Editoriaux - Environnement - 26 décembre 2018

Écologie : François de Rugy pris au piège du gouvernement des juges

La démocratie citoyenne et participative est un super concept, innovant et progressiste. C’est aussi un fusil à tirer dans les coins ; du genre à visée aléatoire, avec des balles qui peuvent parfois vous revenir en pleine tête, façon délateur à son tour dénoncé.

Ainsi, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, doit-il désormais se dépêtrer d’une pétition visant à condamner « l’inaction climatique » d’un gouvernement dont il est pourtant l’un des fleurons majeurs. Laquelle pétition, initiée par quatre associations, Notre affaire à tous, la Fondation pour la nature et l’homme, Greenpeace France et Oxfam France, a rassemblé plus de 1,7 million de signataires grâce à la plate-forme l’Affaire du siècle.

Histoire de ne pas perdre la face, François de Rugy, dans une de ces envolées lyriques dont il devrait déposer le brevet à l’INPI, y décèle “une réponse au mouvement des gilets jaunes”. On ne voit pas très bien le rapport, les revendications premières de ces mêmes gilets jaunes étaient, à l’origine, on ne peut plus précises, puisque exigeant l’arrêt des hausses de taxes sur le prix du diesel, alors que les objectifs de la pétition en question sont autrement plus flous : “Les changements climatiques sont là : ils affectent déjà nos vies et n’épargnent personne. Nous assistons à la montée des eaux, à la fonte des glaces, à la multiplication des événements météorologiques extrêmes, tandis que les espèces animales et végétales disparaissent inexorablement.”

Fondamentalement, tout cela n’est pas faux. Le problème, c’est que ce texte va au-delà de la simple déclaration de principe, assignant l’État français devant le tribunal administratif de Paris. Là, sans forcément s’en être rendu compte, le peuple des pétitionnaires vient de mettre le doigt sur un point crucial : l’inquiétante dérive de ce « gouvernement des juges » si souvent dénoncée par Éric Zemmour et autres Alain Finkielkraut.

En effet, et ce, en démocratie, la loi démocratique est censée être votée par des élus démocratiquement élus. Tel n’est plus le cas depuis que des instances telles que les Conseils, constitutionnel ou d’État, quand ce n’est pas la Commission européenne, étant constituées de membres cooptés et ne bénéficiant pas, de fait, du début d’un commencement de légitimité démocratique, entendent dire, à eux seuls, ce que doit être la loi.

Et c’est là qu’un François de Rugy est pris à son propre piège : les diktats de ces associations – dont il y aurait également beaucoup à dire sur un mode de financement pas toujours franco-français – incarnent la philosophie gouvernementale qu’il prônait naguère, lorsque campant dans l’opposition. Aujourd’hui qu’il siège dans la partie adverse, il a beau jeu de se prétendre “agréablement surpris” et “heureux que les citoyens s’expriment pour lutter contre le dérèglement climatique”. Tout en déplorant les effets dont il chérit la cause : “Ce n’est pas aux juges de forcer le gouvernement à prendre une loi.” Tiens donc.

Mur des cons oblige, on avait pourtant cru comprendre que ces mêmes juges, Syndicat de la magistrature en première ligne, étaient justement là pour ça : corriger le comportement d’électeurs irresponsables et d’élus ayant trop facilement tendance à verser dans la démagogie populiste. Tel est pris qui croyait prendre, en d’autres termes.

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