Culture - Editoriaux - Histoire - International - 6 novembre 2018

La Grèce est-elle à vendre ?

On peut légitiment se poser la question lorsqu’on voit jusqu’à quel point la Grèce a accepté de privatiser ses ports, ses autoroutes, ses aéroports, son énergie… en échange de l’aide des créanciers européens, l’obligeant en quelque sorte à mettre le pays à l’encan. « On vous donne du cash, vous nous donnez Corfou… et l’Acropole aussi », pouvait-on lire au plus fort de la crise, à la une du tabloïd allemand Bild-Zeitung.

Zeus soit loué, la Grèce n’en est pas arrivée à cette extrémité !

Mais la crise économique a eu un effet dévastateur sur le riche patrimoine culturel du pays : le budget du ministère de la Culture s’est réduit comme une peau de chagrin ces dernières années, alors que le pays ne compte pas moins de 210 musées archéologiques, 250 sites archéologiques organisés et 19.000 monuments et sites divers. Certains d’entre eux sont même fermés en raison du manque de gardiens ou laissés sans surveillance, encourageant le pillage et le trafic illicite des biens culturels, qui ont augmenté de 25 % ces trois dernières années.

L’Acropole n’est ni à vendre ni à louer – du moins pour le moment – mais ailleurs, dans le Péloponnèse par exemple, le site antique de Némée suscite la convoitise de l’archéologue américain qui le restaure depuis quarante ans et qui aimerait confier à des entreprises privées le développement, la mise en valeur, la gestion de ce site célèbre pour son sanctuaire en l’honneur de Zeus et comme le lieu où s’est déroulé le combat entre Hercule et le lion de Némée. On imagine volontiers Némée et ses colonnes élégantes devenir un nouveau Disneyland… Selon l’association des archéologues grecs, pas moins de 10.000 sites archéologiques, musées et bâtiments historiques ont été transférés au Fonds de privatisation avec, à sa tête, un Français, chargé de vendre la Grèce à la découpe…

La Grèce, au rythme où s’y développent les investissements du secteur privé, avec un marché immobilier où les prix ont chuté de plus de 50 %, est en train de devenir un Euroland du tourisme nordique, une immense maison de retraite pour les seniors allemands qui trouvent que les Canaries ou les Baléares sont, décidément, devenues trop chères… Des agences se sont même spécialisées sur le marché de la vente d’îles aux particuliers, avec des catalogues consultables en ligne. Elles comptent, parmi leurs clients, Brad Pitt, Johnny Depp et l’émir du Qatar. Et la liste hollywoodienne de leurs futurs clients ne cesse de s’allonger.

Et dire que c’est sous la « gauche radicale» de Tsípras qu’on aura le plus privatisé. Encore un effort, camarade, au rythme où vont les choses, la Grèce n’aura bientôt plus rien à voir avec celle que l’on connaît aujourd’hui. La Belle Hellène est en train de perdre son âme. Il suffit de voir ce qui se passe sur le plan touristique : du tourisme de lettrés, la Grèce est passée au tourisme de masse, avec 32 millions de visiteurs cette année, soit près de trois fois sa population.

Les dieux ont quitté la Grèce, Apollon s’est suicidé ? avais je demandé, prémonitoire, à Michel Déon pour Boulevard Voltaire en 2016. « Oubliez ça, m’avait-il répondu, et trouvez dix minutes de silence sur l’Acropole, au cap Sounion, à Patmos, face à un coucher de soleil ou à une aube radieuse. Alors, vraiment oui, les dieux existent encore et nous sommes leurs enfants. » Cette Grèce-là – que Michel Déon et Jacques Lacarrière nous ont fait aimer et découvrir -, cette Grèce de la magie authentique des villages blanchis à la chaux, puisse-t-elle ne jamais disparaître..

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