Victoire de Péter Magyar : Bruxelles se réjouit sans doute un peu vite
Comme annoncé (voir BV le 12 avril, en début de soirée), les élections législatives hongroises ont porté au pouvoir Péter Magyar et sa formation Tisza (Respect et Liberté). Ces élections ont été marquées par une participation record de 79,50 % des inscrits. En l’attente des résultats définitifs, un décompte officiel a été publié le 13 au matin sur 99 % des bureaux de vote : Tisza, avec 53,06 % des voix, remporterait 138 sièges sur 199, contre 55 sièges pour le Fidesz (de son nom complet Parti Fidesz-Union civique hongroise), la formation du Premier ministre Viktor Orbán. Une « super majorité » des deux tiers des sièges qui permettra à Tisza de faire des réformes constitutionnelles.
— Magyar Péter (Ne féljetek) (@magyarpeterMP) April 12, 2026
Bruxelles se rassure à bon compte
Les résultats confirment une constante montée en puissance de Tisza dans les sondages depuis sa percée aux élections européennes de 2024, qui lui avait valu d’emporter 7 des 21 sièges dévolus à la Hongrie. Comme le prévoit la Constitution hongroise, le nouveau Parlement doit se réunir dans un délai de 30 jours après les élections pour entériner le passage de relais entre Viktor Orbán et Péter Magyar.
Réagissant sur son compte X, Marine Le Pen a rendu hommage à l’élégance avec laquelle Viktor Orbán avait reconnu très tôt sa défaite, ce qui dément selon elle « les accusations grotesques de "dictature" » dont il a été l’objet. Elle a par ailleurs pointé « la satisfaction exprimée par la Commission européenne qui n’a eu de cesse d’outrepasser ses prérogatives et ses compétences au détriment du pouvoir des peuples ».
Malgré les accusations grotesques de « dictature » dont le gouvernement de @PM_ViktorOrban a été accusé depuis des années, la Hongrie démocratique a choisi l’alternance. Celle-ci a été actée avec beaucoup d’élégance par Viktor Orbán qui a durant seize ans défendu avec courage et…
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) April 13, 2026
À ce sujet — Hongrie : Victor Orbán reconnaît sa défaite et félicite Peter Magyar, conservateur pro-européen
Les chefs d’État européens les plus proches d’Ursula von der Leyen se sont en effet réjouis bruyamment des résultats. Sans surprise et avec le tact qu’on lui connaît, la députée européenne et ancien ministre chargé des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a déclaré, sur RFI, que la défaite de Viktor Orbán est « la preuve qu’il n’y a pas une vague irrépressible de l’extrême droite qui devrait recouvrir toute l’Europe ».
Pas de rupture idéologique
À en croire cette vision très binaire des fédéralistes bruxellois sur la politique hongroise, Péter Magyar serait l’anti-Viktor Orbán par excellence. Pourtant, à part sur la Russie, sur laquelle Magyar se montre bien plus critique qu'Orbán, les différences idéologiques entre les deux hommes ne sont guère visibles. Sur l’Union européenne, leur différence de vue est essentiellement stratégique, Péter Magyar se voulant plus coopératif avec Bruxelles, quand Viktor Orbán a conservé le même cap : rester dans l’UE en s’opposant fermement à Bruxelles dès que les intérêts de la Hongrie le réclament. Il est ainsi probable que Magyar va monnayer la levée du veto hongrois sur l'aide de l'UE à l'Ukraine contre la levée des sanctions bruxelloises contre Budapest et la réouverture du pipeline russe coupé par l'Ukraine. Loin d’être une rupture idéologique, la clef de ces élections est le vent de dégagisme venu ponctuer une usure du pouvoir dont les sondages ont confirmé la visibilité croissante depuis deux ans.
S’il parle aujourd’hui de « changement de régime », Péter Magyar est dans la continuation d’un parcours qui l’a amené à faire cavalier seul pour dénoncer la corruption de la politique hongroise dont Viktor Orbán et son entourage seraient, selon lui, les responsables et les bénéficiaires.
Magyar, pur produit du système Orbán
En réalité, Péter Magyar, petit neveu de Ferenc Mádl (président de la Hongrie de 2000 à 2005), est un pur produit du système Orbán. Il a adhéré au Fidesz dès 2002. En 2010, il est entré comme fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères avant d’intégrer la représentation permanente de la Hongrie auprès de l’UE puis, en 2015, le cabinet du Premier ministre… Viktor Orbán.
Sa femme Judit Varga, épousée en 2005, a été ministre de la Justice de 2019 à 2025. Mais leur divorce en 2023 a été entaché par un conflit lié à des affaires politiques. En 2024, Péter Magyar a quitté le Fidesz. Devenu adversaire de Viktor Orbán, il a alors adhéré à Tisza, une petite formation de centre droit dont il a vite pris la tête. Elle lui a permis de fédérer les opposants à Viktor Orbán, des rangs patriotes jusqu’aux libéraux. Depuis leur entrée au Parlement européen, les députés de Tisza siègent au sein du groupe PPE aux côtés des LR français.
C’est donc bien une coalition de droite et centre droit qu'a menée à la victoire Péter Magyar, le 12 avril. Patriote, il a su fédérer largement les mécontents, à Budapest et dans les grandes villes, mais aussi une partie des ruraux qui votaient massivement pour Viktor Orbán jusqu’à présent. Conservateur, Péter Magyar fera une politique globalement conservatrice et très anti-immigration : « Nous protégeons les travailleurs hongrois : à partir du 1er juin 2026 et jusqu’à nouvel ordre, nous autoriserons zéro importation de travailleurs invités non hongrois en dehors de l’UE », a-t-il déclaré, à peine élu. Même s’il rapprochera sans doute son pays de Bruxelles et qu’il a déjà annoncé un grand ménage institutionnel pour écarter des lieux de pouvoir tous les fidèles de Viktor Orbán, Nathalie Loiseau et quelques autres se sont probablement emballés un peu vite à son sujet.
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67 commentaires
Loiseau emballée…chère Europe, ne faudrait-il pas craindre le mauvais augure ?
J’observe à peine étonnée que Bruxelles est totalement ignarde concernant le changement de chef de l’état Hongrois – Il est plus jeune certe, mais de la même couleur que son prédécesseur, l’expérience Européenne en moins !
Les braves gens se réjouissent trop vite notre portefeuille va en prendre un coup, Viktor ORBAN bloquait le prêt de 70 milliards pour l’Ukraine qui doit être remboursé par les dommages de guerre que « devrait verser la Russie à la fin du conflit, une utopie?
90 milliards…
J’ai lu quelque part que notre gagnant boxait son ex femme et qu’il etait coutumier des parties de pince nez avec blanche. Si ce type est un psychopathe on va bien s’amuser.
Commenter aujourd’hui l’éviction de Viktor Orban , c’est oublier qu’une fois la paix retrouvée les français ont viré le général de Gaulle en 69 , les anglais ont viré Churchill , sans aucun état d’âme, c’est ainsi .
Pour autant , il semble que l’impératrice van der leyen et tous les européistes se sont réjoui peut-être un peu trop vite . A suivre .
Bof ! Pendant que l’on parle de la Hongrie et du détroit d’Ormuz, la France et ses ridicules dirigeants passent aux second rang, voire nième. Tout faire, tout dire pour que rien ne change.
Nous sommes offusqués. Un dictateur d’extrême droite qui cède le pouvoir démocratiquement. Mais dans quel monde vivons-nous ?
Il me semble que sur les sujets sociétaux il ne fera pas marche arrière non plus.
Je n’ai toujours pas compris quelle est la définition de « l’extrême droite », qu’on met à toutes les sauces.
Arno Klarsfeld le décrit très bien : aujourd’hui l’extrême droite est à l’extrême gauche.
Bien qu’élu avec une petite majorité 53% des voix contre 44 % pour le camp national (FIDESZ + Mi Hazánk), Magyar Péter semble ivre de pouvoir : il veut obliger le président de la République, le président du Conseil constitutionnel, le président de l’équivalent de notre Arcom, et bien d’autres hauts responsables à démissionner.
Inutile de pérorer sur la Hongrie, Monsieur Lombard, puisqu’on ne peut donner librement son avis!
J’attends de voir comment Georgia MELONI va réagir…
TOUT ce qui se passe dans les pays étant dans l’UE prouve que c’est bien ce machin qui est « un problème » ! …
il n’y a plus rien à attendre de l’UE si pour autant qu’il y ait eu un seul instant quelque chose à en attendre …
A FUE RA de toute urgence
Péter Magyar commence son mandat derrière une image quelque peu troublée, voire troublante, et connue dans le pays…
Je doute que son ex épouse, ex ministre de la justice hongroise, ait voté pour lui…, son ex mari !
Après tout, cette ex épouse porte toujours les traces, non plus physiques, mais sûrement psychiques et évidemment émotionnelles, dues à la violence de son ex mari…
D’ailleurs, si la ceinture du pantalon de Péter était équipée d’une mémoire, et si elle était dotée d’une voix, elle serait sûrement embarrassée à s’exprimer…
La condamnation pour violences physiques est officielle, et accessible sur le net !
On s est bien gardé de communiquer le courrier de son ex. Il est accablant ! Ce n’ est pas digne d’ un chef d Etat. L UE et des grands pontes peuvent se réjouir, ils diront que ce n est pas vrai.
Tout ce qui intéresse Bruxelles c’est de débloquer les 90 milliards dont une grande partie ira dans les poches des dirigeants ukrainiens et « Europeens » ..la Hongrie recuperera en plus les 12 milliards » d’aides » ( notre pognon)..Maygard a surtout gagné parcequ’il s’était engagé pour tout ça..la suite..on verra..
Tout à fait Ray1349.
Analyse très pertinente !!