C’était il y a deux cent quinze ans, quelque part au cœur de l’Empire autrichien, sur le territoire de l’actuelle . Bonaparte, un an après son sacre, a fait converger ses sept corps d’armée, à marche forcée, jusqu’en territoire ennemi. Il cherche la bataille décisive et s’installe près du village d’Austerlitz, aux abords du plateau de Pratzen.

Décidé à leurrer ses ennemis, il se montre pendant plusieurs jours volontairement faible, se soustrait aux escarmouches, demande à parlementer. Aveuglés par leur confiance, les coalisés sont sûrs de vaincre. Ils apportent à l’Empereur, qui vit au milieu de ses grognards, des propositions inacceptables. L’officier russe qui s’est adressé à lui dit l’avoir vu trembler de . La victoire ne semble pas pouvoir échapper aux vieilles puissances d’ centrale.

Le 1er décembre au soir, après avoir fait abandonner le plateau de Pratzen, l’empereur bivouaque au milieu des siens. Des feux s’allument partout sur le camp français, galvanisé par la présence de son chef. Les ennemis voient dans ce camp illuminé les préparatifs d’une .

Le lendemain, 2 décembre, les coalisés font mouvement, vers 4 heures du matin. Les Français les laissent venir, puis attaquent brutalement. Coupée en deux par les assauts fulgurants de la cavalerie, désorganisée, l’armée coalisée fuit en début d’après-midi et se noie dans les étangs gelés, que Napoléon a fait bombarder pour en briser la glace. La victoire est totale.

Elle aura des conséquences à long terme, parmi lesquelles la fin du Saint-Empire romain germanique à la suite du traité de Presbourg. D’autres sont plus anecdotiques : un général russe est rétrogradé simple soldat ; le ministre anglais Pitt demande à son valet de décrocher la carte de l’Europe pendue à son mur, car « elle ne servira plus dans les dix prochaines années ».

Dans le radieux soleil d’hiver qui deviendra le « soleil d’Austerlitz », la impériale est redevenue le pays qui a remporté le plus grand nombre de batailles dans l’. Elle peut recommencer à rêver.

Chaque année, depuis le Second Empire, l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, née en 1802 de la volonté de Napoléon Ier, commémore cette victoire. Les élèves, sur la lande bretonne, rejouent le combat avec leurs frères d’armes de l’École militaire interarmes. Les plus anciens, où qu’ils se trouvent, se regroupent au petit matin pour regarder, champagne à la main, se lever « l’aurore resplendissante », clin d’œil impérial, soleil plein de jeunesse et de panache au beau milieu du morne hiver. C’est le « 2S », appelé ainsi selon le calendrier saint-cyrien, qui va d’octobre à juillet, dont les mois portent chacun une lettre du mot « Austerlitz » et dont les années se comptent depuis 1805. Nous sommes donc aujourd’hui le 2S 215.

Audace, coup d’œil, fougue, panache, inventivité, fraternité, victoire, magnanimité : on ne fait pas plus français qu’Austerlitz !

Sachons donc, pour une fois, ne pas commémorer que des défaites… honneur aux grognards et vive l’Empereur !

2 décembre 2020

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