C’est tellement facile de critiquer, alors pourquoi se gêner ? Donc, on va pas se gêner. Ainsi, j’avoue que, depuis deux jours, la règle des « 100 kilomètres de son domicile », édictée par le gouvernement, à partir du , dans le cadre du , me chiffonne. D’abord, une question : pourquoi 100 et pas 99 ou 101 kilomètres ? C’est vrai, ça ! 100, c’est un compte rond, voilà, c’est tout. C’est facile à retenir. Carré !

La Révolution inventa les départements dont les chefs-lieux, dit-on, ne devaient pas être à plus d’une journée de cheval de tout point du territoire départemental. À ce sujet, pour les mauvaises langues prétendant qu’il n’y a que les énarques pour inventer des trucs inapplicables, rappelons que le comité chargé, en 1789, de travailler sur le nouveau découpage territorial du royaume imagina de diviser la France en 81 contrées, des carrés de 18 lieues sur 18 (72 kilomètres). Carré ! Or, comme chacun sait, l’ENA ne fut inventée qu’en 1945.

Il n’empêche qu’on peut se demander si, avec cette règle des 100 kilomètres, certes provisoire (qui peut durer comme souvent en France…), on ne revient pas aux « acquis » de la Révolution. En effet, en véhicule, non pas hippomobile mais automobile, cette distance est parcourue, selon les conditions de circulation, disons entre une et deux heures, si tout va bien, et non en une journée. Cela dit, on a bien précisé « 100 kilomètres de son domicile ». Ça signifie que rien n’interdit, dans ce rayon de 100 kilomètres, de parcourir 1.000 kilomètres, voire plus. Les voyages en zig-zag, pour reprendre le titre d’un livre abandonné depuis longtemps au fond des bibliothèques provinciales, ne sont pas sans charme. Vous me direz, pour quoi faire ? Peu importe, question de principe, si on a droit. En plus, le gazole n’est pas cher, actuellement. Autant en profiter.

C’est là qu’on se dit que les énarques ne peuvent pas penser à tout. Exemple : on n’aura donc pas le droit de se rendre chez la tante Mireille pour son anniversaire, si elle habite à 101 kilomètres de la maison. Cette même tante Mireille n’aura, du reste, pas le droit non plus de réunir chez elle plus de neuf de ses neveux (précisons qu’elle est célibataire et sans enfants) pour cette occasion : dix personnes max, il a dit, le Premier ministre. En revanche, rien n’interdit une tournée des grands ducs de 500 kilomètres, dans la limite des 100 kilomètres de chez soi, évidemment, tournée parsemée d’une dizaine d’étapes pour boire le coup à chaque fois avec deux ou trois copains réunis pour la circonstance. Vous allez me dire qu’aller chercher ainsi la petite bête, ça confine au vice. Oui. Et alors ? Pas plus vicieux qu’un pandore faisant faire demi-tour à un fils qui rend visite à son père mourant.

À noter, aussi que, sauf justificatif, il ne sera pas possible, pour les habitants de certaines communes, de se rendre dans leur chef-lieu de département situé non pas à une journée de cheval (comme quoi la règle révolutionnaire devait avoir ses exceptions !) mais à plus de 100 kilomètres de chez eux. Car il y en a. Ce sera le cas des Saintois, habitants non pas de Saintes (Charente-Maritime) mais des Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône), qui n’auront pas le droit, sans justificatif, de se rendre à , située à 125 kilomètres de chez eux. Là aussi, vous me direz, pour y faire quoi, à ? Là aussi, peu importe, question de principe !

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