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Emmanuel Macron et le général de Gaulle

Enseignant
 

Comme un ouragan, il emporte tout sur son passage. Macron a balayé les partis politiques tout en créant lui-même un semblant de parti, La République en marche, qui occupe la majorité des sièges à l’Assemblée. Il ne s’y passe pas grand-chose, dans cette Assemblée, ce qui fait dire à Gilbert Collard qu’on « s’y emmerde », et il doit certainement avoir raison, puisque c’est justement ce qui était prévu.

On s’interroge alors : et si Macron avait compris la Ve République, telle que l’imaginait le général de Gaulle ? Alain Peyrefitte, dans son livre C’était de Gaulle, montre à quel point le Général souhaitait que les partis, cauchemar de la IVe République, soient mis de côté. Il voulait, comme une relique monarchiste, que le peuple soit lié à son dirigeant unique, le Président. Il insistait notamment pour dire que le gouvernement, c’était lui. Il se méfiait comme de la peste de tout ce qui venait des partis (notamment le sien) et ne voyait que des hommes et des Français.

Macron semble lui-même suivre cette voie. Il a considérablement « monarchisé » la fonction présidentielle – ce qui plaît aux Français -, anéanti les partis, le sien n’étant qu’un épouvantail, puisque les lois sont faites par lui, et qu’il a eu recours aux ordonnances. Il semble que ce soit, d’ailleurs, la seule façon raisonnable de gouverner la France, puisque les lois préparées par l’Assemblée, lestées d’innombrables amendements, effectuant des navettes entre l’Assemblée et le Sénat, contestées par la rue, caricaturées par les médias, prennent souvent la forme d’un jus de chaussette idéologique fade et terne. Chacun est surpris, à droite notamment, de la facilité avec laquelle toutes les lois passent comme une lettre à la poste, sans aucun remous de la part de la gauche (à l’exception de quelques députés Insoumis qui s’agitent en vain), sans que les syndicats ne réagissent, alors que ce sont des lois que la droite, notamment sous Sarkozy, n’a pas réussi à faire passer. Les Français applaudissent des deux mains dans les sondages. Ils respirent après un quinquennat Hollande instable et anxiogène.

Macron bosse, jusqu’à épuiser ses ministres, mais ne donne pas de leçons. Il répond de manière pragmatique à ceux qui l’interrogent sur l’économie, l’immigration, l’Afrique. L’idéologie est asphyxiée, le bon sens omniprésent, témoin cette décision du ministre de l’Éducation nationale d’interdire les téléphones portables dans les collèges. On reste tout de même circonspect devant le changement de discours entre la campagne et l’après-élection. Mais comme pour une fois, c’est dans le bon sens, on ferme les yeux en espérant ne pas se réveiller un jour avec la gueule de bois.

En outre, si Macron veut jouer la carte « de Gaulle/Ve » à fond, il lui faudra passer par le référendum, que le Général considérait, après l’élection au suffrage unversel, comme le lien privilégié entre le peuple et le Président, quitte pour ce dernier à en tirer les conséquences. Ira-t-il jusque là ?

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