Les gilets jaunes d’Alexandre Jardin : où sont les femmes ?

Donc, il y aura (au moins) une liste « gilets jaunes » aux élections européennes. C’est dit, mais ce n’est pas fait. Un petit rappel « technique », cependant, avant d’aller plus loin. Une liste doit compter 79 candidats – puisque la France sera représentée au Parlement de Strasbourg par 79 députés – avec le respect de la parité : 40 hommes et 39 femmes ou bien 40 femmes et 39 hommes, au choix. En respectant le principe « chabada » dans la liste : un homme, puis une femme, puis un homme, etc. Ou inversement : une femme, puis un homme, puis une femme, etc.

Je dis tout ça, au risque de paraître lourd, parce que j’ai sous les yeux la photo publiée par Paris Match qui illustre un article intitulé « Alexandre Jardin prépare la liste des gilets jaunes ». Alexandre Jardin, c’est le romancier et cinéaste, fondateur du mouvement citoyen collaboratif Bleu Blanc Zèbre, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2017 puisqu’il n’obtint que 165 des 500 parrainages requis.

Donc, la photo de Paris Match : 18 personnes en comptant notre zèbre. Les minorités visibles, selon la formule consacrée, sont bien représentées : ça, c’est très bien. Rien à redire. Sans doute histoire de faire mentir ceux qui disent que, sur les ronds-points, c’est la France des « petits Blancs » qui a planté son bivouac. En revanche, côté parité, là, j’avoue être un peu surpris. Si je ne me trompe pas, je compte… 1 femme. Histoire, encore, de faire mentir ceux qui disent que, sur les ronds-points, les femmes étaient très présentes. Une femme sur dix-huit ? Et de m’exclamer avec Patrick Juvet : « Où sont les femmes ? » Misogynie ? On n’ose l’imaginer. Mais avouez que ça fait désordre, par les temps qui courent.

Cela dit, et passé cette question de casting paritaire, il faut bien reconnaître à Alexandre Jardin une réelle constance dans ses idées depuis qu’il lança son mouvement Bleu Blanc Zèbre en 2015. Le petit-fils du « Nain jaune* », en soutien des gilets jaunes, ça ne manque pas de sel, diront les persifleurs. Car il s’agit, en effet, pour Alexandre Jardin, d’apporter son aide à une initiative politique afin de « modifier en profondeur un système où tout le pouvoir est à Paris et où le citoyen n’existe pas pendant la durée d’une législature ». Tout le pouvoir est à Paris : c’est sans doute pour cela que cette équipe s’est réunie le 20 décembre à… Paris. Dans « un appartement proche de la plus belle avenue du monde [traduire : les Champs-Élysées, pour ceux qui auraient comme un doute] pour esquisser le début d’une stratégie électorale », nous dit Paris Match qui, cependant, ne nous précise pas si c’était un bel ou vieil appartement.

Reconnaissons aussi au romancier une honnêteté intellectuelle certaine : pas question, pour lui, d’être candidat : « Ce serait indécent et contre-productif que des personnalités cherchent à récupérer ce mouvement. » Un facilitateur : le zèbre du coche, en quelque sorte.

Qui trouve-t-on, sur cette photo ? Entre autres, Jean-François Barnaba, très à l’aise sur les plateaux télé. Cet ancien directeur de la culture, du tourisme et du patrimoine de l’Indre, de 2001 à 2008, et qui « ne fait plus rien depuis dix ans, ça, c’est la vérité », comme l’a déclaré récemment Serge Descout, président du conseil départemental de l’Indre dans La Nouvelle République, et continue cependant à percevoir un traitement. Hayk Shahinyan, aussi très à l’aise sur les plateaux télé, ancien des Jeunesses socialistes, comme le soulignait David Pujadas, le 18 décembre, sur LCI : ce n’est pas un péché, mais c’est toujours bon à savoir. Et, un peu à l’écart du groupe, Christophe Chalençon, le Vauclusien, accusé – il est vrai un peu à tort ou à tord – par Marlène Schiappa de vouloir mettre en place un pouvoir militaire en lieu et place d’un pouvoir démocratiquement élu. Un embryon de liste plus en patchwork qu’en zébrure, en quelque sorte.

* Jean Jardin, ancien directeur de cabinet de Pierre Laval

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