25 mai 2016

Autriche : une élection présidentielle symptomatique



Alors que le président de la République n’a qu’un rôle très limité dans l’exécutif autrichien, l’Europe s’est passionnée pour cette élection, qui n’aurait pas intéressé grand monde si cela n’avait été pour son casting exceptionnel.

Depuis 1945, seuls les partis centristes dominants du ÖVP et du SPÖ avaient fourni des présidents. Mais à l’issue du 1er tour des élections, le verdict tombe : ce sera le candidat des Verts face au candidat du FPÖ, le parti national-libéral et populiste autrichien. 

Et Le Monde, qui titre « En Autriche, la fin d’une ère pour les partis traditionnels » ne s’y trompe pas. Dimanche, avant que les résultats ne soient annoncés, le candidat populiste Norbert Hofer déclarait que « quel que soit le résultat, nous avons de toutes façons gagné ».

Il faut comprendre que cette percée inédite, de même que ce duel Vert/Patriote, est symptomatique d’une nouvelle ère politique en Europe. Le XXIe siècle commence enfin, et les partis « traditionnels » du XXe siècle vivent leurs dernières heures, perdant du terrain de plus en plus. Le chancelier Faymann l’a compris, démissionnant à l’issue du premier tour qui a exclu son parti. Il avait prôné une politique migratoire très (trop, pour les Autrichiens ?) ouverte et comparé la politique d’Orbán aux « heures les plus sombres de notre continent ».

Cependant, la présentation du FPÖ et le résumé de ces élections ont déjà été faits par Jean-Yves Le Gallou ici [http://www.bvoltaire.fr/jeanyveslegallou/autriche-percee-historique-des-populistes-du-fpo,258315].

Aussi, penchons-nous un peu plus sur ce qui a fait et risque encore de faire débat un moment.

 La victoire du mondialiste Van der Bellen – qui, lors de son premier discours en tant que président, s’est excusé en anglais de devoir faire son discours en allemand – ne semble pas acquise à coup sûr pour le moment, malgré la reconnaissance de sa défaite par le candidat Hofer.

Sur 4,5 millions de votants, le Vert n’a gagné que de 30.000 voix. Et quelles voix ! Celles des votes par correspondance et des maisons de retraite, collectées habilement – 100 % de participation ci et là – et décomptées scrupuleusement par les autorités démocratiques du pays alpin. Oui, mais…

 Mais quelques « erreurs » sont apparues. Dans la ville de Waidhofen an der Ybbs en Basse-Autriche, la participation était de 146,9 %. Le responsable du département des élections a parlé d’une erreur lundi soir. 24 h plus tard, « l’erreur » n’est toujours pas corrigée.

Mais ce n’est pas tout. À Linz, le vote par correspondance a atteint 598 % de participation. Dimanche, les autorités, à la clôture des votes, parlaient de 700.000 bulletins de vote par correspondance valides. Lundi, il y en avait 900.000.



En fin de compte, le FPÖ a décidé de saisir une commission d’experts pour enquêter et, le cas échéant, lancer les procédures nécessaires pour rétablir la vérité et la justice. Il serait hâtif de parler assurément de fraude. Les erreurs existent. Mais étant donné le contexte autrichien et européen, et la mobilisation de tout l’establishment contre le FPÖ, ainsi que la portée symbolique d’une éventuelle victoire du FPÖ, il n’est pas à exclure que, de leur propre chef, certaines personnes aient pu faire des bêtises… et si tel était le cas, le retour de bâton serait magistral.

Quoi qu’il en soit, en Autriche comme ailleurs, la victoire des populistes, en tête chez les moins de 30 ans, n’est qu’une question de temps.

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