Editoriaux - 22 septembre 2018

Médine au Bataclan : mais, au fait, qui a mené le combat et qui a, encore une fois, fermé les yeux ?

La nouvelle est donc tombée vendredi 21 septembre, à peine un petit mois avant la date du concert et après trois longs mois de lutte patiente et déterminée. Oui, trois mois pour que l’inimaginable n’ait pas lieu. La preuve que ce n’était pas si inimaginable que cela. Pour certains, pour beaucoup. Qui observaient, se disant peut-être : bon, s’il n’y a que la « fachosphère » qui bouge, ça passera. Et pendant trois mois, ça a failli passer. Car, il faut bien le reconnaître, si la « fachosphère » n’avait pas réagi, dénoncé, apporté les preuves des liens de Médine avec des associations islamistes, la chose serait passée.

Alors, oui, il y a eu la mobilisation des familles des victimes, et notamment de ce père déterminé, Patrick Jardin, et une plainte déposée. Il semble que ce soit cela qui ait poussé Médine – et tous ceux qui le soutenaient – à céder. Au bout de trois mois… reconnaissant, de ce fait, que cela était indécent.

Mais que penser de cette prise de conscience – mais en est-ce vraiment une ? – à retardement ? Quand les choses sont indécentes, cela saute aux yeux, pas besoin de démonstration en trois parties : un Indignez-vous devrait suffire. Ben non, face à l’islamisme indécent, il n’y a pas d’Indignez-vous qui tienne. On est dans la complaisance, l’accommodement, la soumission, le pourquoi pas ? Et l’on se trouve une foule de prétextes, le plus indécent ayant, sans doute, été celui de la liberté d’expression. Et il y avait encore des imbéciles pour lancer, samedi matin, des tweets dans ce sens.

Pourquoi donc a-t-il fallu tout ce temps ? Toujours pour la même raison : ceux qui font la pluie et le beau temps en France – les autorités, la majorité, etc. – étaient aux abonnés absents. Et le Président ? Lui qui est si prompt à exhorter, parfois à parler cash, on aurait aimé l’entendre ? Soit en version vulgaire : « Médine au Bataclan, c’est dingue ! » Soit en version Sylvain Fort : « Il y a des choses qui ne se font pas, à certains endroits. Le Bataclan est un lieu de mémoire. » Soit en mode Brigitte, qui aurait pu être émue par le cri de ce père de victime. Une première dame, ça sert à ça, non ?

Non, tous étaient occupés à regarder ailleurs. Président. Premier ministre. Gouvernement. Ministre de la Culture. Majorité. Et une bonne partie de l’opposition. Votre député ? Votre maire ? À droite, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez avaient pris position dès le 10 juin. Mais Valérie Pécresse ? Alain Juppé ? Et combien d’autres à gauche, à LREM et dans la droite centriste ? Dans Le Figaro, Mathieu Bock-Côté pointait le doigt vers ces innombrables divisions de lâches :

Ils furent peu nombreux dans le paysage politique, médiatique et intellectuel à mener cette bataille, laissée pendant un temps à la mouvance identitaire, comme si on abandonnait aux marges radicales le monopole du combat frontal contre l’islamisme. Les élites politiques, elles, semblent absentes, comme s’il fallait réduire l’événement au statut de fait divers. Il y a pourtant des limites à faire semblant de ne rien voir. […] Il y a des choses qu’on ne devrait pas avoir à interdire pour qu’elles ne se fassent pas. C’est normalement la fonction de la décence.

On comprend donc qu’il n’y ait, au lendemain de cette victoire, aucun triomphalisme de la part de ceux qui se sont mobilisés pour que Médine ne chante pas au Bataclan. « Goût amer », disait justement Nicolas Dupont-Aignan, comme Mathieu Bock-Côté. Que le père d’une jeune fille assassinée au Bataclan ait dû courir les plateaux télé – du moins, ceux qui acceptaient de l’entendre – pour quémander un peu de respect pour la mémoire de son enfant et des dizaines de victimes de l’islamisme en dit long sur notre société et ceux qui nous gouvernent. Indécents.

Il ne faudra donc pas qu’ils s’étonnent, tous ces responsables qui ont fait mine de ne rien voir ou de regarder ailleurs, quand leurs électeurs, à leur tour, regarderont ailleurs.

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