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Ambassade américaine : l’année prochaine à Jérusalem ?

Colonel à la retraite
 

Lors d’un colloque organisé en 2004 à la Sorbonne et intitulé « Juifs et musulmans : un dialogue à construire », le philosophe Régis Debray avait suggéré, un brin provocateur, un brin idéaliste, que le siège des Nations unies soit transféré à Jérusalem. « Utopie ? Extravagance ? En 2004, oui. Mais le projet d’un État juif en Palestine, était-ce bien croyable en 1904 ? » En tout cas, ce n’est pas pour demain, notamment après l’annonce faite par Donald Trump.

La sédimentation des ans, des conflits, des résolutions de l’ONU – bonnes ou mauvaises -, des décisions unilatérales n’arrange pas la compréhension d’un Orient déjà bien compliqué mais, on l’a oublié, Jérusalem, en droit international, ce n’est pas Tel Aviv. Et le Président Macron a raison en déclarant que la décision unilatérale du président Trump de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem est contraire au droit international.

En effet, le 29 novembre 1947 – il y a donc tout juste soixante-dix ans -, l’Assemblée générale de l’ONU votait la résolution 181 qui proposait un plan de partage de la Palestine après le retrait de la Grande-Bretagne, puissance mandataire depuis 1922. Cette résolution approuvait un plan de partage proposé par une commission spéciale. Dans les grandes lignes, il s’agissait de créer deux États : un État juif, un État arabe. La Palestine était partagée en huit divisions : trois juives, quatre arabes dont une, celle de Jaffa, enclavée dans le territoire juif. Jérusalem constituait la huitième division qui serait placée sous régime international et serait administrée par le Conseil de tutelle des Nations unies. C’est ce qu’on a appelé le « corpus separatum ».

Pourquoi un régime spécial pour Jérusalem ? Évidemment parce que Jérusalem est ville sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Et c’est en cela que l’idée de Régis Debray était peut-être utopique mais pas complètement farfelue. Notons que l’agence juive en charge de défendre les intérêts de la communauté israélite en Palestine avait accepté, à l’époque, ce plan malgré des désaccords sur les limites territoriales entre les deux futurs États. A contrario, les Arabes palestiniens et les États arabes l’avaient désapprouvé, au motif qu’il violait, selon eux, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais la guerre israélo-arabe, qui éclata au lendemain même de la proclamation de l’État hébreu, le 14 mai 1948, laissa cette résolution 181 à l’état de lettre morte.

De lettre morte ? Dans les faits, peut-être, mais pas juridiquement. Les Nations unies ne sont jamais revenues sur ce statut spécifique de la ville sainte. Lorsque l’État d’Israël, à l’issue de la guerre des Six Jours en 1967, occupa la partie orientale de Jérusalem, les Nations unies réagirent en votant en 1968 la résolution 252 : « Toutes les mesures et dispositions législatives et administratives prises par Israël… qui tendent à modifier le statut juridique de Jérusalem sont non valides et ne peuvent modifier ce statut. » En 1980, Jérusalem fut déclarée par le Parlement israélien capitale « éternelle et indivisible » de l’État hébreu. Le Conseil de sécurité réagit, une fois encore, en votant le 30 juin la résolution 476, enjoignant à Israël de ne pas toucher au statut de Jérusalem. À cette résolution s’ajouta la 478, le 20 août de la même année, qui demandait aux États membres ayant une ambassade à Jérusalem de la retirer. Une résolution qui fut adoptée par le Conseil de sécurité par 14 voix pour, aucune contre et une abstention : celle des États-Unis !

« L’année prochaine à Jérusalem », c’est ainsi que la diaspora juive exprima son espérance durant ses vingt siècles d’exil. Sera-ce une réalité pour l’ambassade des États-Unis d’Amérique ?

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