« La France et le catholicisme sont tellement liés que si l’un tombe, l’autre tombe avec »
Les Sables-d’Olonne, par un après-midi pluvieux d’automne. Dehors, la tempête. Des vagues de plusieurs mètres de haut viennent percuter la falaise, offrant aux promeneurs téméraires un tableau spectaculaire. À l’intérieur, dans un restaurant chaleureux qui domine la baie, Éric Zemmour nous reçoit quelques instants, avant de partir à la rencontre de Vendéens. Prénoms et nation, crèches, laïcité et identité... en tournée pour la promotion de son dernier livre, avant une conférence suivie d’une séance de dédicaces, il répond à nos questions. Entretien sans concession.
Iris Bridier. Le sujet des prénoms pour faire nation revient sur la table. Êtes-vous toujours favorable à la réhabilitation de la loi de 1803 ?
Éric Zemmour. En politique, il y a ceux qui changent d’avis et ceux qui se répètent : moi, j’ai choisi de me répéter. Nous avons une situation que Jérôme Fourquet a qualifiée d’archipélisation. Des groupes qui n’ont pas la même culture, les mêmes mœurs, les mêmes traditions et qui ne vivent plus ensemble. Le fameux vivre ensemble demande une culture commune. Et nous découvrons que le prénom est l’expression de cette culture. Nous avons cru pendant quarante ans qu’il n’était que le reflet du choix individuel des parents. Nous voyons que chez les musulmans, le prénom est l’outil de la continuité historique, religieuse, culturelle de ceux qui veulent continuer à faire de la France une terre d’islam. C’est bien pour cela que j’avais réclamé le rétablissement de cette loi napoléonienne qui obligeait les parents d’autres cultures à donner à leurs enfants qu’ils voulaient français un prénom qui exprime leur appartenance au peuple et à la culture français. Déjà, à l’époque, la Révolution a disloqué le pays et l’on s’interrogeait sur l’avenir du christianisme : d’un côté, Chateaubriand écrit Le Génie du christianisme et, de l’autre, Bonaparte établit cette loi pour obliger tous les Français à reprendre des prénoms chrétiens pour renouer avec le fil des siècles.
I. B. En ce cent-vingtième anniversaire de la loi sur la laïcité et à quelques jours de Noël, en bon marronnier, la bataille des crèches fait à nouveau rage. Que répondez-vous à ceux qui accusent les défenseurs de notre identité judéo-chrétienne d’instrumentaliser la crèche ?
É. Z. Tout le monde accuse tout le monde, aujourd’hui, d’instrumentaliser. C’est la bataille politique, il faut l’accepter. Il faut bien comprendre que le christianisme est à la fois une foi, personnelle, et une identité, collective. On ne peut pas inoculer des sérums de foi. En revanche, l’État a une responsabilité historique, en matière d’identité, de garantir la continuité historique du peuple français, qui repose sur le christianisme qui a fondé cette civilisation. Le général de Gaulle disait : « L’Histoire de mon pays commence avec la conversion de Clovis. » Nous avons un devoir de défendre cette identité chrétienne de la France, le christianisme a une prééminence culturelle - et non pas cultuelle - et nous avons le droit de l’exprimer de façon visuelle dans l’espace public, à l’inverse des autres religions minoritaires, étrangères au socle culturel de la France.
I. B. Vous défendez ardemment l’identité française catholique. Comment tant de nos compatriotes qui n’ont pas reçu la foi, à qui l’on n'a rien transmis, cette « génération du vide » que vous décrivez dans votre livre peut-elle adhérer à cette identité ?
É. Z. Ils ne peuvent pas adhérer, ils peuvent retrouver. Cette génération qui n’a rien reçu en héritage, ni religion, ni Histoire de France, ni culture chrétienne, est confrontée à deux chocs : celui d’une jeunesse musulmane qui affiche avec ostentation son identité musulmane, et celui du vide spirituel. Nous sommes tous des animaux spirituels, parce que nous sommes mortels et conscients de notre mort, donc nous nous posons des questions. Ainsi, même si on ne lui a rien transmis, cette génération confrontée à l’altérité islamique se pose forcément des questions existentielles.
I. B. Jean-Michel Aphatie, ironique, vous accuse d’être tombé dans le bénitier de la tête aux pieds. Que lui répondez-vous ?
É. Z. Il y a une tradition littéraire française qu’on a appelée, au XIXe siècle, les catholiques du dehors. Des écrivains (Chateaubriand, Barrès, Barbey d’Aurevilly, Sainte-Beuve) qui ne sont pas catholiques eux-mêmes, mais qui ont compris, par patriotisme, qu’il faut défendre l’identité chrétienne de la France ; parce que la France et le catholicisme sont tellement liés que si l’un tombe, l’autre tombe avec. Le grand drame, depuis deux siècles, est que nous avons eu les Lumières, la Révolution et la république, qui avaient comme objectif principal de détruire la religion catholique et déchristianiser notre pays. Les gouvernements républicains doivent changer impérativement de logiciel pour sauver le christianisme. Pour défendre la République, il faut défendre la France. Et pour défendre la France, il faut défendre le christianisme. La gauche, par son alliance avec l’islamisation de notre pays, nous ramène à la loi de Dieu : quel paradoxe !
I. B. Sarah Knafo annonçait, lors de la soirée Face à vous du JDD, que « le combat pour la lucidité est gagné ». Vous-même écrivez que « la messe n’est pas dite ». Y a-t-il urgence à redonner aux Français une espérance ?
É. Z. Il ne faut pas donner aux Français l’espérance sur un diagnostic erroné. Maintenant, nous avons imposé la réalité du diagnostic et nous pouvons enfin dire que si nous nous battons, oui, nous pouvons retrouver l’espérance ! La phrase de Bernanos « L’espérance est un désespoir surmonté » me va très bien.
I. B. La dernière fois que nous nous sommes croisés aux Sables-d'Olonne, c’était au pied de la statue de saint Michel, vous aviez reconstitué le trio de la Rotonde. Vous savez que la Vendée est une terre consacrée au double cœur, c’est celle qui placarde des crèches sur ses Abribus™ en raison (je cite Philippe de Villiers) « d’une laïcité amoureuse et qui s’établit sur notre Histoire, notre patrimoine immatériel, l’amour de notre pays et de ses trésors ». Faut-il plus de « conteurs » en politique ?
É. Z. (rires) Philippe de Villiers est unique, c’est un immense conteur, vous l’avez dit, et un ami très cher. Que Dieu nous le garde longtemps !
I. B. Quel message particulier avez-vous pour la Vendée ?
É. Z. La Vendée est historiquement une terre de résistance, qui s’est battue pour défendre son Dieu et ses traditions contre un pouvoir révolutionnaire qui voulait éradiquer, déjà, le christianisme. Ils ont résisté héroïquement. La Vendée doit retrouver cette âme-là, car c’est toujours le même combat pour défendre ses racines et son identité.
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101 commentaires
Le diviseur plagieur. Je ne lis même pas l’article.
La question, à mon avis, est de connaître le sens précis de « si la France tombe ». Car on pourrait dire que, dans un certain sens, dans le sens où la France ne peu plus être qualifiée de catholique, elle est déjà tombée. Mais bien sûr, cela peut encore empirer, même plus bas qu’actuellement, et ce sera l’islamisation, ce à quoi je suppose que M. Zemmour fait référence.
» A qui veut régénérer une société en décadence on prescrit avec raison de la ramener à ses origines ! »
(Pape Léon XIII)
« Le Québec et le catholicisme sont tellement liés que si l’un tombe, l’autre tombe avec».
C’est ce qui se produit au Québec : l’Église Catholique a négocié la collaboration des Français du Bas-Canada (le Québec) avec l’Empire britannique contre les Américains lors de la guerre de 1812/14 en échange d’une garantie qu’ils pourront garder leur langue et leur religion, entre autre. L’Église Catholique a vraiment créé la nation québécoise. Si la reconnaissance était à la mesure des reproches qu’on lui adresse incessamment, comme si elle n’avait été qu’un obstacle permanent au bonheur de faire n’importe quoi, les églises seraient bondées pour accueillir son message néanmoins éternel. Mais en ce temps-là, les prêtres alertaient leurs ouailles contre le prosélytisme des faux-prophètes. Aujourd’hui elle parle du vivre ensemble au Liban*, en zappant les innombrables Nigéria.
Ce sont les propos d’Éric Zemmour ci-dessus qui m’ont inspiré ce commentaire.
*Pas sûr que les Catholiques libanais apprécient d’être placardés comme contre-exemples de la réalité.
C est pas le prénom qu il faut changer c’est la mentalite
Le catholicisme romain fait partie intégrante de l’ADN français, que cela plaise ou non. Mr Zemmour a parfaitement raison: on peut être de culture catholique (ou s’y intégrer) sans pour autant adhérer à cette foi.
Je ne suis pas d’accord. L’idée d’être catholique sans l’être réellement me semble contradictoire. Comm on dit en Espagne, « vouloir, mais ne pas vouloir ». Un effort vain, une coquille vide.
Et dire que c’est un Français d’origine juive qui rappelle ce qui fait la France et ce qui doit être fait pour la sauver !
Exact !!
Je n’ai pas vu la publication de mon commentaire, lequel disait: « Même si la France tombe, le catholicisme ne tombera pas. » Est-ce que mon commentaire vous a déplu? Ou est-ce une omission de votre part?
Petit détail : même si la France tombe, le catholicisme ne tombera pas.
La France est déjà tombée. Les vrais cathos, des combattants qui font face et ne s’agenouillent que devant dieu, seront toujours là , debouts et sans peur.
Oui l’analyse de M. Zemmour n’est pas fausse. Et je ne peux pas comprendre l’immigrationnisme du pape François en espérant que Léon XIV ne poursuivra pas dans cette direction dont la dimension des manipulations géopolitiques ne peut lui échapper : les Russes payent les passeurs partout pour déstabiliser les pays occidentaux (ce dont n’a pas l’air de se rendre compte le grand ami de Poutine qu’est Trump).
Mais bien sûr qu’il s’en rend compte! Mais un chef d’Etat digne de ce nom se doit de respecter les apparences, de sourire et de serrer les mains en public à des gens auxquels, comme personne privée, il refuserait d’ouvrirait sa porte, et d’afficher des sentiments, voir des opinions qui lui sont étrangers. Le dessous des cartes n’est presque jamais connu du public.