Accueil Culture Cinéma 45e édition des César… ou des Guignols ?
Cinéma - Culture - Editoriaux - 28 février 2020

45e édition des César… ou des Guignols ?

À l’heure où ces lignes sont écrites, le palmarès des César 2020 n’est pas encore connu. L’occasion de prendre un peu de recul à l’avance, paraphrasant ainsi la sublime réplique entendue dans Hercule contre les vampires (Mario Bava, 1961) : « Avance, Hercule ! »

1961… L’époque où la société en général et le septième art en particulier donnaient d’évidents signes de normalité ; même si Reg Park, dans le rôle d’Hercule et le film précité, portait sandales et jupette, ce qui ne l’empêchait pas d’être sévèrement genré, entre biscoteaux et bistouquette.

Aujourd’hui, c’est un peu plus compliqué, dans cet asile d’aliénés que semble être devenu le cinéma français. Alain Terzian, le parrain des César, qui démissionne. Puis la polémique Roman Polanski. Et, maintenant, la pétition des beautiful people, pour plus de « diversité » dans le cinéma français. Sans oublier la sortie de Corinne Maserio, pathétique capitaine Marleau sur France 3, à propos de ces « bourgeois hétéros catholiques blancs et de droite » qui régneraient en maîtres sur cette « grande famille ».

Ah bon ? Omar Sy, acteur préféré des Français, serait donc blanc ? Quant à Roman Polanski catholique, on est en droit de se poser quelques questions… Surtout sur l’acharnement médiatique sur un homme de 86 ans, rescapé de l’Holocauste et qui vient de signer un film sur la « persistance virale de l’antisémitisme », pour reprendre les mots de Pierre Vavasseur dans Le Parisien de ce vendredi 28 février. Comme quoi la dialectique de la victimisation est une arme à double tranchant…

Et la place des femmes ? Il ne faudrait peut-être pas oublier que la soirée en question sera présentée par Florence Foresti, sous la présidence de Sandrine Kiberlain. On avait pourtant cru comprendre qu’il s’agissait là de deux femmes ; mais par les temps qui courent, à qui se fier, ma bonne dame ou mon bon monsieur ? Ou les deux à la fois, ou à tour de rôle, allez savoir…

Dans la foulée, Marina Foïs, actrice à tête d’infirmière qui battrait ses malades, en rajoute une couche dans Libération de ce même vendredi : « Le cinéma français, aussi riche et intelligent qu’il puisse être, n’a pas encore résolu la question d’avoir un acteur arabe qui joue autre chose qu’un fils d’immigré en recherche de ses racines ou un dealer. Il n’y a quasiment pas de Rachid médecin, juste médecin. »

Cette dame a beau faire du cinéma, elle ne doit pas voir beaucoup de films. En effet, quid de Samy Naceri, chauffeur de taxi et juste chauffeur de taxi, dans les quatre Taxi produits par Luc Besson ? Quid, encore, de Jamel Debbouze en Lucien, dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ? Quid, pour finir, de Kad Merad, dans Bienvenue chez les Ch’tis, de Dany Boon, dont le père est algérien ? On notera que ce film a détrôné La Grande Vadrouille en tête des plus vus en notre pays moisi. Serions-nous donc, nous Français, si obtus que ça, en matière de diversité ?

D’ailleurs, Pierre Vavasseur poursuit : « En un mot, le cinéma français n’a presque jamais été aussi riche et varié que cette année. » Il est vrai qu’entre Les Misérables, de Ladj Ly, et Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin, avec l’excellent Roschdy Zem, sans oublier les films consacrés à l’autisme, Hors normes, du duo Nakache-Toledano, ou à la pédophilie dans l’Église catholique, Grâce à Dieu, de François Ozon, on ne saurait prétendre que le mâle blanc, hétérosexuel, catholique et de droite soit particulièrement à la fête cette année.

Une revue de détail qui serait évidemment incomplète s’il n’y était fait mention de Vincent Cassel, cité dans le Voici de cette semaine : « Non, il ne faut pas séparer l’homme de l’artiste. Mais si on vire tous les fous furieux du monde de l’art, il ne restera que l’inspecteur Derrick. ». Bonne pioche, Vincent ! Horst Tappert, vedette de cette série allemande, filmée en Merdacolor, fut, durant la Seconde Guerre mondiale, officier SS dans la Totenkopf, unité d’élite qui ne faisait pas exactement dans l’humanitaire et le vivre ensemble.

Mais, tel qu’il le précise : « Je peux être gentil, adorable, doux et bien intentionné, puis devenir un peu con… » Non, vraiment ?

À lire aussi

Il fut une fois Ennio Morricone…

Célébré de son vivant, il devrait l’être plus encore une fois venu le temps du repos étern…