Cette majorité, gouvernement inclus, est peuplée d’amateurs !

C’est grave, docteur ?

Non, certainement pas ! Il paraît même que c’est excellent pour la santé nationale. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le chef en personne en s’adressant à ses troupes : « Si les professionnels, ce sont ceux qu’on a virés il y a deux ans et demi et que les amateurs, c’est vous, alors soyez fiers d’être amateurs ! » On ne peut être plus clair. Le Petit Larousse explique le mot : « personne qui manque de zèle et d’application ; dilettante ». Ailleurs, je lis : « personne qui pratique une activité avec négligence ». On a compris : les amateurs, ce sont des j’m’en-foutistes. Lorsque ma canalisation fuit, il ne me vient pas à l’idée de faire appel à un dilettante ! Je recherche un plombier, un vrai. C’est, sans doute, ce qui me distingue de M. Macron. D’abord, je ne suis pas président de la République : lui, si ! Ensuite, je préfère les artisans chevronnés aux clampins du dimanche : lui, non !

Le problème, c’est qu’il dirige la et qu’il est fier de son armée d’amateurs.

Tenez ! Prenez le débat sur les retraites et ses 41.000 amendements. À raison d’une seule minute par amendement, il fallait un mois entier pour tout examiner, à condition de siéger non-stop, 24 heures sur 24. Les amateurs sont tombés dans le piège tendu par l’opposition ! Ils n’ont pas vu le coup venir et ils ont plongé dans les abysses du ridicule. C’est pathétique et bête à la fois.
D’autant plus bête qu’il y avait un moyen très simple d’éviter ce blocage : appliquer, tout simplement, le règlement de l’Assemblée nationale qui prévoit que « la conférence des présidents peut fixer la durée maximale de l’examen de l’ensemble d’un texte ».

Pourquoi ces balourds n’ont-ils pas fait usage de cette mesure ? On peut avancer trois raisons possibles. D’abord, ils croyaient que tout allait se passer comme dans Bisounoursland ! Ils ne se rappelaient pas que beaucoup de gens se sont donné rendez-vous dans la rue pour contrer cette réforme, qu’il y a eu des manifs à n’en plus pouvoir, des grèves dans tous les coins. Imaginer qu’un débat parlementaire sur ce sujet allait se dérouler sereinement, entre gens bien élevés, relevait de l’irénisme le plus borné. Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Là, ils ont pulvérisé les records d’imprévision. Autre explication possible : avoir choisi délibérément le coup de force du 49-3, histoire de montrer ses petits muscles : possible ! Et c’est certainement l’hypothèse la plus juste. Enfin, troisième possibilité : les « chefs » ne connaissaient pas le règlement de l’Assemblée nationale ! Alors, là, c’est grave ! Où était M. Le Gendre, patron des députés LREM, lorsque cette absence de décision a été prise ? Ah, oui ! Je sais ! Il faisait des choses « trop intelligentes » pour être comprises par le vulgum pecus. « Régler un débat parlementaire en évitant les chausse-trapes, c’est d’un commun, ma chère ! Comment s’abaisser à de telles activités ! »

J’aurais bien envie de rire de cette fable, de moquer ces négligents, de me réjouir de cette déconfiture. Mais quand je réalise qu’il s’agit du gouvernement de la France, c’est l’effroi qui me gagne, pas le fou rire.

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