17 août 754 : Carloman, ce fils de Charles Martel qui ne fut pas roi mais moine !

Il n’obtint aucune couronne mais gagna une place prestigieuse, celle qui attend les saints dans le royaume de Dieu.
Par Auteur inconnu — Cette image provient de la bibliothèque en ligne Gallica sous l'identifiant ARK btv1b55013869k/f149, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8999821
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Dans l’histoire des Carolingiens, les grands noms retenus par la mémoire des hommes sont souvent ceux des guerriers et des souverains, à l’image de Charles Martel, de Pépin le Bref et surtout de Charlemagne. Pourtant, à leurs côtés figurent également des personnages et des destins plus discrets, que les circonstances de leur existence ont presque fait disparaître des grands récits. Parmi eux se trouve le fils aîné du vainqueur de 732 : Carloman. Ce dernier, pourtant maître de la moitié du royaume des Francs, a renoncé finalement aux plaisirs et aux pouvoirs terrestres pour revêtir l’habit religieux. Il n’obtint ainsi aucune couronne d’or mais gagna une place prestigieuse, celle qui, selon la tradition chrétienne, attend tous les saints dans le royaume de Dieu.

Le fils de Charles Martel

Né vers 715, Carloman est le fils aîné de Charles Martel. Il appartient à cette famille des Pippinides qui, depuis plusieurs générations, exerce une influence croissante sur le royaume des Francs. Son père, maire du palais mais véritable maître du royaume sous les derniers Mérovingiens, meurt en 741. Avant sa disparition, Charles Martel avait néanmoins prévu le partage de son pouvoir entre ses deux fils, Carloman et Pépin.

Carloman reçoit alors l’Austrasie et les territoires orientaux du royaume, tandis que Pépin obtient notamment la Neustrie et la Bourgogne. À l’image de leur père, les deux frères exercent la réalité du pouvoir en tant que maires du palais, alors que le Mérovingien Childéric III n’est qu’un souverain fantoche. L’autorité royale demeure ainsi officiellement entre les mains du dernier représentant de la dynastie mérovingienne, tandis que le pouvoir véritable repose désormais largement sur les fils de Charles Martel. Cette période est loin d’être paisible. Carloman et Pépin doivent combattre plusieurs révoltes et affermir l’autorité franque sur les territoires périphériques. Ils s’appuient également sur l’Église et sur le futur saint Boniface, auquel ils confient une importante mission de réforme du clergé dans le royaume franc.

Un puissant qui renonce au pouvoir

Pendant plusieurs années, Carloman gouverne de concert avec son frère. Pourtant, en 747, il prend une décision surprenante : il abandonne ses fonctions politiques et renonce au pouvoir pour se consacrer à la vie religieuse. Son fils Drogon, qui aurait pu lui succéder dans ses responsabilités, est progressivement écarté par Pépin qui place l’Austrasie sous son autorité. Carloman gagne alors l’Italie et part rencontrer le pape Zacharie. Il reçoit la tonsure monastique et embrasse la vie religieuse. Il fonde ensuite, sur le mont Soracte, au nord de Rome, un monastère dédié à saint Sylvestre. Là, il mène une existence monastique paisible, loin des tumultes de la politique et des ambitions de la cour. Pendant ce temps, Pépin gagne en puissance. En 751, il dépose le dernier roi mérovingien, Childéric III, et monte sur le trône des Francs avec l’appui du pape. La dynastie carolingienne prend la place des Mérovingiens.

L’abbaye du mont Soracte devient rapidement un lieu de passage pour les nobles francs désireux de retrouver leur ancien seigneur mais aussi frère de leur nouveau roi. Carloman, soucieux de préserver sa vie de prière et de solitude, décide alors de rejoindre le mont Cassin, haut lieu du monachisme bénédictin. Vers 754, on lui confie une nouvelle mission l’obligeant à quitter les murs du monastère. Carloman doit tenter de jouer les médiateurs entre son frère Pépin et Astolphe, roi des Lombards. Cependant, au cours de ce voyage, il tombe gravement malade et s’arrête à Vienne, dans le Dauphiné. C’est là qu’il meurt, selon la tradition, en 754, soit le 4 décembre, soit le 17 août ! Ses dernières volontés conduisent sa dépouille à revenir au mont Cassin, où il est inhumé. Sa mémoire est ensuite honorée par l’Église, qui reconnaît ce prince carolingien comme saint et le célèbre donc tous les 17 août.

Une autre couronne

Son destin possède ainsi une singulière ironie. Né dans la famille qui allait donner à l’Europe l’une de ses plus puissantes dynasties, Carloman aurait pu poursuivre la conquête du pouvoir entreprise par son père. Il choisit pourtant d'y renoncer, laissant son frère Pépin désormais sans rival au sein de la famille carolingienne. Cette décision contribue indirectement à la naissance de la monarchie carolingienne. Pépin peut ainsi s’emparer de la couronne sans qu’une guerre fratricide n’ait lieu, puis transmettre son royaume à ses deux fils, Carloman et Charlemagne. Après la mort du premier en 771, Charlemagne réunira finalement l'ensemble de l'héritage paternel et deviendra l'un des souverains les plus puissants du Moyen Âge. Carloman, lui, aura choisi une autre voie. Là où son père avait conquis le pouvoir par les armes et où son frère l'avait transformé en royauté, il préféra la paix du cloître. Il ne porta jamais la couronne des rois francs, mais la tradition chrétienne lui en attribua une autre, celle de la sainteté.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Ce n’est pas pour rien que ce siècle est appelé « le siècle des saints ». Il y a eu un tas de nobles, nobles sieurs ou nobles dames, qui ont fondé des abbayes : ils sont tous devenus (ou considérés comme) saint. Si bien qu’on peut se demander s’il y avait assez de place au paradis pour les contenir tous !

    • Deux Carloman, le premier est l’oncle de Charle(magne)s et de Carloman mort prématurément à 20 ans(on ne sait trop de quoi. Une rivalité sérieuse entre Charles et Carloman son frère, mais aucune preuve d’empoisonnement et des soupçons de santé fragile chez Carloman) !

  2. ll n’est pas le seul saint issu de la famille royale, ils sont nombreux! Sainte Clotilde, reine des Francs, femme de Clovis. Saint Cloud, petit-fils de Clotilde, fils du roi. Sainte Radegonde, reine des Francs, femme de Clotaire 1er (fils de Clovis). Sainte Bathilde, femme de Clovis II. Sainte Enimie, femme de Clovis II. Saint Guilheme, cousin de Charlemagne.

    • Et plus tard (mais d’une autre dynastie, en effet), Saint Louis et Sainte Jeanne de France, fille de Louis XI et épouse de Louis d’Orléans (qui deviendra le rois Louis XII, après l’avoir répudiée), que j’affectionne particulièrement.

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