Armées - Editoriaux - Histoire - Presse - Religion - 16 mars 2018

Les gendarmes rattrapés par la patrouille de la libre-pensée

Les gendarmes de Moselle viennent d’être rattrapés par la patrouille de la libre-pensée, qui n’en rate décidément pas une. Les adeptes de la libre-pensée, vous connaissez ? On en a mille fois parlé dans ces colonnes et leur heure de gloire remonte à pas très loin, avec la déportation de la désormais célèbre statue de Jean-Paul II à Ploërmel, en Bretagne. Leur importance numérique est inversement proportionnelle à leur visibilité médiatique. Mais ça, c’est une spécificité bien française d’un certain monde associatif, souvent subventionné.

Pas un jour, en France, donc, sans que les petits camarades des libre-penseurs bretons se sentent pousser des ailes, se disant qu’ils pourraient eux aussi s’offrir une petite épectase médiatique en se répandant dans la presse régionale quotidienne et voire plus, si affinités. Au moment où j’écris ces lignes, un ami me rapporte une histoire de malheureuse petite croix sur le fronton d’un cimetière de Vaucluse. Le diable est dans les détails, diront les mauvais esprits.

Mais revenons à nos gendarmes épinglés. Le 3 décembre 2017, la compagnie de gendarmerie départementale de Boulay-Moselle célébrait Sainte-Geneviève dans l’église de Carling. Une tradition qui remonte à 1963 lorsque le pape Jean XXIII donna à notre maréchaussée la sainte parisienne comme patronne protectrice. Le Républicain lorrain avait, à l’époque, rapporté l’événement avec une photo montrant les gendarmes en uniforme dans l’église. Trois mois après, la fédération de Moselle de la libre-pensée se réveille. Entre-temps, il y a eu les fêtes de Noël, de la Saint-Sylvestre, la Chandeleur, vous comprenez… Bref, même avec du retard, le crime étant imprescriptible, ladite fédération a saisi le préfet, qui n’a sans doute que cela à faire. Ouvrez le ban. « Cet acte constitue une rupture de neutralité qui s’impose aux personnels de l’État. C’est une invitation à reconnaître un culte. » Et d’enjoindre le préfet de faire son boulot, quoi, en donnant « des instructions tendant à rappeler les obligations de neutralité, sans préjudice naturellement de chacun de militaires de pratiquer le culte de son choix en dehors des heures de service ou dans le cadre des aumôneries militaires ». Fermez le ban.

Ces pauvres libres-penseurs ne sont pas au bout de leur peine. En effet, cette tradition est largement répandue à travers nos territoires. Ce qu’a fait la compagnie de Boulay-Moselle, de nombreuses autres compagnies le font aussi. Rappelons qu’il y a une compagnie par arrondissement, soit plus de trois cents en France… Bien souvent, à ces « Sainte-Geneviève », le sous-préfet, les élus de tous bords, parlementaires comme édiles municipaux, départementaux et régionaux, les représentants des différentes polices, les pompiers – qui fêtent Sainte-Barbe ! – sont présents aux tout premiers bancs de l’église. Bien évidemment, les gendarmes présents ne viennent pas menottés, entre deux curés, sous la menace du goupillon. Les anciens de la maison, les familles se joignent à cette manifestation de cohésion qui « constitue un marqueur fort de notre identité et de notre ancrage territorial », comme l’a fait savoir officiellement la gendarmerie.

N’en déplaise à ceux qui vivent dans les aéroports ou qui voudraient que notre pays devienne une vaste administration aseptisée, genre Sécurité sociale, c’est aussi et encore cela la France. Un village et une église au milieu. En face de l’église, la mairie, l’école communale et, pour les chanceux, à la sortie du bourg, juste après la supérette, à droite – vous pouvez pas la rater-, une gendarmerie qui, certes, ne ressemble plus à celle de Saint-Tropez, mais dans laquelle vivent toujours des militaires et leurs familles. Des gendarmes qui, soit dit en passant, laissent parfois leur peau en service. Au service des Français. Il paraît même que sous la peau de ces gendarmes, de ces « personnels de l’État » – pour reprendre cette horrible expression -, il y a aussi des âmes. Si, si.

Va-t-on, à cause de quelques grincheux étriqués, demander aux gendarmes de venir en civil lors des prochaines Sainte-Geneviève ? Dieu nous en préserve…

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