Il y a plus de quarante ans qu’autant de monde n’était pas descendu dans les rues de Port-Louis, la capitale, pour manifester son mécontentement : on parle de plus de 70.000 personnes. C’est l’exploit qu’a réussi la société civile mauricienne au milieu d’une marée de drapeaux mauriciens qui ont symbolisé l’unité du pays et donné une grande claque au gouvernement et à une classe politique quelque peu dévoyée. Comment en est-on arrivé là ?

Il y a un mois, la côte est de l’île s’est réveillée un matin avec un vraquier japonais battant pavillon panaméen profondément encastré dans les récifs entourant un des plus beaux lagons de l’île. Contrairement à ces bateaux qui s’échouent après avoir dérivé suite à une avarie, le Wakashio avait, lui, foncé à plein régime sur le récif en question. Ce bateau de 300 mètres de long contenait dans ses soutes 3.800 tonnes de fioul. Les renseignements obtenus par satellite ont montré qu’à un certain moment, il avait délibérément quitté sa route pour foncer droit sur l’île et n’avait jamais ralenti avant de s’encastrer dans le récif. Pour quelles raisons ?

À partir de ce moment commençait une saga politico-policière alimentée par de nombreuses zones d’ombre et une marée noire qui coûtent, aujourd’hui, très cher au gouvernement de Pravind Jugnauth, Premier ministre depuis 2017.

Se voulant d’abord rassurantes, au lendemain de l’échouage, quant à l’éventualité d’une possible marée noire, les autorités mauriciennes ont trop tardé à prendre les mesures nécessaires afin de procéder à une opération de désencastrage du bateau qui s’est, finalement, cassé en deux sous la pression de la houle d’hiver, importante à ce moment de l’année.

La population mauricienne, très en colère devant l’inaction coupable du gouvernement, a pris les choses en main et, dans un élan patriotique sans précédent, s’est mise à fabriquer, avec les moyens du bord, des systèmes pour tenter de limiter la marée noire. Cependant, les moyens mis en place n’ont pas suffi pour enrayer la catastrophe. La France, amie des bons et mauvais jours de l’ancienne île de France, avait, dès le départ, proposé son aide à partir de la Réunion voisine, mais un retard à l’allumage du côté mauricien a retardé la mise en place de cette aide, erreur mentionnée par le ministre des Outre-mer français, alors présent dans l’océan Indien.

Une sourde colère a enflé rapidement dans toute la population. Pourquoi, par exemple, n’être pas intervenu lorsque les autorités maritimes mauriciennes ont constaté que le bateau avait changé de direction pour foncer à plein régime vers ? Réponse évasive des autorités et explications douteuses du Premier ministre, aujourd’hui dans la ligne de mire de la colère populaire.

Cette affaire se double, aujourd’hui, de questions pour l’instant sans réponses au sujet du va-et-vient de bateaux de Port-Louis vers le Wakashio, faisant planer la possibilité d’un éventuel trafic de drogue qui aurait mal tourné. Interrogé par la police mauricienne, quelques jours après l’échouage, le capitaine du bateau, de nationalité indienne, a donné comme réponse aux enquêteurs qu’il y avait fête à bord et que personne, dans l’équipage, n’avait remarqué le changement de cap du bateau ! Même le capitaine Haddock n’aurait pas fait ça…

Arrive alors, en pleine tempête médiatique, un Mauricien surgi de nulle part, inconnu du grand public, Jean Bruno Laurette, 36 ans, qui réussit à fédérer la colère populaire et à organiser la grande manifestation qui a eu lieu, samedi, et dont la plupart des participants réclamaient le départ du Premier ministre. La diaspora mauricienne présente dans de nombreux pays (Canada, Australie, du Sud et Suisse) a aussi manifesté en France, notamment sur l’esplanade du Trocadéro.

Se présentant comme agent de sécurité ayant travaillé à l’étranger, Bruno Laurette a effectué un passage à l’AVi Nardia Kapap School, école d’art martial fondée en Israël, et à l’Institute of Protection Specialists and Security Contractors, basé dans le Michigan, aux États-Unis. Ce qui alimente, bien sûr, le débat à son sujet.

Quant à l’épave du Wakashio, elle a été sabordée par 3.000 mètres de fond, à quelques kilomètres des côtes.

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