Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - Sport - Table - 12 juillet 2016

13 juillet 1916 : le duc de Rohan meurt pour la France

Dans le Journal des marches et opérations du 4e bataillon de chasseurs à pied (4e BCP), le chef de bataillon Camille Pompey indique, à la date du 13 juillet, dans la sous-rubrique Infanterie française : « Plusieurs patrouilles. L’une d’elles, effectuée par le sergent Vincent, ramène le corps du capitaine de Rohan, tombé à quelques mètres de la tranchée allemande. » Les circonstances du décès du capitaine Josselin de Rohan, 12e duc du nom, sont connues plus tard. Alors qu’il patrouille à 50 mètres du calvaire d’Hardecourt-aux-Bois (Somme), et reconnaît les lieux seul avec son ordonnance, en vue d’une opération future, il est vu par l’ennemi. Il est environ deux heures du matin. Visé par une décharge de mitrailleuses, il est atteint de plusieurs balles. Ici, deux versions divergent : pour certains auteurs, il est tué net. Pour d’autres, il est grièvement blessé. Transporté en arrière du front, il meurt à Bray-sur-Somme. Âgé de 37 ans, le duc de Rohan est le dixième parlementaire, le huitième député français à mourir depuis le début du conflit en août 1914.

Josselin de Rohan avait rejoint, le 20 janvier 1916, le commandement de la 4e compagnie du 4e BCP. Il avait été blessé quelques semaines auparavant à plusieurs reprises : le 27 février 1916, une balle lui traverse le nez et il retourne au combat sans se soucier de sa blessure. Enseveli quelques jours plus tard sous un éboulement produit par l’éclatement d’un projectile ennemi, il est relevé avec une rupture du tympan à l’oreille gauche. Il est conduit à l’arrière pour y être soigné mais, fin avril, il retourne au front. Son attitude courageuse lui vaut de nombreuses citations, en plus de la croix de guerre et la Légion d’honneur.

Cet ancien engagé volontaire au 6e régiment de dragons avait le goût de l’armée, des espaces, le goût de l’action, et surtout un véritable sens du devoir. C’est ce qui l’avait poussé à faire la campagne de Chine en 1900 comme porte-fanion du général Voyron (1838-1921). Nommé adjudant en 1901, il décide ensuite de passer dans la réserve l’année suivante pour se consacrer à d’autres activités.

Âgé de 35 ans quand la guerre éclate, Josselin de Rohan (matricule 06/3093 – classe 1899), troisième enfant d’une fratrie de cinq, aurait pu, comme beaucoup, se retrancher derrière son statut de député pour échapper à la guerre. Un non-sens pour ce représentant d’une prestigieuse lignée : « Les Bretons iraient à l’avant et un Rohan resterait à l’arrière ? », dit-il à un des collègues députés. L’un d’entre eux relate une conversation qu’il avait eue en août 1914 avec Josselin de Rohan : « J’entends encore la joyeuse ivresse avec laquelle il me disait, le jour de sa mobilisation dans les couloirs de la Chambre, sa satisfaction de pouvoir reprendre du service et partir au feu. Cela me fera du bien, vous verrez. » Josselin de Rohan était père de deux enfants, dont Alain (1913-1966), père de l’actuel 14e duc de Rohan et ancien sénateur du Morbihan.

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