Chacun s’attendait au recours au pour faire adopter sans vote, en première lecture, le projet de loi réformant le système de retraites. S’il est constitutionnel, il traduit la volonté du gouvernement (et de Macron, puisqu’il a donné son feu vert) d’imposer à tout prix une réforme dont la majorité des Français ne veulent pas. Les circonstances dans lesquelles il a été décidé, lors d’un Conseil des ministres théoriquement consacré à l’épidémie de coronavirus, le secret qui a entouré cette décision, l’annonce faite, en fin d’après-midi, devant une Assemblée clairsemée, montrent que l’exécutif se moque non seulement des parlementaires, mais aussi des Français et – pire – de la démocratie.

On peut en juger par la lettre qu’Édouard Philippe a adressée aux organisations syndicales, samedi soir, pour justifier l’utilisation du 49-3 et expliquer que la conférence sur l’équilibre et le financement du système de retraite poursuivrait ses travaux. Manifestement, il veut amadouer les syndicats « réformistes » – dont il n’est pas certain que les adhérents ou les sympathisants approuvent les positions prises par leurs dirigeants. Beaucoup de ses arguments pour défendre la réforme sont objectivement des contre-vérités, comme si la répétition de mensonges finissait par en faire des vérités.

Quand le Premier ministre prétend que c’est « un texte complété, enrichi, amélioré, sur lequel [il] engage la responsabilité du gouvernement », quand il « [remercie] les partenaires sociaux d’avoir contribué à ces évolutions significatives », il passe de la pommade aux syndicats, comme la CFDT ou l’UNSA, en cherchant à les mettre dans sa poche. Preuve qu’il n’a pas la conscience si tranquille. Quand il répète qu’ « universalité, justice sociale et responsabilité sont les trois piliers sur lesquels nous construisons le système de retraite universel », il maquille encore une fois la réalité : ces trois principes, en soi incontestables, sont loin d’être respectés dans le projet de loi.

Quand il rappelle que cette réforme est conduite « conformément aux engagements du président de la République », il cautionne une imposture que des représentants du parti majoritaire propagent à l’unisson sur les plateaux de télévision. Qui peut croire sincèrement que tous les Français qui ont voté pour Macron au second tour de la présidentielle, ou pour des députés LREM aux législatives, ont approuvé en même temps tous ses engagements de campagne ? D’autant plus que la version actuelle de la réforme diffère de la version initiale du candidat Macron. En affirmant qu’une large majorité de Français a donné son accord anticipé à cette réforme, en en déduisant qu’il faut donc à tout prix la mettre en œuvre, Édouard Philippe, son gouvernement et le chef de l’État se moquent de la démocratie.

Les Français se laisseront-ils abuser par ces paroles trompeuses, qui ne font honneur ni à leurs auteurs ni à la démocratie ? Ils ont l’occasion, aux élections municipales, de sanctionner les candidats qui soutiennent cette imposture. Ils pourront, dans deux ans, sanctionner lui-même. S’ils ne le font pas, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes et se consoler en méditant cet adage : on a les élus qu’on mérite !

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