Ce lundi 31 août est le 40e anniversaire du célèbre syndicat polonais , (« solidarité », en français). Aujourd’hui on ne se rappelle plus à quel point la création de ce syndicat a été importante, l’espoir qu’il a soulevé et qu’il pourrait encore soulever. À cette époque, le communisme semblait inébranlable, s’imposer partout et à tous. En Occident, il était loué par la grande majorité des intellectuels, du show-biz et de la presse. Il prenait le pouvoir partout en Asie, en Afrique et en Europe. Le bloc soviétique semblait un glacis monolithique invincible.

Puis est arrivé un petit bout de femme, Anna Walentynowicz, qui va ébranler le monde entier. Persuadée d’être dans son droit, elle développe une activité syndicale indépendante du pouvoir communiste dans les chantiers navals de Gdansk. La direction communiste, ne pouvant le tolérer, décide de la licencier et de lui faire perdre ses droits à sa retraite. 17.000 ouvriers des chantiers navals Lénine, à Gdansk, vont alors se mettre en grève. Vous imaginez la terrible image pour le régime communiste qui se veut le parti des ouvriers. Ce mouvement donne naissance à Solidarność, cofondé par Anna Walentynowicz et Lech Wałęsa.

La situation de l’époque en fait écho à la nôtre : l’avenir semblait sombre, bloqué, personne ne pensait que la course des événements pouvait s’inverser, tant le communisme était devenu l’idéologie dominante, contaminant toujours plus le monde. La corruption régnait à tous les échelons du pouvoir. Le gouvernement d’alors menait une politique économique d’une bêtise sans nom, endettant le pays à mort et dont l’incompétence l’empêchait de prendre toute mesure structurelle ou d’avenir. Certain de son monopole et son impunité, il faisait de belles promesses qu’il ne tenait jamais. Sa politique avait entraîné une forte baisse du pouvoir d’achat.

« Solidarité » prend alors de l’ampleur car il est à la fois un mouvement social classique de revendications salariales et d’améliorations des conditions de travail, mais aussi démocratique demandant plus de droits, de pouvoir de contrôle des décisions politiques. Nous pouvons y voir un certain parallèle avec le mouvement des gilets jaunes mais, à la différence de ces derniers, « Solidarité » a immédiatement bénéficié du soutien des intellectuels qui l’ont aidé à se structurer et d’une autorité morale sans équivalent : Jean-Paul II. Le « N’ayez pas peur » martelé par le pape polonais a été fondamental, car tout système totalitaire ne repose que sur elle. Enlevez la peur et tout totalitarisme s’effondre. La puissance morale du message du pape d’alors fut telle qu’il réussit à ouvrir les yeux de ses contemporains sur l’ampleur de la faillite idéologique du régime communiste et sa corruption. D’ailleurs – et c’est rarement rappelé par les médias -, le syndicat Solidarité est un syndicat plutôt à droite et surtout catholique. Au premier congrès du syndicat, tous ses 912 délégués participent à la messe d’ouverture et prient à genoux.

Au bout de quelques mois, le régime communiste dissout le syndicat après l’avoir accusé de la catastrophe économique, pourtant résultat de son indigence. Il organisa aussi de nombreuses provocations pour lasser la population. À ce moment-là, tout pouvait sembler perdu, le communisme avait encore vaincu. Mais non ! Le mouvement avait mis à nu le système communiste, la corruption de ses dirigeants, leurs mensonges, leurs sophismes et ceux de leurs médias. Il était devenu évident pour tous que le pouvoir était détenu par des usurpateurs contre le peuple.

Moins de dix ans plus tard, Solidarność, via les élections, éliminera le régime communiste. Aujourd’hui, il est le premier syndicat en Pologne et soutient la politique populaire et « gaulliste » du gouvernement polonais.

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