But alors you are French?!

Francophonie : Where are you going?

Ancien pilote de chasse
 

Je veux modestement faire écho à Ilyes Zouari, défenseur de la langue française, qui s’exprimait une nouvelle fois dans ces colonnes il y a cinq jours. Il résumait son propos avec ce titre : « La France, cette grande puissance non anglophone la plus anglicisée au monde. » Je ne partage cependant pas cet énoncé qui laisse à penser que les Français sont fluent in English. Au contraire, on ne cesse de clamer que c’est un peuple réticent aux langues étrangères ! Paradoxe ou antienne caduque ?

En réalité, la pollution de notre moyen de communication par des mots, des expressions et des désignations d’activités ou d’inventions nouvelles venant la plupart du temps des États-Unis est la conséquence directe d’une appropriation rapide, irréfléchie, voire idolâtre, par paresse, par imitation servile et surtout par « branchitude » exacerbée !

Regardez, autour de vous, les nouvelles pancartes des grandes surfaces et, surtout, de leurs petites échoppes-annexes de ville et de leurs stations d’essence. Les accroches « shop », « express » ou encore « wash » interpellent le client qui, heureusement, sait identifier à vue le commerce ou le service qui l’intéresse. On se croirait sur la Route 66, nonobstant le prix des carburants…

Voyez les activités sportives et nouvelles frontières « fun ». Que des logorrhées anglicistes. La performance du « performer » doit sans doute être plus prodigieuse, enveloppée de ces barbarismes. Lisez des rubriques économiques, les comptes rendus boursiers ou les bilans de multinationales. Le jargon des décideurs, patrons et autres « managers » vous échappe, charabia élitiste, réservé à ce clan.

Regardez les publicités de la mode, du luxe et des parfums, cette spécialité illustrissime du savoir-faire tricolore. Certes, elles sont plus destinées aux clients étrangers qu’au quidam attendant son 43 sous son Abribus habituel. Heureusement qu’il y a l’odeur, comme clame certain…

Mais encore, et c’est la pire insulte à la création qui se prétend nationale, écoutez les bandes-son et illustrations musicales des films, mais surtout des séries télévisées. Entre deux scènes, et pour exacerber l’émotion ou le « suspense » de l’instant, une voix doucereuse de « crooneur », ou celle, puissante, d’une chanteuse noire, ou encore une vieille rengaine « country » magnifiant le site grandiose ou l’environnement alpestre du scénario (tiens, enfin un terme latin qui reste cher à la profession !).

Toutes ces intrusions anglicistes ne sont pas le fruit d’une invasion fomentée par leur pays d’origine. Il s’agit bien d’une auto-pollution générée intra-muros et activée par d’authentiques prédateurs, quand ce ne sont pas des ignorants qui font disparaître leurs déficiences grammaticales ou sémantiques derrière le masque de la modernité mondialiste.

Il paraît qu’une organisation internationale nommée Francophonie poursuit son action dans les pays ayant cet outil commun et promeut notre langue auprès des locuteurs occasionnels ou curieux. Quel français exporte-t-elle ? Celui de l’Académie du même nom, bien silencieuse en l’occurrence, le néo-moderne des nébuleux pédagogues et autres « inclusivistes » déments, ou encore celui des banlieues ?

Dans quelle sauce « ketchupisée » notre belle langue sera diluée avant d’être oubliée ?

Heureusement, il nous reste deux activités souveraines qui sauveront ce patrimoine historique et sociétal. D’abord la pétanque, qui n’entend pas ces borborygmes inaudibles sur les terrains villageois et pistes urbaines, ensuite la gastronomie, cette richesse séculaire qui ne saurait se satisfaire de traductions hasardeuses et indigestes…

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