Natacha Polony virée d’Europe 1 : purge médiatique en vue ?

Journaliste, écrivain
 

Après avoir été évincée de la chaîne Paris Première, sur laquelle son émission « Polonium » réalisait pourtant de belles audiences, voilà que Natacha Polony se trouve sèchement dégagée de la matinale d’Europe 1, là où sa revue de presse était pourtant l’une des plus suivies de France.

Réaction de la principale intéressée : « J’ai appris que j’allais être remplacée à la matinale par la presse. […] Malgré mes multiples sollicitations, je n’ai toujours pas été contactée par mes patrons. Seul un coup de fil élégant et cordial de Patrick Cohen m’a permis, enfin, d’avoir des informations sur mon avenir. »

« Cordialité » et « élégance » ? Des mots qui ne viennent pas forcément en premier à l’esprit quand on pense à Patrick Cohen, directeur de la matinale de France Inter et qui devrait reprendre les rênes de celle d’Europe 1, dès la rentrée prochaine.

À la manière d’un Éric Zemmour, toujours au bord d’être éjecté du Figaro ou de RTL pour délits présumés de mal-pensance, il y a belle lurette que Natacha Polony est dans le collimateur : « Cela fait des années que j’entends des journalises et des confrères qui m’expliquent que je suis une idéologue et que eux sont des journalistes. » Venant d’une Pascale Clark, naguère revuiste de presse à France Inter, plus « idéologue » que « journaliste », voilà qui vaut tout de même son pesant de terrine de morue à la fraise.

Alors, on aura tôt fait de hurler à la censure ? Mais censure venant de qui et visant à faire quoi ? Censure gouvernementale ? Emmanuel Macron, fort de tous les pouvoirs exécutifs et bientôt législatifs, n’a évidemment que faire des propos d’une éditorialiste faisant, cinq minutes et chaque matin, entendre une voix discordante.

La faire taire, donc ? Mais sur l’école, une des marottes historiques de Natacha Polony, Jean-Michel Blanquer, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, n’entend aujourd’hui que mettre globalement en œuvre les mesures de bon sens qu’elle s’échine à proposer depuis tant d’années, à longueur de livres et d’articles !

Alors, chasse aux rares journalistes donnés pour être de « droite » ? Il faut le dire vite, ces derniers reprenant malgré tout du poil de la bête, que ce soit à la radio et à la télévision : entre Éric Brunet, Guillaume Roquette, François d’Orcival, Yvan Rioufol, Élisabeth Lévy et autres Jean-Christophe Buisson, nous serions plutôt mieux lotis qu’il n’y a pas si longtemps… Et à ce compte-là, que dire de la traque au Cyril Hanouna, « journaliste » qui n’est pas précisément à ranger dans le clan des polémistes néo-réactionnaires ? Dailleurs, question subsidiaire : Natacha Polony est-elle de droite ?

Comme Élisabeth Lévy, qui entendait faire la jonction entre les « républicains des deux rives », Éric Zemmour « qui se sent de plus en plus de gauche », voire même un Florian Philippot qui imprima au Front national une inédite ligne nationale-républicaine, Natacha Polony a de commun avec ces trois personnalités de s’être éveillée à la politique en faisant ses classes chez un Jean-Pierre Chevènement dont on ne saurait prétendre qu’il soit le fils putatif d’un Charles Maurras…

De cet état de fait, on peut au moins conclure que, pire que la censure, il y a l’autocensure. Celle qui pousse les patrons de groupes médiatiques à devancer l’appel, à offrir des têtes qu’aucune autorité politique n’aurait songé à leur demander ; dans les cours de récréation de jadis, on appelait ça des fayots.

Natacha Polony, qui vient de lancer sa propre télévision sur Internet, Orwell.tv, n’a pas tort lorsqu’elle souligne : « Le totalitarisme théorisé par George Orwell dans 1984 n’est pas seulement celui incarné par le communisme et le nazisme. […] La pression sur chacun pour qu’il se persuade qu’il ne voit pas ce qu’il voit correspond à une forme moderne de totalitarisme soft. »

Ou quand les maîtres se chargent eux-mêmes de leur propre servitude, sorte d’ubérisation inédite de l’esclavage. La preuve par Natacha Polony ?

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