Opacité, étiquettes mensongères : la grande distribution se moque des agriculteurs !

Ce 30 août, la Coordination rurale a fait une visite surprise dans deux magasins Carrefour d'Amiens... Un scandale.
Capture écran France TV
Capture écran France TV

Samedi 30 août, Patrick Legras, président de la Coordination rurale des Hauts-de-France, accompagné d’un groupe d’agriculteurs locaux, a fait une visite surprise dans deux magasins Carrefour à Amiens. Objectif : constater sur place, en présence du responsable du point de vente, des pratiques commerciales... contestables.

Des découvertes bien étranges

Parmi les découvertes, ce lot de diverses viandes avec pour seule indication, au recto de l’emballage : « viande bovine française ». Il faut retourner le paquet pour voir une autre étiquette mentionnant la présence d’autres viandes venues... d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

Ou ces paquets de sucre de Canne, indiqués comme venant de Massy (adresse de la centrale Carrefour), pour faire croire à des produits français, alors qu’il s’agit d’import. Même marquage « Massy » sur les pots d’une marque de pâte à tartiner…

Omelette… ukrainienne !

Sans parler de ces œufs que le même Patrick Legras dénichait, en juin dernier, lors de la visite d’un autre Carrefour, en région parisienne. Un lot de trente œufs sur lequel l’enseigne n’avait pas même pris la peine de retirer l’étiquette d’origine, libellée en ukrainien, se contentant d’en ajouter une seconde annonçant une promotion. Sur le conditionnement des œufs en question, aucune information n’est donnée quant à leurs conditions de production, mais la date limite de consommation indiquée les rend non commercialisables…

Import de produits ne respectant pas les normes européennes ou françaises, étiquettes délivrant des informations incomplètes, partielles, trompeuses, voire mensongères, avec notamment l’utilisation abusive de logos tricolores faisant croire à une production française, les visites surprises de la Coordination rurale donnent un petit aperçu de pratiques permanentes qui trompent la plupart des consommateurs mais sont connues de toute la filière agro-alimentaire.

Des pratiques courantes en grande distribution

Rien de fortuit. Nous ne sommes pas, ici, en présence de fraudes occasionnelles par quelques malhonnêtes ou maladroits, du fait d’une imperfection humaine héritée du péché originel. Dans un métier de la grande distribution, ici alimentaire, dont le modèle économique est basé sur des prix bas et des marges faibles, la rentabilité est obtenue par la combinaison de forts volumes et surtout d’achats à bas prix. Et dans un contexte de concurrence acharnée, les centrales d’achat des enseignes ont pour mission de pressuriser au maximum des producteurs. Lorsque cela ne suffit pas, des centrales délocalisées se chargent d’importer des produits issus de pays n’ayant pas les mêmes exigences (et coûts) en matière de protection sociale et de normes de production, quitte à mentir sur l’étiquette ou à reconditionner en France pour faire oublier leur exotisme.

Une fraude « systémique », qui trompe les consommateurs et ruine les agriculteurs

Ces pratiques sont ruineuses pour les agriculteurs. Mais le système est accepté, faute de mieux, car la grande distribution est puissante et protégée. Répondant aux questions de BV, Patrice Legras précise d’emblée que « si les derniers contrôles ont été effectués dans des magasins Carrefour, toutes les enseignes sont hors la loi ». De telles visites ne sont d’ailleurs pas sans risque. « Ces grandes enseignes sont puissantes et très liées au monde politique. De plus, à Amiens, on est chez Emmanuel Macron. C’est sensible. Quand nous sommes sortis du magasin, il y avait une dizaine de véhicules de police… » Si les labels de types AOP garantissent des pratiques rigoureuses et une traçabilité « au sein d’une filière franco-française, qui s’autocontrôle et dont les producteurs assurent le conditionnement et l’étiquetage des produits », Patrick Legras nous confirme que le problème concerne avant tout « les premiers prix » : promotions occasionnelles ou saisonnières à prix d’appel, fond de rayon permanent sans marque ou à marque de distributeur (MDD). « En fait, les mauvaises pratiques ont lieu quand ce n’est pas le producteur qui conditionne, mais le distributeur. »

Revoir les règles d’exercice du commerce

Ce que nous sommes bien peu à savoir, en faisant nos courses, c’est que la mention d’un lieu de conditionnement en France n’est en aucun cas une garantie d’une origine ou d’une transformation française. Or, confirme Patrick Legras, « on se retrouve avec des produits sur lesquels ne figure qu’une adresse comme "Massy" et aucune autre indication de qualité, d’origine, de respect des normes. Sur un même rayon se côtoient des produits qui respectent les règles en vigueur et d’autres qui ne le font pas. Le consommateur est perdu, et donc trompé. » Face à cette fraude systémique, la Coordination rurale fait office de lanceur d’alerte, mais ses actions sont encore peu relayées par une presse souvent dépendante des revenus publicitaires venus de la grande distribution ou de pressions politiques diverses. C'est pourtant en profondeur que les règles d'exercice du commerce sont à revoir.

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Je ne suis pas certain que les consommateurs lisent les étiquettes, quelles qu’elles soient, et qu’ils n’achèteraient pas les œufs ukrainiens de la même façon. D’ailleurs, l’exemple des œufs est parfait pour dénoncer le fait que grâce à une (nouvelle et énième) réglementation interdisant les œufs de poules en cage, la production française ne permet plus de répondre à la demande. Alors faut-il s’étonner que les œufs viennent « d’ailleurs » ? Ne pourrait-on pas plutôt se demander comment une telle pénurie a été organisée par le pouvoir politique ? Est-ce pour tuer l’agriculture française ? Est-ce parce que certains touchent des pots-de-vin ? Est-ce pour favoriser l’Ukraine pour on ne sait quel motif ? Ensuite, un étiquetage renvoyant à un site français pour cause d’emballage et pas de production est-il légal ou pas ? Là encore, à cause de nos « gouvernants », il n’y a plus assez de sucre produit en France. Est-ce la faute de la grande-distribution ?…

    • @Eric Vous avez raison, les gens ne lisent pas les étiquettes, c’est vrai que faire les courses est une corvée et bon facile non plus
      Je fais mes courses via le net, j’ai donc le temps de comparer les prix au litre ou kilo et je peux voir l’étiquette et donc fort attentive à acheter français autant que je peux
      Le mercossur a été signé comme prévu hier donc il va falloir doubler de vigilance car ils vont nous faire bouffer n’importe quoi et notre santé va s’en ressentir
      Bien sur qu’ils tuent la concurrence vu qu’ils font massacrer les cheptels et les volailles, c’est démoniaque comme procédé

  2. Faire ses courses devient un casse tête, si on veut vraiment manger français
    Les œufs ukrainiens dont l’élevage est douteux, quand on commence à faire abattre des volailles saines pour traces de salmonellose sur un mur, le principe de précaution je veux bien alors pourquoi nous faire bouffer du hallal vu que les étiquettes ne le précisent pas ?
    Il faut savoir que l’accord du mercossur est signé ce jour dans le silence médiatique bien sur, ceci explique cela, les massacres de cheptels

  3. Certains commerçants vendent n’importe quoi pour gagner de l’argent. Importer des produits étrangers de moindre qualité, c’est une concurrence déloyale pour les producteurs et industriels français. Mais oublier des informations, ajouter des étiquettes trompeuses, c’est berner le client, c’est malhonnête. Nous les consommateurs devons exiger la traçabilité totale, provenance, mode d’élevage ou de culture, mode d’abattage pour les viandes. Que ces enseignes n’oublient pas que c’est nous qui les maintenons ouvertes.

  4. Dans le genre bonimenteur, Michel Edouard Leclerc, qui est plus souvent dans les médias que dans ses magasins est un modèle du genre : il lave plus blanc que blanc !
    Quand l’affichage de la provenance de la production des produits et les DLC seront lisibles, on pourra retourner chez lui et chez les autres.

  5. Perso, je fais un maximum de courses dans les regroupements de paysans, ex.: « les fermiers du net » et je consomme un max de fruits et légumes de saison. Ce sont des produits locaux et de circuits courts. Rien à voir avec la grande distribution qui nous prend pour des buses!…

  6. Diététicienne à la retraite je suis habituée à éplucher les étiquettes notamment pour connaître l’origine des produits que je préfère française. Mais plus cela va moins on est renseigné par les étiquettes. Aujourd’hui à Intermarché j’ai vu que le riz que je voulais acheté venait de Pologne ! Surprenant quand même …

  7. Que fait la DGCCRF ? C’est son travail de protéger les consommateurs, mais aussi les producteurs. A moins qu’elle ait reçu des consignes pour épargner nos amis Ukrainiens ????

  8. J’ai failli un jour acheter de l’ail provenant d’Argentine ; scandalisée, j’ai reposé le produit. Dorénavant je fais mes courses avec une loupe et je lis toutes les étiquettes : c’est l’avantage d’être une BOOMER retraitée.

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