2025. Un lundi de printemps en France. Je me réveille avec de la fièvre. Je tousse un peu. Aurais-je attrapé le coronavirus ? Pourtant, je ne vois plus personne depuis 2019. Je respecte religieusement toutes les règles de distanciation sociale. Sans compter le fait qu’on m’a injecté, il y a peu, un rappel de ARN messager, parfaitement programmé contre ce trentième mutant du SARS-CoV-2. Cela fait donc six ans que j’ai perdu mon emploi. Peu importe, puisqu’on a généralisé les ASS. Nous vivons déjà à l’ère de l’allocation universelle : gagner petit au lieu de tout perdre. En outre, on peut faire du « black », comme si Bercy aimait ça. Et j’occupe mon temps grâce à Disney+ et Netflix, remplis mon estomac avec des burgers et des kebabs livrés par Uber Eats. Tant pis, donc, pour mes trente kilos de trop depuis le début de la pandémie. Pas d’être sans avoir. Mais que faire, pour autant ?

Heureusement que je peux loger gratuitement chez mamie. Dans tous les cas, je ne manque pas de prendre ma dose de lithium, aussi. La vie est beaucoup plus paisible sans émotion ni envie. Mon ordi et ma télé sont là pour me servir de compagnie. Car j’ai de quoi me réinstruire grâce, entre autres, à Arte et France Culture : à foison, moins de France pour plus d’inculture. Que dis-je ? J’ai bien évolué sur tant de sujets. Par exemple, je défends, à présent, l’ et critique l’universalisme. Et je me repasse, en boucle, les spectacles indigénistes de Culturebox. Je le concède : j’ai saisi ô combien il y avait des identités offensées. Dois-je bien l’avouer : on a changé ma mentalité. Pour le dire autrement, je me sens rééduqué. Car j’ai saisi que je n’étais pas fondamentalement un homme, mais que je l’étais malheureusement devenu. D’ailleurs, non plus comme les Romains de l’Antiquité, je ne m’estime pas pour mieux aimer, mais je me déteste pour mieux me soumettre. Et, contre les stoïciens, je me range du côté de l’ordre des désirs pour dépasser celui du monde. En fait, j’ai certainement désappris tout ce que j’avais appris. Je ploie sous le poids des technosciences et je ne dirai plus, contre Cournot, que la science sans la philosophie « s’égare dans des espaces imaginaires ».

Du reste, j’aurais dû être plus ouvert. Être non binaire. Précisément, je me serais ouvert plus de portes : travailler auprès de celles et ceux qui œuvrent pour l’avènement de la singularité. Entre les entreprises et les ministères. Enfin, quand l’homme est le seul objet de culte, la culture n’existe plus vraiment, si ce n’est sous les fards du divertissement. Puisque, par bonheur, le conditionnement égalitaire nous a rendus quelque peu schizophrènes : tantôt différentialistes, tantôt identitaristes, à souhait. Puis, qui ne se sent pas supérieur à l’Autre ? Et, dans la même journée, qui ne se sent pas inférieur à l’Autre ? Qui ne se sent pas trop petit, trop gros, trop ceci, trop cela, dans le regard de l’Autre ? Bref, dans une gare, je ne suis rien, face à celles et ceux qui ont réussi… à monter une start-up. Pour faire des applis, des logos ou des pin’s, le tout dans un monde sans limites, pour ne pas dire global. Le même moule pour les startupers et les losers, celui des biens et des marchandises, tous standardisés, tous robotisés. Amen ! Bel et bien, nos démocraties libérales sont les régimes du moindre mal. Là où la réinvention reste possible. C’est notre projet !

La fièvre est partie. Une mue est achevée. Tout est bien : je me sens macronien.

6 avril 2021

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