Le Roi-Soleil mourant, jeune encore – 76 ans ! –, non du Covid-19, dans quelque EHPAD « Vieillesse dorée » ou « Âge d’or » des Yvelines, mais gangrené jusqu’à l’os, dans son beau château de Versailles, aurait regretté ses élans bellicistes ; et, si l’on en croit , dit à son arrière-petit-fils, futur Louis XV, avant de passer ad patres : « Cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous pourrez, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même. »

Mémorables paroles pour une éducation de roi. Regrettait-il, alors, d’avoir signé le célèbre « édit de Fontainebleau » qui, le 18 octobre 1685, mit fin à presque un siècle de coexistence pas très pacifique dans le royaume, entre catholiques et des protestants ? À charge, le « roman national » républicain a retenu contre lui cette fameuse « révocation de l’édit de Nantes » !

Olivier Christin, professeur à l’ de Neuchâtel, a fait ce parallèle pervers : « La révocation de 1685 met à bas un héritage précieux : celui de l’État neutre, de l’État arbitre sur lequel s’étaient construits les règnes d’Henri IV et Louis XIII et qui allait inspirer du XIXe siècle. »

Objectons que la « neutralité » de Louis XIII s’est construite d’abord sur l’écrasement du complotisme protestant, allié aux puissances de l’étranger – en l’occurrence les Anglais –, au prix de trois campagnes (1621-1629) ; un recours légitime à la guerre pour corriger la politique du « en même temps » de son père Henri IV qui, en négociant un édit de Nantes bancal (1598), laissait près de soixante forteresses, dites « places de sûreté », aux séparatistes religieux de l’époque. Pour les protéger de la puissance catholique, pensait-il. Ils en firent, avec La Rochelle, des portes d’invasion, après avoir interdit en Béarn, jusqu’en 1617, toute pratique catholique, en bons propagateurs d’un nouveau sectarisme que nos livres d’histoire républicains nous ont longtemps présenté comme plus… « tolérant » !

Revenons sur la politique coercitive de Louis XIV. Dans une première période, des années 1660 à 1685, le pouvoir royal s’appliqua à faire strictement respecter les clauses de l’édit henricien de 1598 : par exemple, en faisant détruire les lieux de culte construits sans autorisation. La méthode « bienveillante » ayant échoué, il fallut bien se résoudre à durcir le ton, et les mesures : exclusion des protestants de certaines activités publiques, interdiction des unions mixtes, conversions d’autorité des enfants, etc. Et, pour finir, l’édit de 1685 interdisant la pratique du culte de la « prétendue réformée » (RPR !) dans tout le royaume sauf en Alsace, province de rattachement récent. Comme l’a souligné Jacques Bainville, cette persécution s’accordait « avec le sentiment général » de « l’opinion publique » catholique majoritaire et répondait au besoin de retrouver une « unité morale » alors que le protestantisme était perçu comme « une possibilité de retour aux guerres civiles et aux révolutions ».

Pour Olivier Christin, l’héritage de « l’État neutre » serait « de nouveau en débat ou en question aujourd’hui autour des aménagements de la , que certains veulent imposer face à l’islam : une laïcité de combat, tout sauf neutre ». Amalgame spécieux, mais parallèle intéressant du simple fait de poser, implicitement, la question d’une réalité du islamiste longtemps nié par l’Université.

Aujourd’hui, l’existence sur notre territoire de zélateurs intransigeants et mal contrôlés d’une religion conquérante, nouveaux maîtres des territoires perdus de la , renforcés dans leurs convictions rétrogrades par une propagande victimaire soutenue par l’intelligentsia, appuyés, pour prospérer, par des États étrangers promoteurs de djihad, ruine le mythe bien-pensant du « vivre-ensemble » qu’on nous assène depuis quarante ans.

La « laïcité de combat », impérieusement nécessaire, devra-t-elle passer par l’émergence d’un gouvernement de salut public, déterminé à crever les réduits de non-droit, pour briser le séparatisme invasif de ceux qui risquent de renforcer, à terme, les bataillons des camisards de l’ ? Attention, danger !

17 octobre 2020

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

Les commentaires Facebook intégrés aux articles sont désormais inactifs, nous vous invitons désormais à commenter via le module ci-dessus.

À lire aussi

Après les pensées de Marc Aurèle et de Pascal, la pensée d’Emmanuel Macron sur les 100.000 morts du Covid

Voici le temps des pensées nombrilistes et lucratives de ceux qui tweetent plus vite que l…