Editoriaux - International - 8 septembre 2018

Poutine, Erdoğan et Rohani négocient l’offensive sur Idleb

La conférence de Téhéran s’est déroulée le vendredi 7 septembre. Le président iranien Rohani y a accueilli Poutine et Erdoğan. Aucun autre invité : ce sont ces trois-là qui ont l’avenir de la Syrie entre leurs mains.

Mais les divergences sont réelles et la conférence, sans être inutile, n’a pas permis de les aplanir.

Russes et Iraniens sont à peu près d’accord à court terme : il faut lancer une offensive générale sur la province d’Idleb, occupée à 60 % par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC), l’ex-Front al-Nosra, dont tous les cadres viennent d’Al-Qaïda. HTC et Daech ne sont que les deux faces de la même pièce, comme le rappellent les autres groupes insurgés sunnites, qui tiennent 40 % du territoire et qui ont eu des accrochages sanglants avec HTC.

Le problème, ce sont justement ces 40 % restants : ils sont tenus par des islamistes à la solde des Turcs qui ont d’ailleurs plusieurs postes militaires au cœur même de la province. Erdoğan n’a pas envie de lâcher ses alliés et, surtout, il ne veut pas que ce soit ensuite l’occasion, pour les Kurdes, de se réinstaller près de sa frontière, notamment à Afrine, d’où il les a chassés il y a quelques mois.

Il a pourtant fait une concession importante en qualifiant Hayat Tahrir al-Cham de « groupe terroriste ». C’est une première mais il n’est pas allé plus loin : son objectif était d’obtenir qu’un nouveau cessez-le-feu soit établi et que le mot figure dans le communiqué final. Il n’a pas eu gain de cause. Poutine, sous le regard amusé de Rohani, a déclaré : « Je pense que, globalement, le président turc a raison : ce serait une bonne chose. Mais nous ne pouvons pas assurer à leur place qu’ils [les islamistes] arrêteront de tirer ou d’utiliser des drones armés. »

Rappelons, à ce sujet, que les bases russes installées non loin d’Idleb font régulièrement l’objet d’attaques de drones armés et Poutine ne peut évidemment accepter que cette situation se prolonge indéfiniment.

Les Iraniens veulent en découdre, comme toujours : en face, ce sont des sunnites et, pour la grande puissance chiite, aucune discussion n’est envisageable.

Pour les Russes, moins concernés par ces divisions internes à l’islam, il s’agit d’un problème stratégique crucial : il est hors de question de laisser 10.000 combattants islamistes administrer une province sur le territoire syrien. L’assaut aura donc lieu, mais ce sera une opération délicate : il ne faut pas se fâcher avec Erdoğan et, donc, éviter de lui tuer ses alliés. Et que faire si Erdoğan envoie des renforts, comme l’armée syrienne est en train de le faire ?

Les Occidentaux, eux, sont pathétiquement inutiles : les Américains rappellent tous les trois jours qu’une attaque chimique entraînerait une riposte massive de leur part, ce qui est une façon de laisser faire Poutine tout en laissant la porte ouverte à une nouvelle manipulation. La France et l’Angleterre ont confirmé, comme il se doit.

Les Russes, de ce fait, ont renforcé leur présence navale au large de la Syrie.

En attendant l’offensive terrestre, les bombardements russes et syriens ont repris. Leur intensité et le choix des cibles (exclusivement des positions tenues par HTC) montrent que le compte à rebours a commencé.

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