Villepin, meilleur atout qu’Édouard Philippe pour sauver le bloc central ?

Servi par son discours de 2003 à l'ONU, il ratisse plus large que les macronistes. À cause de son délire pro-Gaza...
Dominique de Villepin
Capture écran TF1

Il y a dix ans exactement, Macron lançait son mouvement En Marche, qui allait lui ouvrir les portes de l'Élysée avec la complicité des socialistes et des juppéistes. Dix ans plus tard, l'enthousiasme s'est bien refroidi et les Français, très sévères sur son bilan, commencent à tourner la page Macron, comme le montre la dernière enquête Elabe publiée par Les Échos. Et à s'intéresser à son successeur, notamment dans le bloc central, qui se cherche un nouveau chef. Depuis dix jours, juste après des municipales où le macronisme n'a guère brillé, Édouard Philippe tente d'établir son leadership sur ce qui reste de « la droite et du centre ». Déjà, les LR subissent un nouveau (et ultime ?) déchirement : plusieurs parlementaires se sont déjà ralliés à Philippe ; d'autres, comme Lisnard, quittent le navire et Retailleau souhaite rapidement verrouiller sa candidature. Mais dans ce marasme, une figure, qui travaille à sa candidature depuis plusieurs années, vient perturber le jeu du maire du Havre : Dominique de Villepin.

Villepin a un passif aussi lourd que Philippe !

Avec Philippe, malgré les différences de tempérament et de génération, ils ont en commun d'avoir été tous deux Premier ministre et d'être issus du chiraquisme juppéiste. Pour des cadres et un électorat LR et macronistes désorientés, cela compte. Pourtant, tous devraient se souvenir du naufrage présidentiel de ces anciens Premiers ministres qui furent, le temps d'une précampagne, la coqueluche des médias et des sondages : Chaban, Barre, Balladur, Jospin, Juppé, Fillon. Marie Delarue a pointé toutes les ambiguïtés d'une candidature Villepin. Surtout, pour la majorité des Français, notamment de droite, être comptable du bilan cumulé de Chirac et Macron, depuis vingt ans, en matière d'immigration, d'impôts et de déclassement, c'est un boulet. Mais il a indéniablement quelques atouts en plus : il n'est pas comptable du bilan macroniste et il a laissé une impression forte (méritée) lors de son discours de 2003 à l'ONU contre la guerre en Irak. La dernière fois, sans doute, que la France avait su réellement briller sur le plan international. Or, à un moment où la situation internationale est pleine de bruit et de fureur et où les gesticulations de Macron peinent à cacher l'impuissance et la relégation diplomatique de la France, Villepin séduit une partie de la population et de la jeunesse.

Une popularité très pro-Gaza...

Mais il y a un dernier atout qui fait de Villepin un candidat susceptible d'être adoubé par le centre. En véritable héritier de Chirac et en bon opportuniste, il s'est fait l'un des hérauts les plus virulents du combat « contre l'extrême droite ». Il faut l'entendre dans l'une de ses envolées, au micro de Radio J, deux ans après le 7 octobre. Et entendre, surtout, qu'il n'entend pas la contradiction du journaliste qui lui demande : et l'extrême gauche ?

Car là est la force - et la faiblesse - de l'option Villepin : depuis le 7 octobre, il a pris fait et cause pour Gaza, s'alignant sur les positions de Mélenchon, reprenant à son compte la grille de lecture du prétendu « génocide ». De la rue arabe dont LFI pensait avoir le monopole jusqu'aux LR en déshérence, cela lui ouvre un large terrain de chasse pour un fantasme de second tour face à Bardella ou Le Pen. Mais, sentant bien que ses diatribes anti-Israël, anti-USA et anti-Retailleau lui faisaient perdre d'un côté ce qu'il gagnait de l'autre, il tente actuellement de recentrer son discours. Les dernières dérives de Mélenchon et de LFI lors des municipales lui en ont donné l'occasion. Dans Le JDD de Pâques, c'est même un homme « qui assume sa part culturelle de l’Évangile », selon l'un de ses principaux collaborateurs ! Dans Le Parisien, c'est, à 72 ans, « la nouvelle idole des jeunes » !
Il battrait des records d’audience sur TikTok et Instagram, rendant enthousiastes ses jeunes partisans du Forum Villepin, le mouvement de jeunes de son parti La France humaniste. Son président confie au journal que les jeunes militants de « DDV » ont « la même étincelle » que celle des « macronistes du début ». Est-ce avec ce pedigree que le candidat Villepin, qui plafonne à 4 % dans les sondages, compte séduire les maires de la France profonde pour obtenir les 500 signatures qui lui ont fait défaut en 2012 ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 18/04/2026 à 1:54.
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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

74 commentaires

  1. Moi, je me rappelle de 3 choses sur ce nul: La ventes des autoroutes, La dissolution de l’Assemblée Nationale , nous ayant amené Jospin à Matignon, et les malus pour les retraités partant avant les 65 ans!! Et comme d’habitude avec ce genre de vieux chevaux de retour: on fait du vieux, avec des vieux: Qu’il retourne au Qatar, on n’a pas besoin de lui!

  2. J’ai déjà du mal à me rappeler de ce qu’il a laissé derrière lui (si son discours) et j’ai encore plus de mal à m’imaginer qu’il a été premier ministre, on ne voulait d’un premier ministre avec ses idées d’aujourd’hui ne serait-il pas un opportunisme, c’est vrai en politique ça n’existe pas.

  3. Voilà un homme politique de centre-gauche ++ ancien ministre d’un certain Chirac qui lui fit élire en son temps Mitterrand en 1981 et à qui nous devons, entre autres fumisteries républicaines, le regroupement familial. Cet homme, Monsieur de Villepin, au charisme indéniable, qui tient sa carrière politique d’un seul discours martial en 2003 devant les Nations unies, un discours qu’il n’a peut-être même pas écrit lui-même. Faut dire qu’il parle bien et fort, qu’il est beau et que même parfois, sans doute, il fait encore tressaillir dans les chaumières. Mais à part nous refaire le coup de ses prédécesseurs et de ses amis socialistes sur le vivre-ensemble et leur soi-disant grandeur d’âme, dont on mesure aujourd’hui les prémisses d’une catastrophe annoncée, c’est quoi au juste le bilan Villepin ? Elle est pas belle la France ?

  4. Toujours les mêmes qui sont ou qui reviennent en scène pour nous offrir un meilleur avenir, plus de justice sociale, d’égalité, bla-bla-bla-bla…

  5. « La vraie menace pour la France c’est le Centre ! et
    comme le disait le Général de GAULLE : …………. le centre ! c’est le marais où l’on s’enlise ! CQFD !

  6. Au secours il veut revenir. J’espère que les Français se souviendront de son passage au gouvernement. Qu’il aille cultiver ses poireaux à son âge et laisse les Français tranquilles. On n’en veut pas.

  7. Villepin et Philippe s’unissent pour mener un combat d’arrière garde Ils ont laché l’électorat de droiteet ce dernier leur rend bien .

  8. Villepin l’islamo-gaulliste, veut lui aussi séduire les électeurs musulmans , c’est la preuve qu’ils sont de plus en plus nombreux , il veut donc lui aussi jouer les idiots utiles .
    Au fait , d’ou Monsieur de Villepin tire-t-il ses revenus ?

  9. Français vous souhaitezz que la France disparaisse ?? Et bien la solution est toute trouvée.. Voter les mollassons phillipe, wauquier, copé, bertrant, et j’en passe … qui continuerons à DEMOLIR la France jusqu’à sa mort. Ouvrez les yeux et attendez que les candidats annoncent leur progés et soyez attentifs aux «  » »embrouilles » » qu’ils vont vous proposer, pour certains et les bonnes intentions de d’autres qui tiennent la route qui vous propose la remise à plat d’un sysrème désué. A bon entendeur

  10. Je suis toujours surpris de voir la mediacratie bien-pensante recycler les glorioles des échecs du passé pour tenter d’en faire les bâtisseurs de l’avenir. Einstein proclamait que reproduire cent fois une expérience et en attendre un résultat différent est le signe de la folie. Pareillement, confier aux responsables de notre marasme actuel le redressement du pays relève évidemment de la folie la plus évidente.

  11. Villepin bout mais dans sa composition fiévreuse la substance manque. Son discours anti-guerre irakienne lui a permis d’emprunter un air gaulliste, c’était surtout soutenir le chiraquisme husseinien qui, une fois de plus, était à côté de la plaque. Des mots forts et une action plate. Comme Melenchon, il est mue par le tropisme de la créolisation : le nombre l’emportera et enterrera l’Occident, donc prenons les devants et les grands air de l’Insoumission pour nous soumettre. Ce matamore, grand Inquisiteur, est la version virile de la macronie en papier mâché.

      • Les clowns sont de sortie mais leur spectacle ne fait rire personne. Qu’ils quittent la scène, le rideau est tombé.

    • Son discours anti-guerre irakienne lui avait permis d’emprunter un air gaulliste, ……. lui fut dicté par CHIRAC, sans y rajouter un mot !

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