Liberté religieuse : qui a peur de l’Église du Monstre en spaghettis volant ?

Journaliste, écrivain
 

Mine de rien, c’est qu’il s’en passe, des choses, dans ce vaste monde, et pas des moindres. Tenez, l’Église pastafarienne vient d’être pleinement reconnue par les autorités néo-zélandaises. Mieux : une certaine Karen Martyn a été ordonnée ministroni, sorte d’évêque pastafarien, et peut donc désormais marier les membres du fascinant culte en question.

Officiellement, ce dernier est né en 2005. Son fondateur ? Un diplômé de physique de l’université d’État de l’Oregon, répondant au nom de Bobby Henderson, qui entend lutter à sa manière contre l’enseignement des théories créationnistes. Pour ce faire, il bénéficie d’un allié puissant, la divinité première du pastafarisme : le Monstre en spaghettis volant – The Flying Spaghetti Monster, en VO.

Visuellement, ce nouveau venu dans le Panthéon américain est de forme plutôt humanoïde, constitué de spaghettis cuits al dente et, faute de bouche, arbore néanmoins une paire d’yeux en boulettes de viande. Malgré un fort succès sur les réseaux sociaux – 95 % de messages de soutien et 5 % lui promettant l’enfer, cachet de la poste faisant foi, si l’on peut dire en la circonstance -, il est pour le moment délicat d’évaluer le nombre d’adeptes de cette religion pour le moins novatrice ; tout au plus sait-on qu’on les distingue du commun des mortels puisqu’ils arborent un égouttoir à tortellinis en guise de couvre-chef.

Les jours de fête, les pastafariens revêtent leur habit d’apparat ; soit une tenue de pirate, façon Long John Silver. Pourquoi de pirate ? Excellente question. En effet, faut-il savoir que dans la cosmogonie pastafarienne, ces pirates, corsaires et autres flibustiers étaient des êtres parfaits, parcourant les mers pour distribuer des friandises aux enfants indigènes des Sargasses et de ses proches environs. Plus sérieusement, leur lente et inéluctable disparition serait la cause du réchauffement climatique, des cyclones, des tremblements de terre, voire même de l’arrivée de George W. Bush à la Maison-Blanche.

Plus sérieusement encore, ces pirates possèdent une ligne directe, invisible et indétectable avec forfait illimité, les liant au père de toutes choses, le Monstre en spaghettis volant, lequel aurait créé notre univers un jour où il aurait trop bu. Ce qui en explique par ailleurs les menues imperfections : difficultés à se garer dans Paris, baisse de l’enseignement de l’albanais à l’école primaire et fort déficit de blondes à gros seins dans le bistrot du coin de la rue.

Face aux inévitables railleries des incrédules, Bobby Henderson, à la fois fondateur et théologien de cette visionnaire entreprise, a eu tôt fait de rétorquer, ridiculisant ainsi les sceptiques de tous bords : « Avec des millions, sinon des milliers de fidèles dévoués, l’Église du Monstre en spaghettis volant est amplement considérée comme une religion légitime, même par ses opposants, fondamentalistes chrétiens pour la plupart, qui ont reconnu que notre Dieu a de plus grosses boules que le leur. »

Assez logiquement, aucune autorité religieuse n’a pris le risque d’une disputation devant une rhétorique aussi implacable. Mieux, une fois le clou de ses contradicteurs rivé, ne restait plus qu’à enfoncer le dernier dans le cercueil de l’obscurantisme : « Je pense que nous pouvons nous réjouir à l’idée qu’un jour, ces trois théories aient une part de temps égale dans les cours de science de notre pays mais aussi du monde entier ; un tiers du temps pour le créationnisme, un tiers du temps pour le Monstre en spaghettis volant et un tiers du temps pour une conjecture logique fondée sur une masse écrasante de preuves observables. » Aussi lumineux qu’une motion de congrès du Parti socialiste.

Le plus rassurant, dans tout cela, est de constater que l’art-nouille et la pataphysique continuent d’essaimer, qu’il n’est de richesse que d’hommes, tel qu’on le lit au frontispice de Valeurs actuelles, alors que l’État islamique, lui, serait plutôt dans la dèche. Amen (moi le parmesan).

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