La sardane, une danse identitaire transmise de génération en génération

À Banyuls-sur-Mer, la sardane rassemble les générations et perpétue une identité catalane profondément enracinée.
© Sarah-Louise Guille
© Sarah-Louise Guille

Banyuls-sur-Mer, Pyrénées-Orientales. À 5 kilomètres de la frontière espagnole, ce village de la Côte Vermeille ne se renie pas. Ses 4.500 habitants sont catalans et fiers de l’être. Mieux : ils s’attachent à faire vivre leurs traditions, notamment à travers la sardane. Ici, cette danse traditionnelle est un incontournable.

Deux fois par semaine hors saison et tous les lundis de l’été, une initiation est proposée à tous ceux qui veulent entrer dans la « rotllana » (la ronde, en catalan). Simple en apparence, la sardane est régie par des règles strictes et il est impossible de s’improviser sardaniste. La sardane, ça s’apprend ; la sardane, ça se vit. Il s’agit d’une danse exigeante mais aussi identitaire.

Une danse identitaire

Suzanne, 14 ans, est l’une des plus jeunes danseuses de la ronde. C’est à l’âge de 7 ans qu'elle fait ses premiers pas de sardaniste. Elle passe une partie de ses vacances d’été chez sa grand-mère catalane. Très vite, elle montre un grand intérêt pour la sardane, parce qu’elle « aime danser », mais aussi et surtout parce qu’il s’agit d’une « danse traditionnelle de la région », une région qui lui est chère, la région de ses racines.

Elle admet néanmoins : « S’il n’y avait pas des sardanes tous les jeudis sur la place du village, je n’aurais peut-être pas commencé. » À Banyuls-sur-Mer, en effet, toutes les semaines, parfois plusieurs fois par semaine, la place du village vit au rythme des sardanes et des coblas, les ensembles musicaux qui jouent les airs de sardanes. La sardane est également mise à l’honneur lors de la fête catalane, début juillet, du festival de la sardane en août et dès que l’occasion se présente : le 14 Juillet, la festa major…

À chaque fois, il y a de nombreux danseurs et de nombreux spectateurs. Les Catalans qui n’ont pas particulièrement le pied sardaniste sont aussi au rendez-vous. Ils s’attablent aux terrasses des cafés du pourtour de la place Paul-Reig pour regarder, écouter et apprécier non pas le spectacle mais cette tradition culturelle autour de laquelle l’engouement ne faiblit pas.

D’autant moins que cette année, la « rotllana » enregistre de nouvelles recrues. Vigatanes aux pieds, trois cousines de Suzanne vont lui emboîter le pas. Elles ont entre 6 et 9 ans. Dans un premier temps, elles danseront dans la ronde des débutants puis, lorsqu’elles seront plus grandes, elles pourront rejoindre les danseurs expérimentés.

Une danse qui se transmet

Elles ont participé à leur premier cours le lundi 20 juillet et ont montré un grand intérêt, elles aussi, pour la danse de leurs aïeux. « La relève est assurée », confie, satisfait, l’un des membres du Foment de la Sardana, qui organise cette initiation. Grâce à cette nouvelle génération désireuse d’apprendre et aux plus anciens qui souhaitent « transmettre », la tradition se perpétue.

La Catalogne est l’une de ces régions qui ne perdent pas leurs repères et qui, à Banyuls-sur-Mer mais également à Collioure, à Argelès-sur-Mer, à Elne et dans bien d’autres villages des Pyrénées-Orientales, s’attachent à faire vivre leur culture et leur identité.

La sardane est un exemple parmi d’autres. Des cours de catalan sont également proposés aux Banyulencs toute l’année, tandis que, durant la saison estivale, ce sont les spécialités culinaires de la région qui sont mises en avant : cargolade (escargots grillés), escalivade (légumes grillés), fideuà et dégustations de vins locaux (Collioure, Banyuls, Côtes du Roussillon…). « Som i serem » («Nous sommes et nous serons », en français), la devise de la Catalogne, a de beaux jours devant elle.

Vos commentaires

31 commentaires

  1. Très jolie tradition et on ne peut que lui souhaiter longue vie! En revanche, ce qui est dommage, c’est le sérieux, l’absence d’expression gaie et de rires, propres à une danse festive, car les danseurs sont trop occupés à compter leur pas, pour se libérer le visage…

  2. Vous parlez ce Catalogne pour ce territoire, je n’y rencontre pourtant pas beaucoup d’habitants qui se disent Catalans comme en Catalogne même (en Espagne). En période touristique, les apparences sont trompeuses. Les gens peuvent aimer cultiver une spécificité (danse, cuisine, etc) mais aller jusqu’à s’identifier à une autre population, c’est une étape qui relève du projet politique (ou culturel), ce n’est pas ce qui se passe en dehors de l’été. La quasi totalité de la population de P.O. se sent Française, voire Roussillonnaise, voire Fancatalane, etc, mais les Catalans qui viennent souvent ici, ou qui envahissent les stations de montagne sont perçus comme des Etrangers (ce qui n’est pas négatif, évidemment). Et si on doit parler de la langue catalane, alors revenons sur terre, et sortons de l’été : la réalité, c’est que la langue régionale dans les P.O. (et même à Banyuls et dans tout ce coin) c’est d’abord le Français, puis vient l’Espagnol, puis vient l’Arabe. Si on doit absolument (je dis bien : absolument) valoriser une langue régionale autre que le Français, alors pourquoi le Catalan (et non l’Arabe) ? Parce que la Catalan a été parlé au Moyen Age (par ex) dans cette région ? Oui, mais l’Arabe aussi , et le Latin aussi. Bref: attention aux promotions culturelles étiquetées « locales » : elles peuvent vite devenir contreproductives et favoriser d’autres cultures tout aussi locales et réelles…

  3. Pas tous les habitants qui habitent Banyuls à l’année sont ou se sentent catalans.
    La Sardane est une belle tradition mais c‘est tout. Le Roussillon est français depuis Richelieu. La paix des Pyrénées a coupé la Catalogne en deux. La Catalogne de l’autre côté est socialiste pur jus.

    • Je me suis posé la même question que vous. Et la réponse que j’ai trouvé ne m’a pas plu, mais alors pas plu, du tout. On sent ici dans l’usage totalement incongru de ce mot un relent xénophobe et réactionnaire. Xénophobe ? C’est Franchouillard et bien de chez nous. Seule ce qui est provincial a de la valeur. Réactionnaire ? On ne conçoit pas que de nouvelles danses de notre temps puissent apparaitre. Implicitement un tel commentaire rejette l’idée même de progrès en rejetant la nouveauté.
      Cet article s’inscrit dans la même veine que les délires du fiston de Villiers contre un parc Manga ! Intolérance et sectarisme progressent chez BV

    • Pourquoi Ripalou ? Parce 1) que l’identité c’est ce qu’une chose est. 2) Ce que la France est c’est sa culture, son histoire, son territoire. 3) Or de ce point de vue la France (en dépit des efforts niveleurs de Paris) est plurale sous une identité collective nationale 4) Elle a donc une identité plurale : c’est sa particularité, sa force, sa beauté, sa vie. 5) Avoir une culture régionale n’empêche pas de revendiquer et défendre la France puisque la France (hors Paris qui est sans identité) est plurale : 7 ou 8 langues régionales (parfois plus anciennes que le Français et plus riches) et 3 ou 4 langues ultra marines, des histoires régionales souvent antérieures à celle de la France, n’empêchent pas le consensus national. 5) si les empires et les états disparaissent ne serait-ce pas parce que en désitentifiant les gens on les rend abouliques, apathiques ? Relire Barrès et Simone Weill sur les racines…Cordialement

      • Tout à fait d’accord avec vous . La France n’a pas eu besoin des années 80 pour s’apercevoir qu’elle était constituée d’ une mosaïque de provinces et d’une diversité de cultures qui font sa vraie richesse. Des gens du Nord aux Catalans, Toutes ont accepté le socle commun malgré leurs différences ainsi que ceux des pays étrangers ou en errance perpétuelle qui ont voulu s’assimiler. Pourquoi ,dans ce cas s’ingénier à faire rentrer en nombre des gens pleins de ressentiments , qui cherchent à changer ce pays en voulait imposer d’autre codes de société avec le soutien de politiques opportunistes , corrupteurs et corrompus.? Sinon casser ce pacte qui nous a fait vivre ensemble jusque là ? Donc , toute contribution à mettre en valeur l’identité et la richesse de nos régions est un acte de résistance aux tentatives de partitions par l’extérieur, qu’elles viennent de l’UE ou de pays hostiles pour rappeler que toutes ces provinces font aussi l’identité du pays France et sa richesse ..

      • « Théorie de la Nation »: en restant sur le sujet (Sardane, voire Banyuls), le propos aurait été plus clair (et plus convaincant). Vous ne semblez pas bien connaître la région….Dans tout ce que je comprends de votre commentaire (théorique, idéologique) rien ne colle aux faits et aux gens réels d’aujourd’hui. Rien

      • Réponse à Patalb : vous avez tout faux !! Justement je suis de la région et j’y vis, comme ma famille, depuis toujours et je la connais très bien depuis 60 ans ! SVP soyez plus aimable et moins catégorique : « dans ce que je comprends de votre commentaire (théorique, idéologique) rien ne colle aux faits et aux gens réels ». Et en effet vous ne comprenez pas mon commentaire. Un effort de bonne foi ? Voyez bm 77 y est arrivé !. Cordialement ThdlN

      • Oui je vois ce que vous voulez dire mais ce n’est pas dans ce sens là que j’ai critiqué l’utilisation de ce mot.
        En fait c’est un mot que l’on emploie à tour de bras et qui fait partie de la novlangue. On en oublie les autres mots.

      • Être attaché à un territoire, c’est une chose . Être identitaire, c’est autre chose. Et la Xénophobie, c’est encore autre chose.

    • Dans le coin où je suis né, on danse « l’avant deux » et certains parlent encore notre patois, même s’il y a de « l’érosion ». Ça fait partie de notre « identité », c’est donc « identitaire » et ça ne m’empêche pas d’apprécier les Bretons, les Corses et les Catalans (entre autres), car ce sont nos disparités, mises au service de la France qui en font la richesse

    • Parce que la danse comme la langue, comme la cuisine est l’identité de la région, celle ci ou une autre ! c’est tout simple ! mais comme le mot identitaire est beaucoup employé, il y a des amalgames, qui ne me gènent pas du tout puisque la patrie est en danger ! le progrès dont parle Ravi au lit, nous amène LA OU NOUS SOMMES ? plus d’identité dans le sens RIEN !

  4. Quelle est jolie la Sardane, que l’on danse la main dans la main, Au pays de verts platanes,
    Du pays des tramontanes », etc … ( Charles Trenet ). Mais à Banyuls, il n’y a pas que la sardane, il y a aussi un très bon apéritif : le Muscat de Banyuls, et pas cher. J’ai beaucoup apprécié toute cette côte Occitane.

  5. C’est sûr, les catalans ce ne sont pas les bretons … le pays catalan ou beaucoup de pieds noirs sont venus se réfugier ont compris le danger musulman, ils essaient de protéger leur culture et ne sont pas des gauchiste à tout vent comme beaucoup.

    • C’était a un peu, un retour aux sources pour nombre de PN, souvent issus eux mêmes du pays Catalan, beaucoup de Palma de Majorque , et des iles baléares. Ils se partageaient avec les italiens de Sicile ou du Sud d’avoir été les populations les plus importantes après les français à venir travailler en Algérie et pourtant ils n’ont rien changé des coutumes et règles communes à ces départements, français ,à l’époque .Ils ont même été plus français parfois que les français eux mêmes .

      • Cher bm77, vous évoquez l’arrivée en Agérie Française de « Catalan, de de Palma de Majorque de des iles baléares ( pléonasme!) d’italiens de Sicile ou du Sud » , et la population venant de la province d’Alméria (Andalousie) ou de la province d’Alicante (le Levant) vous les oubliez? Et pourtant à eux seul ils représentaient 80% des origines de la population europeéenne de l’Algérie Française. Les statistiques sont largement disponibles pour notre connaissance.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois