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Attentat déjoué à Marseille : nos candidats sont-ils prêts à affronter les terroristes ?


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

L’attentat déjoué à Marseille, et l’arrestation de deux Français radicalisés qui s’apprêtaient à passer à l’acte à l’occasion de la campagne présidentielle, sont une réussite incontestable pour notre police. Mais ce succès ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. En effet, il faut se souvenir que l’État islamique a déclaré à l’Occident, et à la France en particulier, une guerre qui ne s’arrêtera pas avec l’arrestation de quelques djihadistes.

La guerre qui nous est imposée s’inscrit dans un « temps long ». Un temps « divin » dans lequel l’individu n’a que peu d’importance, où seule la victoire est recherchée à travers le sacrifice de combattants qui servent une cause qui les dépasse largement. Dans cette perspective, peu importe que l’attaque programmée, comme celle de Marseille, ait abouti ou non. Par la seule présence de Daech au cœur de nos médias, une partie de l’objectif a été atteint. Tout d’abord parce que l’acte de terreur préparé par un soldat, même inachevé, est présenté comme un acte politique, un acte exemplaire qui s’aligne sur le parti de Dieu, lequel fera immanquablement, au sein de la communauté, d’autres émules. Ensuite en ce qu’il maintient une pression considérable sur des sociétés qui n’ont plus l’habitude de vivre dans le conflit. C’est l’instauration du règne de la peur, celui qui prépare peu à peu à la soumission. Enfin parce que, dans ce rapport de force, le rationalisme occidental est finalement bien désarmé face à la détermination idéologique des combattants d’Allah.

L’attentat déjoué de Marseille n’est donc que le nouvel épisode d’une guerre qui se jouera longtemps. Cette fois-ci encore, le pire a pu être évité. Mais pour combien de temps ? La guerre contre ce néo-terrorisme ne fait que commencer. Nos services de renseignement, par la force des choses, ont dû s’adapter en peu de temps à une forme de conflit qui nous était, jusque-là, inconnue. Ils y sont parvenus grâce à l’expérience acquise sur le terrain, mais aussi grâce à une coopération internationale qui, au pied du mur, a revu ses pratiques dans l’urgence.

Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger sur le peu de cas qui fut fait de cette problématique majeure lors des débats organisés à l’occasion de l’élection présidentielle. Bien plus, un rapide survol des propositions faites par les candidats dans ce domaine ne peut qu’inquiéter, alors que l’on sait que le prochain président de la République se trouvera rapidement confronté à ce grave danger. Il est, en effet, étonnant de voir la lutte contre le terrorisme islamiste se limiter à « développer le renseignement de terrain » et « mieux coordonner l’activité des services de renseignement » (Macron). « Lutter contre le financement international du terrorisme » (Mélenchon). « Contrôler les frontières » et « rétablir le service militaire » (Le Pen). Ou encore « créer un grand ministère de l’Intérieur » et « réformer le renseignement » (Fillon). Même accompagnées du recrutement de policiers et de gendarmes supplémentaires, et d’une rallonge budgétaire conséquente, ces mesures ne suffiront pas pour combattre un phénomène aujourd’hui enraciné dans certaines de nos banlieues, au cœur de notre pays.

Combattre le terrorisme islamiste, c’est d’abord chercher à comprendre ses origines, ses motivations et ses ressorts. Ce qui pousse certains de nos compatriotes à entrer en guerre contre leur propre pays, et parfois même leur propre famille. C’est surtout changer nos paradigmes sécuritaires, pour les adapter à un conflit qui sera pour longtemps extérieur, tout autant qu’il sera intérieur.

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

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