Editoriaux - Politique - Union Européenne - 2 novembre 2018

Élections européennes : bourrage de crâne et lavage de cerveau au programme

Emmanuel Macron, en mettant en garde les Français contre un retour aux années 30, sombre dans le ridicule. Non seulement il ne connaît rien à l’Histoire – Luc Ferry lui a fait remarquer que « la comparaison est franchement absurde […]. Marine Le Pen et Matteo Salvini ne sont pas nazis » –, mais il ne se grandit pas en jouant à son petit propagandiste, ce qui, pour le coup, nous ramène aux années 30, années durant lesquelles la propagande avait ses orfèvres…

Surtout que sa propagande se situe au ras des pâquerettes. Tenez ! Dans une infographie intitulée « Les élections européennes, quand et comment ? », le gouvernement affirme qu’il faut être français pour pouvoir voter. Le hic, c’est que, pour ces élections, tous les ressortissants de l’Union européenne résidant en France peuvent voter. L’auteur de ces informations semble ignorer, également, que les eurodéputés siègent par groupes politiques : apparemment, il n’a jamais mis les pieds au Parlement, fût-ce par l’intermédiaire de la télévision.

Contacté par Le Journal du dimanche, le Service d’information du gouvernement, à l’origine de cette campagne, a expliqué que « ces imprécisions » étaient dues à une « volonté de vulgarisation ». C’est bien connu, on peut raconter n’importe quoi au peuple, il n’a pas besoin de connaître la vérité et se contente d’approximations. C’est, précisément, le propre de la propagande d’utiliser tous les moyens, même les plus malhonnêtes, pour influencer l’opinion : une caractéristique des États totalitaires.

La propagande, notre gouvernement ne s’en prive pas. C’est souvent si lourd que ça lui retombe sur le nez. Voyez ce clip qui appelle les Français à voter pour les élections européennes, un clip officiel, réalisé aux frais des contribuables. On s’attendrait à un clip objectif, se limitant à inciter les électeurs à voter. Mais il est orienté – c’est le moins que l’on puisse dire. Quatre questions sont successivement posées : « Immigration : maîtriser ou subir ? », « Climat : agir ou ignorer ? », « Europe : union ou division ? » et « Emploi : partenaires ou concurrents ?  »
Pour illustrer ces questions, des images suggestives (un texte écrit ou oral serait sans doute trop compliqué pour la majorité des Français) : migrants secourus en mer, mères portant leurs enfants, catastrophes naturelles et, pour épouvantails, un Salvini et un Orbán haranguant les foules. Le tout accompagné d’une musique tragique, qui vous empêche de réfléchir.

À droite comme à gauche, on dénonce l’instrumentalisation de l’Europe à des fins politiciennes. Jean-Frédéric Poisson, le président du Parti chrétien-démocrate, a même écrit au président de la Commission des comptes de campagne et appelle à signer une pétition pour « imputer les frais de création et de diffusion de cette vidéo aux dépenses de propagande électorale ». Il n’y a que les élus LREM qui ne trouvent rien à redire à ce clip : il est vrai qu’ils ne sont que des marionnettes, qui obéissent à leur maître au doigt et à l’œil.

Le problème, pour notre Président, c’est que sa communication est si caricaturale qu’elle en souligne les défauts. Il ne se pose même pas la question de la pertinence de ses positions. Serait-il, comme le commente Luc Ferry, « en train d’anticiper une défaite cuisante » ? C’est bien possible, ce qui expliquerait son burn out et ses erreurs de communication. Hier après-midi, à Honfleur, il a répété aux passants : « Je ne lâche rien », « je ne change pas », « je vais toujours au même rythme ». Il va même plus vite que le temps : à deux reprises, il a confondu le 1er novembre et le 1er de l’An.

Décidément, il n’est plus maître des horloges, il n’est plus maître de rien. Non seulement il perd la confiance des Français, mais il est près de perdre confiance en lui-même. D’ici qu’il perde la boule !

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