Quelaines-Saint-Gault : protégeons nos églises rurales, il y va de notre identité !

Mettre à bas un édifice millénaire, ce n'est pas ce qu'on attend d'une mairie.
Quelaines Saint Gault

Un combat de plus ! Alors que l’église de Notre-Dame-de-la-Mer (Yvelines) a été sauvée, l’association Urgences Patrimoine se mobilise pour une autre église rurale menacée de destruction. La mairie de Quelaines-Saint-Gault, en Mayenne, veut la détruire. Les mots ayant un sens, on ne peut appeler autrement l’aménagement qu’elle veut en faire : « démolir partiellement l'édifice et en faire un lieu de mémoire, écrivent nos confrères de www.francebleu.fr ; […] l'idée est de conserver les fondations, deux vitraux et mettre éventuellement des statues à l’intérieur », Le visuel officiel du projet est éloquent. Après les ronds-points aux abords des communes, la tendance semble être à amochir les centres-villes en transformant les églises en murets de parking.

L’église Saint-Gault est du XIe siècle. Qu’est-ce qui peut pousser un maire à vouloir démolir un édifice millénaire, au sens propre du mot ? Il avance un mauvais état et des coûts. Mais « l’aménagement » a lui aussi un coût — 130.000 euros — et l’église n’est pas en si mauvais état. « L’urgence, c’est le clocher, explique à BV Alexandra Sobczak-Romanski, présidente d’Urgences Patrimoine. Selon les devis, cela coûterait 50.000 euros. Ajoutez un peu de maçonnerie, voilà tout. » On est loin des centaines de milliers d’euros évoqués par la mairie. En ce domaine de sauvegarde des églises, tout est une question de volonté. Le maire, lui, à la volonté de détruire. Il ne se représente pas en 2026. Veut-il partir avec cette tache sur son dernier mandat ?

Documents fournis par Urgences Patrimoine. En bas, le projet municipal.

Un terroir à l’identité forte

La décision de mettre à bas l’église est d’autant moins compréhensible que la commune met volontiers en avant son patrimoine et son histoire. Sans remonter aux temps mérovingiens, nous sommes dans les terres chouannes du Haut-Anjou, avec des personnalités militaires comme Louis d’Andigné ou le pittoresque Jean-Louis Treton, dit « Jambe d’Argent » — un personnage à la Barbey d’Aurevilly, qui le cite d’ailleurs dans Le Chevalier des Touches. Victor Hugo a situé une scène de Quatrevingt-treize dans les proches bois de la Saudraie. Citons aussi Pierre-François Goussin, soldat napoléonien qui combattit à Waterloo et devint maire de la commune.

Côté bâti, détaille la mairie, « avec le manoir du Buat, datant du XVe siècle, et la chapelle du Pré-Guyon, édifiée en 1650, la commune a su conserver son patrimoine ». Mais qu’a donc l’église Saint-Gault pour mériter un traitement particulier ? Elle n’a rien de remarquable. Touristiquement parlant, rien de vendeur. Elle n’est pas classée monument historique et les institutions ont tendance à penser qu’à partir du moment où un édifice n’est pas classé, cela est synonyme d’autorisation de destruction. Avons-nous si peu de piété filiale et de fierté patrimoniale ? Contactée, la mairie n’avait personne de disponible pour nous répondre dans l’immédiat. Côté de l’évêché, aucune réponse.

Une situation nationale préoccupante

Urgences Patrimoine a lancé une pétition que BV vous invite à signer. Elle va au-delà du cas de l’église mayennaise. Alexandra Sobczak-Romanski se bat pour que nos églises bénéficient de la protection qu’elles méritent. « C’est insupportable qu’il y ait autant de projets de démolition d’églises. Nous demandons que la loi de 1905 soit appliquée : que les maires entretiennent leurs églises, sinon on arrive à des situations calamiteuses », dit-elle à BV. Ensuite, que Macron mette en œuvre son fameux « Plan Églises » de 2023. Il envisageait une grande campagne de classement du patrimoine religieux. « Je milite, nous dit la présidente d'Urgences Patrimoine, pour un troisième degré de protection qui n’induirait pas de subventions d’État (puisque les caisses sont vides) mais qui interdirait la destruction et aiderait les élus à trouver des financements. »

Et de nous rappeler ce constat : « Une église fermée est une église condamnée. » C’est la première étape du vandalisme. S’ensuit un processus identifié : lente dégradation, toits percés, humidité qui ronge les murs. Le maire ne fait rien, son successeur non plus, jusqu’au moment où l’on fait le constat qu’il faut la détruire. Un pronostic souvent outré mais qui permet de se débarrasser définitivement du « problème ». « On parle beaucoup de l’identité de la France, nous rappelle Alexandra Sobczak-Romanski. Ce n’est pas en faisant tomber nos clochers qu’on va la maintenir. » Voilà pourquoi il est indispensable de signer cette pétition d’Urgences Patrimoine… d'urgence.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Pas de répondre ni de la mairie ni de l’évêché. Il est inutile d’épiloguer en constatant toutefois que certains maires et, malheureusement, certains évêques contribuent à la destruction de notre pays.

  2. 10 milliards donnés par an au titre de l’aide publique au développement pour entre autres reconstruire le centre de Yaoundé, ça n’aide pas à entretenir notre patrimoine. À l’heure des choix, certains préfèrent l’étranger à la France.

  3. Une église fermée, c’est un soleil éteint, un cœur qui se refuse et même si les hommes légers n’y viennent jamais, encore faudrait-il la laisser ouverte afin qu’y rentrent le soleil, l’oiseau blessé, le chien perdu, le fugitif et l’âme en errante. (Xavier Grall. Poète breton) Mais il est évident que contre le désir, le souhait de destruction il faut de la mobilisation et massive !

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