Editoriaux - Santé - Société - 12 février 2019

Bataille d’idées : la légalisation du cannabis ? Parlons-en !

D’abord, ce rappel : les criminologues n’ont pas à fixer les règles sociales, fussent-elles pénales, ni à distribuer injonctions et leçons de morale. Ils doivent, en revanche, éclairer les débats à thème criminel ; préciser, corriger, fournir des faits de leur compétence ; bien sûr, informer l’opinion.

Informer : tâche délaissée par les médias « d’information », désormais voués à vanter la merveilleuse mondialisation, le reste étant censuré ou dénoncé comme « fausses nouvelles » et cris de « haine ». Sur l’inepte « haine », d’abord : le criminologue ne « hait » pas plus son sujet d’étude que le biologiste ne « hait » le virus sous son microscope. Car, pour citer le grand écrivain anglais G. K. Chesterton, « le bon soldat ne combat pas par haine de qui est devant lui, mais par amour de ceux qui sont derrière ».

Passons à la légalisation du cannabis dont, aux États-Unis d’abord, les médias font une panacée : vider les prisons d’anodins fumeurs de joints qui y croupissent ! Les cartels de la drogue au chômage ! Des milliards de taxes pour les États légalisateurs ! Baisse de la criminalité ! La fumette, moins nocive que l’alcool ! Sur le papier, le scénario est alléchant, mais qu’en est-il de la réalité ? Allons voir sur le terrain car, bien sûr, Libé ou Le Monde font silence radio.

Prisons pleines de fumeurs de joints : quand débute (2013) la campagne pour y légaliser le cannabis, il y a, en Californie, 134.000 détenus, dont 441 pour vente ou possession de cannabis. Idiot, bien sûr – mais est-ce le goulag de masse ?

Effondrement du crime violent : c’est l’inverse : Alaska, Colorado, Oregon, Washington – les quatre premiers États ayant légalisé le cannabis récréatif – connaissent tous, depuis lors (dit le FBI), une nette augmentation des homicides et vols avec violence.

Jackpot du cannabis légal taxé : en Californie (sixième État légalisateur du cannabis), il se vend, en 2018, 2,5 milliards de dollars de cannabis légal – 500 millions de moins qu’en 2017, à l’ère du cannabis médical. Sa taxation (de janvier à septembre 2018) rapporte 234 millions de dollars; sur un an, 2,1 % du budget californien (recettes fiscales 2019 : 143 milliards de dollars). Quelle « mine d’or » ?

Cannabis : de quoi parle-t-on ? Sous le nom de « marijuana », on vend, aux États-Unis, d’anodins vins de table et de violents poisons. Chiffres officiels du Colorado : le cannabis du hippy du coin contient de 10 à 20 % de principe intoxicant (THC, tétrahydrocannabinol). Or, en 2018, les clients exigent du concentrate au taux de THC passé de 57 % (2014) à 69 % (fin 2017). À 70 % de THC, l’ultra-puissant concentrate est un hallucinogène type LSD dont l’usage massif (25 % du marché fin 2017, +100 % sur 2014) compromet la santé publique, la sécurité routière, etc. Fin 2018, au Colorado, 208 McDonald’s, 392 cafés Starbucks et… 491 débits de cannabis – légaux, ou bien ouverts au culot par des narcos, bien sûr.

Effets sanitaires du cannabis
L’agence fédérale Healthcare Research and Quality alerte : en 2006, les urgences psychiatriques signalent 30.000 cas psychotiques post-cannabis ; en 2014, 90 000 – avant que le cannabis ne soit légal dans divers États. Aux États-Unis, en France, les services d’addictologie soulignent de nets risques, d’abord chez les trentenaires, pour usage régulier du cannabis, seul ou (cas fréquent) associé à l’alcool : anxiété, dépressions, voire suicides, accidents vasculaires cérébraux, vomissements, tachycardie, etc.

Fin du narcotrafic ? Là aussi, c’est le contraire. La très agricole Californie exporte 85 % de son cannabis : vers le Mexique (troc marijuana-cocaïne avec les cartels) mais surtout… vers les États américains le prohibant encore. Juteux profits pour les narcos – prix moyen de 500 grammes de cannabis : 1.183 dollars en Californie, 3.044 à Chicago. Ainsi, légalisée ou pas, la « guerre à la drogue » perdure aux États-Unis même.

Tout ceci, bien sûr, occulté dans Libé et Le Monde – « censure » oblige.

En collaboration avec Marc Eynaud

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