Espagne : le grand cirque

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

Comment m’extraire de cette sorte de somnolence morose où, à l’instar de tant d’Espagnols, je me trouve plongé ? C’est la question qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai été prié de vous expliquer les dernières retombées politiques survenues dans cette sorte de vaudeville de troisième rang qu’est la formation, toujours échouée, d’un nouveau gouvernement espagnol. Comment vous l’expliquer… puisqu’il n’y a rien à expliquer, puisque c’est le néant qui engloutit tout : le néant que répandent les nains d’une classe politique qui ne fait rien d’autre que de brasser du vent depuis que les Espagnols ont été appelés aux urnes le 20 décembre 2015, pour y retourner le 26 juin dernier, et pour y revenir très probablement le… 25 décembre prochain.

Oui, le jour même de Noël ! Il s’agit d’une petite ruse procédurière que le Partido Popular avait sorti de son chapeau afin de discréditer les socialistes qui, ayant rendu impossible la formation d’un nouveau gouvernement, auraient ainsi obligé les gens à aller aux urnes un tel jour. Mais la manœuvre étant trop manifeste, c’est le Partido Popular lui-même qui a dû finalement faire machine arrière et fixer la date des probables élections au 18 décembre.

J’essaye de vous amuser avec de telles anecdotes, car pour ce qui est du fond de l’affaire… il n’y a rien. Rien que du minable : des intrigues, des magouilles, des volte-face. Comme celle du nouveau parti Ciudadanos qui, composé par des gens frais émoulus à la politique et pourvus d’une passé plus qu’honorable dans le combat contre le séparatisme catalan, avait éveillé pas mal d’espoirs chez les partisans d’une nouvelle droite (libérale ; rien à voir avec l’autre !). Peine perdue : les dirigeants de Ciudadanos viennent de démontrer qu’ils sont aussi roués dans l’art des manigances politiciennes que les renards les plus vieux du Système.

Peine perdue, également, à l’autre bout du « renouveau » pour ce qui est des gauchistes de Podemos. Non contents de s’entre-déchirer à belles dents, ils ont déjà jeté au rancart leurs visées de lutte anticapitaliste pour ne laisser subsister que celles consistant à promouvoir le Grand Remplacement, à prôner la théorie du genre et tout ce qui découle de leur conception mondialiste, individualiste et nihiliste.

Et dans tout cela, qu’en est-il pour « les élus du peuple » des grandes questions de notre temps ? Qu’en est-il du Grand Remplacement migratoire qui est en train de nous submerger ? Qu’en est-il des politiques anti-européennes et antinationales développées par le monstre de Bruxelles ? Qu’en est-il des grands enjeux – individualisme, matérialisme, grégarisme – qui sont par là même sous-tendus ?

Il n’en est rien pour les chers élus. Ni pour ni contre : rien. De telles questions ne sont même pas évoquées (à supposer d’ailleurs qu’ils comprennent de tels concepts). Le grand cirque en quoi consiste le Parlement est trop bruyant pour accueillir de telles questions. Ceux qui, par contre, les soulèvent avec brio, ce sont les jeunes de la Hermandad Social (Fraternité sociale) : une sorte de CasaPound à l’espagnole qui, entre autres, apporte de l’aide matérielle aux pauvres… pourvu qu’ils soient espagnols, les immigrés miséreux (ou prétendus tels) étant déjà plus que pris en charge par les organisations du régime.

Et ce sont justement les jeunes de la Hermandad Social qui, lors du débat d’investiture du gouvernement, ont déployé une immense banderole sur un bâtiment placé face au Parlement. On pouvait tout simplement y lire : « Il était une fois un Cirque… »

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