L’information est en une du Petit Journal du 20 août qui titre : « Treize et quatorze – Guynemer tient le record de l’abattage des avions boches. » Le reprend le communiqué officiel qui date de la veille au soir : « Sur le front de la Somme, le sous-lieutenant Guynemer a abattu, dans la journée du 17 août, son treizième avion, et dans la journée du 18 août, son dix-huitième avion, qui est tombé entre Bouchavesnes et Cléry. »

Rien ne prédestinait vraiment Georges Guynemer, né le 24 décembre 1894, à devenir aviateur. Il est maigre, de constitution fragile, sujet à des maladies éprouvantes : rougeole, scarlatine, entérite… mais il est déjà doté d’un courage et d’une pugnacité mémorables, si l’en croit les récits de sa sœur, Yvonne de Villiers de La Noue. À la déclaration de guerre, le jeune Georges, 19 ans, essuie deux refus de s’engager volontairement. Les médecins le jugent trop chétif et le déclarent inapte, malgré les interventions de son père, ancien officier.

Il parvient toutefois à s’engager en novembre 1914 au titre du service auxiliaire comme élève mécanicien à Pau. Comme il l’a dit après son baccalauréat, il veut devenir « aviateur ». Le problème est que le personnel du service auxiliaire n'a pas le droit de voler. Le capitaine Alphonse Bernard-Thierry, commandant du pilotage à Pau, accepte de prendre Guynemer, de manière tout à fait irrégulière, comme élève-pilote.

Devenu officiellement pilote le 21 janvier 1915, breveté en avril, il rejoint, en juin et en tant que caporal, l’escadrille des Cigognes, la seule unité qu’il connaîtra pendant sa courte carrière. Malgré les nombreux avions qu’il casse avec ses atterrissages peu orthodoxes, ce qui irrite son chef, le capitaine Antonin Brocard (1885-1950), il est promu sergent, décoré de la croix de et remporte sa première victoire aérienne le 19 juillet 1915. Ce qui lui vaut, deux jours plus tard, la médaille militaire. Avec 5 victoires homologuées le 3 février 1915, il devient un as de l’aviation française. Mais un mois plus tard, il est gravement blessé lors d’un combat aérien.

« On l’expédie le jour même à Paris, au nec plus ultra du luxe, à l’Astoria, rue de Moscou, près de la gare Saint-Lazare », précise Jules Roy dans son ouvrage Guynemer, l’ange de la mort. Cet hôtel a été transformé en « ambulance », japonaise qui plus est. En effet, le a délégué une mission de charité : « Rien que des infirmières aux yeux bridés, douces, silencieuses, énigmatiques […] sous le contrôle d’une infirmière-major française bobonne et décorée », poursuit Jules Roy.

Guynemer sait qu’il a eu beaucoup de chance. Il a pris un éclat dans la mâchoire, un dans la joue droite, un autre dans la paupière gauche, d’autres petits éclats sur le visage et deux balles dans le bras. Le 26 avril, il retourne au front et il poursuit son formidable parcours.

Ce 20 août 1916, Le Figaro rapporte que le camarade de combat de Guynemer, le sous-lieutenant Haurtaux (sic), incorporé deux mois auparavant dans l’escadrille des Cigognes, a « également descendu un appareil allemand, ce qui porte à cinq le nombre des avions ennemis dont ce pilote a triomphé jusqu’à ce jour ». En fait, ce nouvel as est Alfred Heurteaux (1893-1985) qui, résistant et déporté, sera fait Compagnon de la Libération en 1945. Alfred Heurtaux finira le premier conflit mondial avec vingt et une victoires homologuées et 13 non homologuées.

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19 août 2016

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