Tenir dans la durée. On pensait cette épreuve réservée à Marine Le Pen, qui avait annoncé sa candidature plus d’un an avant l’élection. Certes, Éric Zemmour n’est pas Marine Le Pen et le défi est plus resserré. Mais un 10.000 mètres de haut niveau fatigue autant qu’un marathon.

Portée par des flatteurs le faisant bondir de petit candidat à principal opposant à Emmanuel Macron, la dynamique Zemmour semble connaître un léger coup de mou. Un OpinionWay crédite, en effet, cette semaine le putatif candidat à l’élection présidentielle de 10 % des voix si le candidat de la est Xavier Bertrand. Un score qui le placerait loin derrière Emmanuel Macron (24 %), Marine Le Pen (20 %), mais aussi le placerait derrière Xavier Bertrand (15 %). Dans l’hypothèse Barnier, en revanche, Zemmour serait à 12 % devant l’ancien commissaire européen (9 %).

Le piège de la radicalité ?

Il faut dire que l’agenda n’est pas favorable au journaliste. Après deux salves de coups distribués à Jonathan Sandler, père et grand-père de victimes du terroriste Mohammed Merah, et l’une à depuis le Bataclan, Éric Zemmour s’est quelque peu écarté du tourbillon politique. Actuellement en tournée à l’étranger (Londres et Genève) malgré l’opposition des locaux, le futur hypothétique candidat à l’élection présidentielle a été aussi représenté en France au tribunal par son avocat. En cause : ses propos sur les mineurs isolés prononcés sur CNews qui lui ont valu l’inimitié d’associations qu’on ne présente plus et un procès pour « complicité de provocation à la haine raciale ». Il n’empêche, procès mis à part dont on connaîtra le verdict à la mi-janvier, le retentissement de ses polémiques immédiatement suivi d’un silence laisse la place aux doutes et aux critiques. Ainsi, le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles (qu’on peut difficilement soupçonner d’anti-zemmourisme primaire) a chargé Zemmour, sur RTL, ce vendredi matin. Voilà, en résumé, la position de Tugdual Denis : « Quand Éric Zemmour confond radicalité et brutalité, un début de campagne réussi se transforme en impasse. » Une analyse que ne peut que partager Philippe Olivier. L’eurodéputé RN, beau-frère et stratège de Marine Le Pen, ne cache pas son manque de surprise : « Je le répète à qui veut l’entendre, Zemmour ne dépassera jamais 10-15 % quel que soit le sondage ou le cas de figure », nous déclare-t-il au téléphone. « Il tombe dans le piège de la radicalité et clive alors qu’il faut rassembler. »

C’est décidément le jour des tempêtes, puisque le journaliste et écrivain Sébastien Lapaque, collègue d’Éric Zemmour au Figaro, a publié, toujours ce vendredi 19 novembre, une tribune dans Le Point intitulée « Arrête, Éric ! » Pour Lapaque, on ne sait plus ce qu’est devenu Zemmour. « Un journaliste, un histrion, un idéologue, un provocateur ou un candidat à la présidentielle. » Pour lui, tout cela s’apparente à une farce.

Un sondage éloigné de la réalité ?

En tout cas, pour Samuel Lafont, l’homme derrière les réseaux sociaux du putatif candidat à la présidentielle, il n’y a aucun essoufflement. « Tout ce que je vois, c’est que Zemmour est très haut et s’y maintient. On peut ergoter sur les quelques pourcents mais la dynamique est réelle. » Taquin, le militant enchaîne : « Toutes les propositions de Zemmour, toutes ces thématiques sont reprises. On est en tendance sur les réseaux sociaux tous les jours, bien davantage que tous les autres candidats. » Quand on lui avance l’aspect miroir déformant des réseaux sociaux, il s’insurge : « Regardez les foules qu’il déplace à chaque réunion publique et comparez-les avec les autres candidats. »

Une tempête dans un verre d’eau ?

C’est, en tout cas, ce que prétendent ses soutiens. Pour l’ancien eurodéputé RN Jean-Yves Le Gallou, soutien actif d’Éric Zemmour, le sondage d’OpinionWay ne signifie pas grand-chose. « Cet institut n’a jamais placé Zemmour très haut ; lorsqu’il plafonnait à 18, cet institut le plaçait à 13. » Néanmoins, Le Gallou concède « un léger ralentissement ». In fine, la performance d’Éric Zemmour devait être un marathon, mais cela s’apparente davantage à un triathlon. Après la fatigue de la nage, il faut enchaîner avec le vélo. Faire oublier, à coups de pédale, les derniers moulinets fatigués de la longue brasse. En d’autre termes, il faut changer de séquence et se relancer. L’annonce d’une candidature officielle ? « J’espère pour eux qu’ils ont prévu un départ en fanfare et un sacré spectacle, tacle Philippe Olivier. Parce que cela risque de faire « tout ça pour ça ». » La fanfare au Zénith de Paris, le 5 décembre ?

20 novembre 2021

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