Editoriaux - Politique - Société - 27 janvier 2019

La République en marche, le parti de l’ordre ? On se pince…

Emmanuel Macron et La République en marche remontent dans les sondages. Si les élections européennes avaient lieu aujourd’hui, le parti du Président arriverait en tête, avec ou sans liste des gilets jaunes. On a bien compris que l’objectif majeur pour le pouvoir est que le dimanche 26 mai soir, LREM soit en tête. Même si c’est à un poil du Rassemblement national, peu importe. Même si cela doit représenter 10 % du corps électoral, peu importe. Même si c’est une victoire à la Pyrrhus, peu importe. Vous vous débrouillez comme vous pouvez, les enfants, mais il faut être en tête.

Alors, faisons de ce mouvement « protéiforme » des gilets jaunes qui nous a affaiblis une force. Une liste « gilets jaunes » aux élections européennes ? Bonne idée. La démocratie doit pouvoir s’exprimer. Et si cela peut allier l’utile à l’agréable, on ne va pas se gêner : le Rassemblement national perdrait trois points, selon le dernier sondage de l’institut Elabe. Pas besoin d’avoir fait dix ans d’études de sciences politiques pour comprendre ce qui est « cousu de fil jaune », pour reprendre l’expression d’Éric Zemmour.

Il n’empêche qu’avec ou sans liste « gilets jaunes », le parti du Président monte dans les sondages. Pourquoi ? C’est toujours la même chose. Un truc qui marche pas mal, en France : le parti de l’ordre. Le joker qui marche du feu de Dieu. C’est l’économiste Jacques Sapir qui fut l’un des premiers à voir venir le coup. Le 5 janvier, il publiait une tribune sur Sputnik dans laquelle il soulignait le fait que, moins de deux ans après qu’Emmanuel Macron s’était présenté comme le candidat du « parti en mouvement », il s’affirmait désormais comme le Président du « parti de l’ordre ». Et il est vrai que la répétition des manifestations, samedi après samedi, les violences, les dégradations de biens publics et privés en marge des manifestations des gilets jaunes ne peuvent que jouer, à la longue, en faveur du pouvoir. En gros, ça commence à bien faire. Alors, Castaner joue et surjoue son rôle de « premier flic de France ». Le pouvoir joue, surjoue la carte du parti de l’ordre.

Mais il s’agit là d’un ordre immédiat, superficiel : celui qui permet de rassurer le « bourgeois » qui a envie d’aller faire ses courses sans encombres le samedi après-midi et de trouver de l’essence à la pompe. Alors même qu’Emmanuel Macron et La République en marche s’apprêtent à remettre en cause un ordre bien plus important, un ordre essentiel, naturel. En effet, lorsqu’on envisage de légaliser la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, mesure qui ouvrira immanquablement la voie vers la gestation pour autrui au profit des couples d’hommes, lorsqu’on veut abolir les souverainetés nationales historiques au profit d’une hypothétique « souveraineté européenne », est-on bien légitime pour s’ériger en défenseur de l’ordre, à longueur de plateaux télé, comme le font les élus du parti présidentiel, notamment au lendemain de l’acte XI ? « L’ordre doit revenir », assène, martial, le député LREM de Paris Sylvain Maillard sur BFM TV

Les héritiers de Mai 68 encostardés qui s’érigent en défenseurs de l’ordre : certainement l’une des grandes impostures de notre époque. Il serait temps que les défenseurs de l’ordre essentiel et naturel se réveillent et comprennent bien ce que représentent et incarnent Emmanuel Macron et son parti. Et mettent en cohérence leurs convictions essentielles avec leurs intentions de vote… et, in fine, leur vote.

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