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Editoriaux - Politique - Table - 23 février 2018

Wauquiez, une tempête dans un verre d’eau

Oh, mon Dieu ! ose s’exprimer sans langue de bois, devant des étudiants, et voilà que toutes les chaînes d’information s’emballent comme si un cataclysme s’abattait sur la France. Quelle affaire ! Il faut bien que les journalistes aient quelque chose à se mettre sous la plume et que le 20 Heures puisse faire sa une tonitruante du soir, puisqu’il ne neige pas tous les jours. Le principal suspect du meurtrier de la petite Maëlys est sous les verrous et les avatars au sujet de la succession de Johnny Hallyday commençaient à s’épuiser… Nous allions nous ennuyer. Heureusement, vient mettre un peu d’assaisonnement dans le saladier de la vie politique française.

Les commentateurs effarouchés par quelques paroles un peu viriles, et pour une fois non serviles, d’un homme politique ambitieux ont la mémoire bien courte. Auraient-ils oublié ce que disait Mitterrand de Rocard ? Comment Jacques Chirac parlait de Valéry Giscard d’Estaing, d’Édouard Balladur, de Thatcher et de Nicolas Sarkozy dont il disait que marcher dessus portait bonheur ? Et les amabilités de Laurent Fabius envers François Hollande, qu’il comparait à une fraise des bois ? Edgar Faure, réveille-toi ! Ils sont devenus amnésiques !

Fabriquer un scandale autour de cette bagatelle relève de l’hypocrisie la plus consternante. Outre le procédé contestable avec lequel elles ont été relevées, les paroles de Laurent Wauquiez n’ont pas de quoi fouetter un chat ou, pour rester dans le domaine animalier, elles ne cassent pas trois pattes à un canard. Leurs destinataires se grandiraient en prenant tout cela avec dérision ou dédain.

La politique est faite pour éviter la guerre. La parole, fût-elle véhémente, voire injurieuse, est son meilleur instrument. Le duel à l’épée comme au pistolet étant proscrit – le panache y a beaucoup perdu –, un bon mot en réplique eût été bienvenu, mais n’est pas Gambetta ou Clemenceau qui veut. Les grands orateurs de la IIIe République se gausseraient d’une telle affaire et doivent bien rire dans leur tombe. Déjà bridée par les lois Pleven et Gayssot, par le politiquement correct et hautement surveillée par les ligues de vertu et par les chiennes de garde, la parole politique devient un exercice de funambule si risqué qu’il est préférable de servir un filet d’eau tiède.

Le caractère est un indice de résistance et, en politique, il faut avoir le cuir solide. Si vous ne supportez pas l’insulte, passez votre chemin. Merci à Laurent Wauquiez pour son franc-parler. Un homme capable de se faire autant d’ennemis en quelques phrases ne peut pas être franchement mauvais.

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