Armées - Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - 1 août 2016

2 août 1916 : Maxime Lenoir devient un « as »

Le Petit Parisien, Le Petit Journal et Le Journal datés du 2 août relatent, en une de leurs éditions, les exploits d’un nouvel as de l’aviation française, l’adjudant Maxime Lenoir. Celui-ci vient, en effet, d’abattre son cinquième avion. Il devient donc un « as » en référence au nombre de signes sur la carte à jouer « as ». Ce fils de vigneron, né le 22 décembre 1888, préfère vite les loopings aux tonneaux du domaine familial. Il obtient son brevet de pilote (n° 1564) le 5 décembre 1913 à Buc, chez Blériot. Quand éclate la guerre, il croit être intégré comme aviateur dans une escadrille.

Mais comme il avait effectué son service militaire au 8e chasseurs d’Orléans, il est fort logiquement nommé dans un régiment de cavalerie, le 7e hussards. « On me fit […] l’offre d’une superbe jument en ma qualité de cavalier. […] La pauvre bête qui avait le suprême honneur de me porter fut victime bientôt d’un de ces multiples incidents qu’on rencontre fréquemment lorsqu’on joue à la guerre : elle fut tuée sous moi. » 1.

En novembre 1914, prenant conscience que la guerre a aussi besoin d’aviateurs, le grand quartier général (GQG) décide de « diriger cavalier Lenoir du 7e régiment hussards sur école aviation Avord pour y reprendre son entraînement de pilote aviateur ». Il vole sur Blériot XI à Avord, puis sur Caudron G.3 à Saint-Cyr-l’École, et finit par être affecté à l’escadrille C 18. Il obtient sa toute première victoire, le 5 juin 1915, vers Sivry-la-Perche (à l’ouest de Verdun). « Je volais d’abord des quatre, cinq et six heures par jour. J’ai eu dix combats en moins de deux semaines. Je rentrais souvent avec mon appareil transformé en passoire », relate-t-il à ses amis et sa famille. Quand arrive la cinquième victoire, il est heureux d’être reconnu comme un as.

Il le confie à son ami journaliste, Jacques Mortane :

« Savoir qu’un beau matin votre nom est révélé à l’univers entier, qu’il est inscrit dans tous les journaux du monde, est une de ces satisfactions qu’un homme n’oublie pas. Il en est qui jouent aux modestes et prétendent que cela leur est indifférent. N’en croyez rien. J’aime mieux celui qui avoue son bonheur. Je suis de ceux-ci. C’est vous dire avec quelle volupté je vis s’éparpiller les débris de ma cinquième victime. »

Sa motivation était sans faille : « Avant les médailles et les grades, une chose m’a toujours tenu à cœur, c’est de venger mon frère aîné. [Je revaudrai] au centuple aux Boches la douleur qu’ils [m’]ont causée. » Soldat au 113e régiment d’infanterie, son frère Samuel est mort de ses blessures le 3 octobre 1915 à l’hôpital n° 3 d’Yzeure (Allier).

Avant d’être abattu le 25 octobre 1916 à bord de son SPAD S.VII baptisé « Trompe-la-Mort III », Maxime Lenoir avait homologué 11 victoires officielles, huit étant non homologuées. Son corps ne fut jamais retrouvé. Il était considéré comme l’égal des Guynemer, Nungesser, Navarre ou Dorme. Il partagea avec eux la première Grande médaille d’or de l’Aéro-Club de France accordée à des pilotes de chasse. Il était chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire et titulaire de la croix de guerre avec huit palmes.

Notes:

  1. Chasseurs de Boches, L’Édition française illustrée, 1917.

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