Récemment, les « experts » du Parti socialiste allemand (SPD), présents au pouvoir, ont mis sur la table une proposition d’envergure en matière de défense européenne : mettre à la disposition de la Commission européenne une force armée ad hoc, dont elle assurerait le commandement.

Il faut dire que ce projet socialiste par excellence, et résolument tourné contre les intérêts fondamentaux des nations européennes, bénéficie d’un allié de taille en la personne d’un éminent dirigeant, socialiste lui aussi, Josep Borell, l’actuel haut-représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité.

On s’étonnera que des socialistes, pourtant soi-disant respectueux scrupuleusement de la lettre comme de l’esprit des traités européens, veuillent mettre à mal une règle essentielle de ceux-ci, à savoir le respect absolu de la règle de l’unanimité en matière de politique internationale, comme le stipule l’article 45 du traité de Lisbonne.

Si un dispositif existe déjà, celui de « battlegroups », il s’agit en fait de modules limités, formés chacun de 1.500 soldats mais placés sous le commandement d’une nation dite « cadre ». Rien de plus, même si le procédé, quant à son principe, peut déjà être considéré comme des plus contestables. D’ailleurs, à défaut d’accord entre les pays membres, ces « battlegroups » ne sont, pour l’heure, jamais intervenus.

Cependant, le document du SPD allemand va beaucoup plus loin. Et on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la position d’ à ce sujet. Aurait-il déjà donné son assentiment ?

En effet, les rédacteurs du projet n’hésitent pas à parler de la création d’une « 28e armée » au sein de l’Union européenne. Une armée propre à l’Union européenne serait ainsi créée, et placée directement sous la responsabilité et le commandement de la Commission européenne. Avec, à la clé, la création d’un poste de commissaire à la défense. Une véritable forfaiture, y compris à l’égard des traités européens.

Le Parlement européen, à la majorité simple, déciderait de déployer des unités de la « 28e armée ».

Ce projet n’est pas le seul, à l’heure actuelle, dans les cartons bruxellois.

L’ancien ministre de la Défense polonais et actuel député européen, Radosław Sikorski (fréquent rapporteur sur les questions de défense), va, pour sa part, jusqu’à proposer la création d’une « légion européenne », avec un recrutement direct.

Le rapport conclut en assignant à cette « 28e armée » le pouvoir d’« assurer de nombreuses missions des forces armées nationales dans les domaines de l’armée de terre, de la marine, de l’aviation et de la cyber-sécurité, et ainsi déboucher sur une véritable armée européenne ».

Ce projet, s’il venait à prendre forme en termes institutionnels, serait celui de tous les dangers.

Dans un premier temps, il diminuerait de façon gravissime la capacité de défense des intérêts vitaux de notre nation. Ensuite, en matière de politique de défense, il pèche par un manque total de connaissance et d’expérience en matière stratégique.

Chacun, pour peu que l’on connaisse les écrits militaires fondamentaux et les spécialistes de polémologie, de Thucydide au général de Gaulle en passant par Clausewitz, sait qu’une armée se composant de plusieurs nations n’est, au mieux, qu’une armée de coalition où le commandement, au niveau essentiel de l’unité de combat, demeure national par essence. Et où l’unité de commandement demeure le fait d’un accord unanime permanent. À l’image de la conférence de Doullens qui, fin 1917, avait fait du futur maréchal Foch le commandant en chef des forces alliées.

Par conséquent, le projet du SPD et les ambitions de Josep Borell allant régulièrement dans ce sens dénotent une méconnaissance totale des fondamentaux de la stratégie.

Ce projet risque de déboucher sur l’apparition d’un véritable mercenariat, puisque le filtre des recrutements par le biais des États pourrait, dans cette logique, être amené à disparaître. On imagine le profil de nombre de postulants, qui s’engageraient dans une structure militaire aux vocations plus qu’incertaines…

Enfin, un tel projet pourrait nous mettre très gravement en porte-à-faux avec nos intérêts essentiels, voire vitaux.

Imagine-t-on le Parlement européen donner son feu vert à cette « 28e armée » pour entrer en guerre contre la Russie, au nom de l’Union européenne ? Très sérieusement, au vu des postures de celui-ci depuis plusieurs années, l’hypothèse ne serait pas inenvisageable.

La Chambre des communes avait, fort heureusement, arrêté les bras bellicistes en Syrie, en 2013. Quand on connaît les positions majoritaires des formations européennes ayant en permanence la Russie dans leur viseur (des socialistes aux macronistes en passant par les Verts et les élus LR), au lieu de se concentrer sur les dangers majeurs que sont l’islam radical et la submersion migratoire, on peut légitimement être des plus inquiets.

Mais ce projet d’armée européenne n’est pas le simple reflet d’ambitions qui semblent, à première vue, utopiques.

S’il a pu être présenté au grand jour, c’est qu’il s’appuie sur un projet politique de fond, celui d’imposer un pouvoir supranational européen en matière de défense et de sécurité, qui entrerait forcément en collision avec nos intérêt nationaux.

En mettant sans cesse en avant le concept d’« autonomie stratégique européenne » dont il se vante en permanence d’être l’initiateur, Emmanuel Macron porterait, une fois de plus, une responsabilité accablante d’atteinte à l’intérêt national si ce projet funeste venait à voir le jour.

2 décembre 2020

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