemment plus complexe. Pour les cinq gouverneurs férocement péronistes emmenés par le « nain communiste » de plus en plus enragé (Axel Kicillof, l'opposant à abattre pour le président argentin qui le surnomme « le nain communiste »), mais gouverneur de la puissante province de Buenos Aires, le coup du mépris est la meilleure solution. Le seul fait de voir cette misérable troupe en débandade et les mafias syndicales et autres s’étriper sans complexe pour tenter de retenir une infime parcelle de pouvoir est un spectacle gratifiant pour les Argentins honnêtes lassés de leurs exactions.
Car au fond, le lecteur l’aura compris, le débat n’est plus idéologique mais économique. Chacun des gouverneurs doit faire tourner sa boutique, pour la plupart en situation critique. Cela suppose d’un côté des sacrifices, des réductions impopulaires de structures, des baisses d’impôts. De l’autre, Milei tient une partie des cordons de la bourse de l’administration générale et préférera se laisser hacher menu plutôt que de mettre en péril l’équilibre fiscal. Compromis, promesses, trahisons, volte-face, grenouillage : tout cela est à l’ordre du jour. Autant de moins à débattre dans l’honorable enceinte des chambres, ce qui devrait théoriquement limiter le pénible spectacle habituel, ici comme sous d’autres latitudes.
Plus concrètement, le 12 février, le Sénat devrait débattre de la très importante loi de réforme du droit du travail. Le texte actuel, qui fête son cinquantenaire, est complètement inadapté aux temps modernes et, surtout, provoque le blocage du marché de l’emploi, pénalisant entreprises et travailleurs. C’est un tabou auquel personne n’avait jamais osé toucher, mais qui est responsable d'une partie des 40 % d’employés au noir. Ce tabou dynamite les coûts tout en engraissant la mafia syndicale. Son abrogation est d’une importance capitale pour rendre le pays attractif à tout investissement. Au moment d’écrire ces lignes, les observateurs estiment probable son approbation au Sénat avec quelques amendements et un passage plus facile, ensuite, à la chambre. Signe des temps, les syndicats ont renoncé à la grève générale, inévitable en d’autres temps, et prévoient une manifestation à Buenos Aires qui devrait ressembler à un baroud d’honneur, encore que cet attribut convienne peu à ce genre de clientèle.
Un nouveau Milei
Sur le secteur externe et en marge du traité Mercosur aux effets lointains, un accord commercial véritablement important avec les États-Unis vient d’être signé. Nous en épargnerons les détails à nos lecteurs. La presse mainstream peu favorable à Milei a adopté un profil très bas et les critiques sont d’une modération étonnante, si l’on excepte le concert de hurlements à la mort des rescapés du kirchnérisme. Signes très encourageants s’il en est.
Dans ce contexte, depuis le début de l’année, la banque centrale thésaurise patiemment des dollars. Cet exercice d’accumulation est nécessaire pour dissiper toute possibilité de spéculation contre le peso mais conspire un peu contre la baisse de l’inflation, toujours au-dessus de 2 % mensuels. Avec 500 points, le risque pays est à la baisse, mais les experts estiment qu’il devrait se situer aux alentours de 350 pour que l’Argentine soit enfin à l’aise sur le marché de la dette. Un nouveau Milei, moins agressif, mais disposant enfin d’une partie des outils législatifs indispensables, semble avoir la partie belle dans cette année décisive.
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25 commentaires
» Le seul fait de voir cette misérable troupe en débandade et les maffias syndicales et autres s’étriper sans complexe pour tenter de retenir une infime parcelle de pouvoir est un spectacle gratifiant pour les argentins honnêtes lassés de leurs exactions. » France 2027 ?
La pologne, l’Italie, l’argentine quel est le point commun? Des patriotes. Resulat: PIB en hausse donc croissance au beau fixe et même l’Italie est passée devant nous. L’as de la finance est devenu le naze de la finance…